Qualités prééminentes de l’auteur et du texte

L’épanouissement du Dharma

À l’époque où le Bouddha lui-même vivait en Inde, la terre du Tibet était en grande partie sous les eaux. Le Bouddha prophétisa que cette eau serait drainée et disparaîtrait, et qu’alors la terre du Tibet deviendrait un sol ferme sur lequel ses enseignements fleuriraient. Il prophétisa également que dans cette terre située au nord, au Tibet, les enseignements seraient protégés et pris en charge par Avalokiteshvara. Là, dans cette contrée septentrionale, au pays de ceux qui ont des visages rouges, ils s’épanouiraient spécialement.

De fait, sous la conduite de Sa Sainteté le Quatorzième Dalaï-Lama, incarnation d’Avalokiteshvara, les enseignements se sont en fait grandement développés au Tibet. S’il n’y avait pas quelqu’un comme Sa Sainteté le Dalaï-Lama se manifestant en tant qu’incarnation d’Avalokiteshvara afin d’accomplir tous les souhaits et les pensées du Bouddha, il serait extrêmement difficile pour les enseignements de s’épanouir comme ils le font aujourd’hui. Sous sa direction, la totalité des diverses lignées des écoles Guélougpa, Nyingma, Kagyu et Sakya ont été en mesure de prospérer grandement. Actuellement, elles existent dans un état très propice, car nous n’avons pas encore atteint le temps prophétisé où les enseignements bouddhiques déclineront complètement. Dans le passé, les enseignements ne se répandirent pas largement hors du Tibet au-delà de l’Asie centrale ; cependant, maintenant ils croissent dans de plus en plus de pays dans le monde. C’est quelque chose de très bénéfique pour les gens qui s’y trouvent.

Les enseignements du Bouddha 

Les véritables enseignements du Bouddha peuvent être envisagés de deux manières différentes. Il y a les enseignements scripturaux (lung-bstan) et les enseignements de réalisation (rtogs-bstan). La définition d’un enseignement est quelque chose qui agit comme une méthode pour nous empêcher de renaître dans un royaume inférieur ou avec de grandes souffrances. C’est aussi un moyen pour être capable d’obtenir une renaissance fortunée comme humain ou comme dieu. Ainsi, maintenir ces deux aspects des enseignements signifie les avoir tous deux sur nos continuums mentaux.

Tous les êtres vivants sont les mêmes dans le sens où tous souhaitent être heureux et où personne ne souhaite souffrir. Quiconque ayant une vie a les mêmes aspirations – souhaiter être heureux et ne pas être malheureux. Néanmoins, l’élimination complète de toute souffrance et la réalisation totale du bonheur ultime sont uniquement accessibles grâce à l’état de bouddhéité. Atteindre cet état de bouddhéité est seulement possible si nous avons la base de travail d’un précieux corps humain. Sans cela, il est impossible de l’atteindre.

Ces enseignements exposent les méthodes pour obtenir cet état ultime de la bouddhéité et aussi, temporairement, pour réaliser l’état d’un être humain ou d’un dieu afin de travailler vers cet état. C’est ce qui définit les enseignements. Ils enseignent ces méthodes pour obtenir ces objectifs. Les véritables textes qui donnent ces enseignements sont connus comme les « enseignements scripturaux ».

Les enseignements scripturaux

Par exemple, on peut voir qu’aujourd’hui les 108 volumes du Kangyur, la traduction en tibétain des paroles collectées du Bouddha, sont disponibles dans le monde. Tels seraient les enseignements scripturaux qui constituent cette catégorie. Il y a aussi les 224 volumes du Tengyur, la traduction en tibétain des commentaires collectés par les maîtres bouddhistes indiens. Ceux-ci constitueraient également des enseignements scripturaux. De même, il y a les nombreux textes Nyingma, datant de la période de la première diffusion du Dharma, de Gourou Rimpotché et de ses 25 disciples. Il y a aussi les textes qui furent composés durant le dernier épanouissement du Dharma, lesquels incluent les textes des lignées Kagyu, Sakya et Gélougpa, de même que les œuvres des grands maîtres Kadampa.

Tous ces écrits constitueraient de manière équivalente les enseignements scripturaux. Préserver les enseignements scripturaux signifie, par exemple, mémoriser ces divers textes scripturaux et avoir la capacité de les réciter. Cela participe à la préservation des enseignements scripturaux. Par exemple, en Inde, il y avait Vasubandhu, le frère fameux d’Asanga, un des maîtres dont nous parlions hier. Il était réputé pour avoir complètement mémorisé toutes les paroles du Bouddha.

Vasubandhu

Ainsi qu’on l’a mentionné hier, Prakashashila, la mère d’Asanga, était une femme de la caste des brahmanes. Son premier mari était de caste royale et de cette union naquit un fils, Asanga. Plus tard, elle prit un second mari dans la caste des brahmanes et le fils issu de cette union fut Vasubandhu. Asanga et Vasubandhu avaient tous deux la même mère mais des pères différents.

Vasubandhu pouvait réciter toutes les paroles du Bouddha, une opération qui lui prenait une quinzaine de jours. Toutefois, réciter ces textes pendant une si longue période perturbait les énergies dans son corps. En tibétain, on attribue cela à un désordre appelé « lung », un désordre des vents ou de l’énergie dans le système nerveux. Pour prévenir cette maladie, il s’asseyait dans une grande bassine en cuivre remplie d’huile. Tandis qu’il était assis dans ce tub, il récitait toutes les œuvres du Bouddha et cela l’empêchait de ressentir tout désordre nerveux.

Il y avait un pigeon qui avait coutume de se tenir dans son voisinage tandis qu’il récitait. Un matin, alors que Vasubandhu récitaient ces œuvres, le pigeon s’envola pour chercher de la nourriture. Cependant, quand le pigeon revint, il s’installa tout près de lui et continua d’écouter les paroles du Bouddha que Vasubandhu récitait. Après la mort du pigeon, il prit renaissance en tant qu’humain dans une des lointaines régions frontalières de l’Inde. À cette époque, Vasubandhu demeurait à Nalanda qui se trouve dans la partie centrale de l’Inde. Quand cet enfant atteignit l’âge de deux ou trois ans, il s’adressa à ses parents et dit : « Vasubandhu est mon gourou, Vasubandhu ! »

Il y avait de nombreux marchands qui voyageaient depuis la région centrale de l’Inde jusqu’à ces régions frontalières, et donc le père demanda à ces marchands voyageurs si, de fait, il y avait un gourou en Inde centrale du nom de Vasubandhu. Les marchands dirent alors : « Oui, il existe un maître du nom de Vasubandhu. » C’est la raison pour laquelle le père remit son jeune enfant aux soins de ces marchands pour qu’ils l’amènent auprès de son maître afin qu’il reste à ses côtés et étudie les textes.

Il y avait une statue de Tara à proximité de l’endroit où Vasubandhu résidait. L’enfant se rendit dans un champ proche et cueillit quelques pois, les apporta à la statue et les plaça dans le giron de cette statue de Tara en guise d’offrande. Comme il n’était qu’un petit enfant, il ne les plaça pas très soigneusement et les pois se répandirent et tombèrent sur le sol. L’enfant se mit à pleurer et dit à la statue de Tara : « Si vous ne voulez pas manger les pois, alors moi non plus je ne mangerai pas les miens. » À cet instant, la statue de Tara parla et dit : « Je prendrai ces pois. » De cette façon, il reçut les bénédictions de Tara, et de la même façon, en conséquence des instincts qu’il avait acquis du fait d’avoir entendu les enseignements en tant que pigeon dans sa vie précédente, il devint très savant dans les écritures du Dharma, en particulier sur les sujets de l’abhidharma, les sujets spéciaux de connaissance. Son nom était Sthiramati, maître de l’Abhidharma.

Vasubandhu possédait non seulement cette vaste connaissance des textes scripturaux ainsi que la capacité à réciter toutes les paroles du Bouddha par cœur, mais grâce à la force de la méditation, il détenait également un très grand nombre de réalisations. De cette façon, il préservait les enseignements scripturaux et, ayant toutes ces réalisations, il préservait également la réalisation des enseignements. C’était un très grand maître qui avait plus de 500 disciples.

Un jour, Vasubandhu alla au Népal en pèlerinage afin de circumambuler les divers stoupas qui s’y trouvaient. Il rencontra une manifestation de Mara, le grand perturbateur. Cette manifestation apparut sous la forme de quelqu’un portant des habits de moine et transportant une bouteille de chang, qui est une espèce de boisson alcoolisée. Vasubandhu se sentit très désespéré et déprimé et dit : « Oh mon dieu, les enseignements du Bouddha ont dégénéré au point que je vois ici des moines transportant des bouteilles d’alcool. » Dans cet état de profonde dépression, il trépassa. À partir de cela, nous pouvons comprendre un petit peu ce que signifie maintenir ensemble aussi bien les enseignements scripturaux et la réalisation de ces enseignements.

Quand je suis retourné au Tibet, il y avait un Guéshé du monastère de Drepung dont le nom était Losang Chengyang et, de la même façon, lui aussi avait mémorisé et était capable de réciter par cœur les 108 volumes du Kangyur. J’ai été témoin de mes propres yeux, au cours de ma propre vie, de quelqu’un qui maintenait les enseignements scripturaux dans leur intégralité. J’ai vu de nombreuses personnes qui détenaient la totalité des diverses réalisations et visions profondes sur leur continuum mental également. S’il n’existait pas d’exemples vivants, alors tout ce que je viens de raconter serait comme des fables ou des histoires ; cependant, le fait que j’aie vu des exemples vivants de toutes ces choses de mes propres yeux me pousse à avoir une complète confiance que tout ceci est vrai.

Les enseignements, décrits ainsi, ne requièrent pas le soutien d’un monastère extérieur. Ce qui est requis, c’est d’avoir les enseignements au sein de notre propre esprit. Si nous avons mémorisé et retenu dans nos continuums mentaux n’importe lequel des divers textes scripturaux, alors nous maintenons les enseignements scripturaux du Bouddha. Même si nous avons juste mémorisé les vers de dédicace de la bodhichitta que nous récitons fréquemment, nous maintenons les enseignements scripturaux. Si nous avons réellement développé un mobile illuminant de bodhichitta sur nos continuums mentaux, alors nous maintenons la réalisation des enseignements.

Les qualités prééminentes d’Atisha, l’auteur

Normalement, à ce stade, on discuterait des qualités prééminentes de l’auteur. À cette fin, dans la dernière session, nous avons abordé quelque peu la biographie d’Atisha et la manière dont il détourna complètement son esprit de son héritage royal pour la pratique du Dharma. Nous en avons brièvement parlé.  

Si nous devions donner un discours complet et exhaustif pour montrer les qualités prééminentes de l’auteur, cela inclurait les biographies de tous les membres de la lignée depuis le Bouddha Shakyamouni jusqu’à Atisha. Toutefois, il n’y aurait aucun moyen de finir de raconter toutes ces biographies, nous avons donc juste couvert la courte biographie d’Atisha pour l’instant. Du fait qu’il n’y a pas assez de temps, ceci n’est qu’un récit bref et grossier de la biographie d’Atisha. C’est la raison pour laquelle nous avons traité des qualités prééminentes de l’auteur du texte de cette façon pour ensuite discuter des qualités prééminentes du texte.

Les qualités prééminentes du texte

Une des qualités prééminentes de ce texte est que même si les mots qu’il contient sont très peu nombreux, néanmoins ils agissent comme un passe-partout grâce à auquel nous sommes capables d’ouvrir les portes du Dharma l’une après l’autre. C’est comme un passe-partout pour déchiffrer le sens de tous les grands textes du soutra et du tantra, dans toute la diversité des grands volumes. Si nous sommes capables de comprendre le sens de ce texte, alors nous sommes en mesure de comprendre leurs significations essentielles.

Les véritables mots qui transmettent les enseignements bouddhiques sont incorporés dans les Trois Corbeilles ou Tripitaka. Le sujet qui y est débattu concerne les trois entraînements supérieurs – l’entraînement dans l’autodiscipline éthique supérieure, dans la concentration supérieure et dans la conscience discriminante supérieure. Ici, inclus dans ce texte, nous avons tous les points essentiels des soutras et des tantras. Ce n’est aucunement incomplet. Par exemple, si nous allons dans un grand supermarché, ou l’un de ces immenses magasins où on est en mesure d’acheter n’importe quoi, c’est pareil. Ce que nous voulons spécifiquement, c’est d’être capables d’incorporer tout ceci complètement dans notre esprit, et donc ce texte est écrit d’une telle façon qu’il soit facile de le faire et de mettre son contenu en pratique.

Comme nous en avons discuté la dernière fois, Atisha détenait les deux lignages complets, celui venant d’Asanga jusqu’à son propre gourou, Maitriyogi, et l’autre venant de Nagarjuna en passant par un autre de ses maîtres, Vidyakokila. Du fait qu’Atisha avait ces deux lignages complets, son texte est plus remarquable que d’autres textes.

Par ailleurs, dans divers enseignements scripturaux, on peut voir à un endroit, dans les soutras par exemple, qu’il est dit que nous ne devrions pas boire d’alcool et, à d’autres endroits, dans les tantras par exemple, on dit que nous devrions en boire et que c’est permis. Si nous étudions ce texte, une autre de ses prééminentes qualités est que nous serons capables de comprendre qu’il n’y pas de contradiction entre ces deux affirmations apparemment opposées. Par exemple, il se pourrait que nous ayons à faire face à deux prescriptions médicales : l’une pour quelqu’un qui a de la fièvre et pour qui il est conseillé de ne pas manger de viande, et l’autre pour quelqu’un sans fièvre mais qui est la proie d’un désordre nerveux et pour qui il est conseillé, de manière opposée, de manger de la viande. Bien que les termes des prescriptions soient apparemment contradictoires, l’une disant : « Ne mangez pas de viande », et l’autre disant d’en manger, néanmoins il n’y a pas contradiction car elles traitent de deux situations différentes. 

De plus, en étudiant ce texte, nous serons capables de voir que tous les enseignements scripturaux, toutes les instructions, sont destinés à une pratique individuelle, la nôtre. Par exemple, si nous pratiquons les enseignements décrits dans ce texte-ci, nous comprendrons comment développer un cœur bienveillant ainsi qu’un mobile illuminant de bodhichitta. Nous pouvons également comprendre qu’il existe de nombreuses façons différentes de présenter ce sujet. Par exemple, pour les traditions Sakya, Guélougpa et Nyingma, chacune a une façon légèrement différente de présenter le sujet. Il y a tant de différentes manières de présenter le sujet, mais indépendamment de la manière dont il est présenté, nous serons à même de comprendre que tous ces enseignements traitent du même sujet, à savoir comment développer un cœur bienveillant et un mobile illuminant de bodhichitta. Nous réaliserons que nous devrons les mettre tous deux en pratique.

Un exemple sera peut-être plus facile à comprendre. Si on considère les tasses en porcelaine que nous avons, manufacturées en Angleterre, au Japon, au Tibet, peu importe, toutes sont destinées au même but, boire du thé ou toute autre boisson chaude. Simplement parce que nous rencontrons différentes fabrications de tasse en porcelaine, une tasse chinoise par exemple, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas aussi l’utiliser pour boire du thé. De même, quand nous rencontrons un texte qui traite de la pratique de bodhichitta, nous ne devrions pas penser, dans la mesure où il proviendrait d’un lignage différent, que juste à cause de cela, ce n’est pas quelque chose que nous devrions mettre en pratique. Comme dans cet exemple des tasses en porcelaine, toutes sont faites dans le même but et pour le même usage. C’est ce qu’on veut dire quand on dit que le fait de prendre tous les textes scripturaux comme des instructions pour nous guider dans nos actions nous apparaîtra évident. 

Faire s’assembler les enseignements

Dans notre texte, nous avons la totalité des divers enseignements, par exemple pour les personnes des trois portées progressives de motivation initiale, intermédiaire et avancée. Pour être capables de les mettre nous-mêmes en pratique dans l’ordre approprié à mesure qu’on progresse d’une portée à la suivante, nous devons connaître les grandes lignes, la manière dont tous les enseignements s’assemblent. Nous serons à même de comprendre cela en étudiant ce texte. À la suite de quoi, si nous connaissons ce schéma d’ensemble, quand nous lisons les divers textes de n’importe quelle tradition, Nyingma, Kagyu, Guéloug ou Sakya et rencontrons quelque chose qui traite du sujet pour la portée de motivation initiale, intermédiaire ou avancée, nous saurons comment l’agencer dans ce schéma et saurons également comment le mettre en pratique.

Par exemple, nous avons plusieurs récipients dans notre cuisine ; une boîte pour conserver le riz, une pour la farine, une pour le sucre et une pour le sel. Chaque fois que nous allons acheter du sucre, nous le mettons toujours dans la boîte à sucre. Si nous achetons du sel, nous le mettons dans la boîte à sel, de même pour le riz et la farine, nous les mettons dans leurs boîtes respectives. Ceci est un exemple grâce auquel nous pouvons comprendre ce que veut dire être capable de prendre tous les enseignements comme des instructions et être en mesure d’assembler le tout correctement.

De manière similaire, si nous nous entraînons grâce à ces enseignements, tels que présentés ici dans ce texte, nous connaîtrons aussi toutes les méthodes pour véritablement mettre les enseignements en application pratique. Nous saurons comment les pratiquer. Si nous devions étudier un autre texte, par exemple Un filet de réalisations (mNgon-rtogs rgyan, skt. Abhisamayalamkara), ce texte commence par une discussion sur l’omniscience de la bouddhéité. Les contenus de ce texte sont assez difficiles à mettre en pratique dans l’ordre dans lequel ils sont présentés. Cependant, si nous étudions notre texte actuel, il expose le sujet d’une façon très ordonnée. Par exemple, quand nous allons à l’école, nous commençons par les classes inférieures et montons progressivement. Donc, du fait que ce texte présente le sujet d’une manière pratique à ce point ordonnée, il est très facile de véritablement le mettre en pratique. 

Similairement, S’engager dans la conduite d’un bodhisattva de Shantideva (sPyod-’jug, skt. Bodhicharyavatara) commence par une discussion sur le mobile illuminant de la bodhichitta. C’est aussi quelque chose de très difficile à juste mettre en pratique tout de suite sans en passer par toutes les étapes pour développer un tel esprit en nous. Toutefois, Une lampe sur la voie vers l’illumination, notre texte, commence par les enseignements de portée initiale et progresse vers le haut de façon ordonnée. C’est la raison pour laquelle il est facile à mettre en œuvre et, à travers son étude, nous trouverons que la totalité des divers enseignements du Bouddha deviendra facile à comprendre.  

L’erreur la plus grande

Si nous suivons ces enseignements et les étudions bien, nous ne courons pas le risque de commettre ce qui est connu comme la plus grande erreur. Quelle est la plus grande faute, la faute la plus grande que nous pourrions commettre ? C’est de dire que certains enseignements du Bouddha sont bons tandis que d’autres sont mauvais, et de les calomnier en critiquant les enseignements du Bouddha. Par exemple, si nous devions dire que les enseignements Nyingma sont bons et ceux des Guélougpa mauvais, ou que ceux des Sakya sont bons et ceux des Nyingma mauvais, ce genre de chose, ce serait une grande erreur, une action extrêmement fautive. Si nous mettons les enseignements de ce texte en pratique, nous pouvons comprendre comment tous les enseignements du Dharma sont excellents et éviter l’acte extrêmement fautif de les dénigrer.

Hier, nous avons parlé du sens général du mot Dharma comme de quelque chose qui détient sa propre nature. De cette manière, n’importe quel enseignement du Dharma est une chose qui détient la nature propre d’être une méthode pour apporter le bonheur. Dans ce sens, tous les enseignements du Dharma sont valides. Si les enseignements du Dharma prônaient le fait de voler comme moyen d’être riche et heureux, ce ne serait pas quelque chose qu’on pourrait établir comme une méthode pour apporter le bonheur. Cependant, en vérité, ce n’est pas ce que le Dharma enseigne. Le Dharma offre divers enseignements et méthodes efficaces concernant la manière de réaliser le bonheur et ceux-ci ne peuvent pas être démentis quand on les met en pratique. C’est pourquoi le Dharma, tel qu’il est enseigné dans le texte d’Atisha, peut être pris et accepté pour vrai.

Ces choses, dès lors, constituent les qualités et bienfaits prééminents qui découlent de la pratique des enseignements qu’on trouve dans ce texte.

Versets préliminaires d’hommage et promesse de composer

Commençons maintenant par le texte lui-même. Le texte commence par des versets d’hommage. Il commence ainsi :

Je me prosterne devant le bodhisattva Manjushri, l’adolescent.

Il est suivi par le verset d’hommage, offrant louange et prosternation et déclarant l’intention d’Atisha de composer le texte, sa « promesse de composer » :

(1) M’étant prosterné avec le plus grand respect devant tous les Triomphants des trois temps, devant leur Dharma, et devant la communauté du Sangha, j’allumerai une lampe sur la voie vers l’illumination, pressé par mon excellent disciple, Jangchub Wo.

Quand le texte parle de tous les Triomphants, cela fait référence aux Bouddhas des trois temps : passé, présent, et futur. Comme exemple de bouddhas passés, on a le Bouddha Dipamkara (Mar-me mdzad), un bouddha d’il y a un très grand nombre d’éons. Il ne s’agit pas du même que pour Atisha dont il se trouve que le nom est aussi Dipamkara – Dipamkara Shrijnana. Le Bouddha actuel est le Bouddha Shakyamouni, et le futur Bouddha sera Maitreya (Byams-pa). Ce sont juste des illustrations ou exemples de Bouddhas du passé, du présent, et du futur. Ce que le texte invoque, ce sont en fait les enseignements de tous les Bouddhas ; c’est pourquoi on doit marquer un grand respect envers tous les Bouddhas.

Les corps d’illumination d’un bouddha

Un bouddha possède trois Corpus de Corps d’Illumination. Il y a le Dharmakaya ou Corps d’Illumination qui Tout Embrasse, le Sambhogakaya ou Corps de Plein Usage et le Nirmanakaya ou Corps d’Émanations. Le Dharmakaya fait référence à l’esprit d’un bouddha et possède deux aspects : l’omniscience de l’esprit d’un bouddha, connu comme le Corps de Conscience profonde qui Tout Embrasse, et l’état d’abandon ou état des véritables cessations des deux obscurcissements : émotionnel et cognitif. Cet état est connu comme le Svabhavakaya, le Corps de Nature essentielle qui Tout Embrasse.

Le Dharmakaya peut être connu seulement par les bouddhas eux-mêmes. Les Corps Sambhogakaya peuvent être rencontrés seulement par les bodhisattvas de la classe des aryas et au-delà. Ceux qui se trouvent en dessous de ce niveau de réalisation ne peuvent rencontrer les bouddhas sous leurs formes Sambhogakayas. Les Corps Nirmanakaya se divisent en Corps d’Émanations Suprêmes, en Corps d’Émanations en tant qu’Artisans, et en Corps d’Émanations en tant que Personnages.

Le Bouddha Shakyamouni est un exemple de Corps d’Émanation Suprême. Il est complètement orné de toutes les marques ou caractéristiques physiques majeures et mineures d’un bouddha et enseigne avec pertinence le Dharma de manière très vaste. Bien que les êtres ordinaires puissent rencontrer un tel bouddha, cela n’arrive pas sans qu’ils aient le potentiel karmique extrêmement puissant pour rencontrer un tel bouddha. 

Pour ce qui est d’un Corps d’Émanation en tant qu’Artisan, nous avons l’exemple de Dhrtarashtra, le roi des Gandharvas, un groupe de musiciens célestes. C’était un musicien extrêmement habile, capable de jouer d’un luth à mille cordes. Il était extrêmement orgueilleux et pensait qu’il était le meilleur joueur de luth du monde entier. Afin de dompter l’orgueil de ce gandharva, le Bouddha se manifesta comme musicien joueur de luth plus virtuose encore.

Le Bouddha mit au défi ce fier roi gandharva de participer à un concours. Le Roi Gandharva joua du luth à mille cordes tandis que le Bouddha jouait de son luth, chacun brisant une corde l’une après l’autre, jouant avec de moins en moins de cordes jusqu’à ce que toutes furent brisées et qu’il ne restât plus aucune corde sur leurs luths. Mais même à ce stade le Bouddha était toujours capable de jouer du luth. Le Roi Gandharva, lui, fut incapable de tirer de la musique du luth sans cordes et fut rendu modeste par cette performance. Ce type d’émanation est connu comme Corps d’Émanation en tant qu’Artisan.

En dernier, un Corps d’Émanation en tant que personnage correspond mieux à la description d’une émanation sous l’aspect d’une personne ordinaire. Comme on vient de le mentionner, les bouddhas se manifestent sous la forme complète d’un être illuminé doté de toutes les marques majeures et mineures, mais il est très difficile de rencontrer un tel bouddha sans avoir une quantité incroyable de potentiel karmique positif. C’est la raison pour laquelle les bouddhas se manifestent aussi sous une forme humaine ordinaire telle que Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Il serait un exemple d’un Corps d’Émanation en tant que personnage.

Tous ces Corps d’Illumination d’un bouddha seraient des exemples authentiques du Joyau de Refuge du Bouddha. En outre, pour le bien de notre pratique, le fait de voir des statues ou des peintures du Bouddha constituerait également une reconnaissance d’un Refuge du Bouddha. Nous pouvons utiliser ces modestes sources de refuge comme objets pour développer notre foi et notre respect.

Le texte fait référence également à leur Dharma, c’est-à-dire à toutes les bonnes qualités des écritures et des réalisations qui se trouvent sur leurs continuums mentaux. Plus spécifiquement, ce qui constituerait le vrai Refuge du Dharma serait les nobles vérités des vrais chemins et des véritables abandons (cessations) sur leurs continuums mentaux. De même, pour le bien de notre pratique, les textes scripturaux servent de Refuge nominal du Dharma pour que nous soyons capables de générer foi et respect.

Dans ce verset, le texte fait référence aussi à la communauté du Sangha. De manière très spécifique, ce à quoi cela fait réellement référence, c’est à toute personne ayant une cognition non conceptuelle du vide, devenant ainsi un être noble, un arya. Une telle personne est une personne du Sangha. Toutefois, en termes ordinaires, quand on parle des moines, par exemple, un moine seul ne constitue pas un Sangha. Il faut qu’il y ait quatre moines pour constituer un Sangha.

Dans ce verset au début du texte, on fait ainsi une prosternation devant ces Trois Joyaux. Ce qui va suivre est l’élucidation du sujet de ce texte, Une lampe sur la voie vers l’illumination

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