La paix intérieure dans le bouddhisme et l’islam : deux voies, une quête

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Introduction

Tout le monde veut se sentir calme et apaisé au dedans. Ce sentiment est appelé la paix intérieure. Cela veut dire que votre esprit et votre cœur sont silencieux, dénués de soucis, de peur et de désir constant. Deux des religions majeures du monde, le bouddhisme et l’islam, offrent des chemins puissants pour trouver cette paix. Toutes deux considèrent la paix intérieure comme le but le plus important dans la vie. Le bouddhisme trouve la paix en lâchant prise du soi tandis que l’islam trouve la paix en se connectant à Dieu. Ils sont d’accord sur la nécessité d’une discipline mais sont en désaccord sur le but final. Au sein du spectre des traditions bouddhiques, cette discussion se concentre sur le dialogue entre le bouddhisme Theravāda et l’islam.

La paix intérieure dans le bouddhisme : la fin de la souffrance

Pour les bouddhistes, le problème principal est la souffrance (dukkha). La souffrance inclut le douleur évidente, mais aussi le stress quotidien, la tristesse et le sentiment que la vie n’est jamais vraiment satisfaisante. Le Bouddha a enseigné que la racine de toute cette souffrance est le désir ou la saisie (taṇhā [la « soif »]), la volonté sans fin que les choses soient différentes de ce qu’elles sont.

La clef de la paix bouddhique réside dans la compréhension de trois vérités à propos de la vie :

  1. L’impermanence (anicca) : tout change.
  2. La souffrance (dukkha) : s’attacher aux choses qui changent provoque de la douleur.
  3. Le non-soi (anattā) : il n’existe pas de « moi » à l’intérieur qui soit permanent, immuable.

Selon la pensée bouddhique, la souffrance humaine (dukkha) s’élève principalement de la croyance erronée en un soi (attā) permanent et indépendant. Le êtres humains ont tendance à supposer que ce soi doit être protégé, satisfait, et continuellement affirmé. En conséquence, ils poursuivent des objets impermanents tels que la richesse, la reconnaissance sociale, le pouvoir, les attachements émotionnels, croyant qu’ils sont des sources de bonheur durable. Cependant, parce que de tels phénomènes sont de manière inhérente temporaires (anicca), leur réalisation ne peut procurer de satisfaction qui dure. Quand ces objets convoités ne sont pas obtenus, ou quand ils se dégradent ou disparaissent inévitablement, la souffrance surgit. Cette vue est clairement articulée dans le Dhammapada, 216 : 

Le désir engendre la peine, le désir engendre la peur. Pour celui qui est libre de désir, il n’y a pas de peine ; comment peut-il y avoir de peur pour lui ?

Par ailleurs, les enseignements bouddhiques insistent sur le fait que l’attachement à la notion de soi intensifie la souffrance en renforçant le désir et l’aversion. Le Dhammapada, 334 déclare :

L’avidité de la personne habituée à vivre avec négligence croît comme une plante grimpante. Elle saute de vie en vie comme un singe amateur de fruits dans la forêt.

Cette métaphore illustre la nature sans repos du désir humain et son rôle dans la perpétuation de l’insatisfaction et de la souffrance récurrente. La libération de ce cycle requiert d’avoir un aperçu sur la nature dépourvue de soi de l’existence et la culture disciplinée de la sagesse et de l’attention.

La véritable paix dans le bouddhisme est identifiée au Nibbāna (ou Nirvāṇa), un état caractérisé par la cessation de l’avidité, de l’ignorance et de l’attachement à l’égoïsme individuel. On ne le réalise pas par l’accumulation de possessions extérieures ou par le statut social, mais grâce à une profonde transformation intérieure, telle qu’exprimée dans le Dhammapada, 251 :

Il n’existe aucun feu égal à la passion, nulle étreinte pareille à la rancœur, nul filet comme l’ignorance, aucun fleuve comme le désir.

Quand les êtres humains percent la nature illusoire d’un soi séparé et abandonne le désir, les conditions qui donnent lieu à la souffrance cessent, permettant la réalisation d’une paix intérieure durable.

À quoi ressemble cette paix ?

Dans le  bouddhisme, la paix intérieure est décrite comme la plus haute forme de bonheur et comme la paix la plus profonde et la plus détendue. Il ne s’agit pas d’une excitation émotionnelle ou d’un confort temporaire, mais d’une profonde tranquillité intérieure quand le désir et l’attachement prennent fin. Udana, 8.1, la décrit ainsi :

En termes paradoxaux, on déclare de cette paix qu’il s’agit d’un état « où il n’y a pas de terre, pas d’eau… ni allée, ni venue… c’est juste la fin de la souffrance. »

Le texte ci-dessus souligne la nature de la paix intérieure et de sa transcendance au-delà de l’expérience ordinaire. Cette paix se reflète clairement dans la conduite humaine. Comme il est déclaré dans le Dhammapada, 96 :

Une personne qui a réalisé cet état est calme dans son esprit, calme dans sa parole, et calme dans ses actions.

Ainsi, la paix intérieure n’est pas seulement une réalisation intime, mais aussi une transformation éthique et comportementale visible, empreinte de sérénité, de retenue et d’harmonie.

Comment la trouver ?

Le bouddhisme enseigne l’Octuple Sentier. Il ne s’agit d’une unique action mais l’entraînement de toute une vie. Il comprend trois parties :

  1. La sagesse (pañña) : comprendre la vraie nature de la vie (l’impermanence, l’absence de soi).
  2. L’éthique (sīla) : mener une vie de bonté, d’honnêteté, et sans faire de mal. Une bonne vie crée un esprit calme.
  3. La discipline mentale (samādhi) : exercer l’esprit grâce à la méditation. La méditation vous aide à observer vos pensées sans être pris par elles. Elle vous permet de vous calmer et de voir clairement. Des pratiques comme la méditation sur l’amour bienveillant emplit le cœur de sollicitude pour tous les êtres, ce qui a pour effet de repousser la colère et la peur.

En bref, la voie bouddhique est comme de nettoyer une vitre sale. Le bouddhisme enseigne de se servir de l’éthique et de la méditation pour apaiser l’esprit (nettoyer la vitre) en sorte que vous puissiez clairement voir la vérité du non-soi. Voir cette vérité met un terme au désir et apporte une paix durable.

La paix intérieure dans l’islam : le repos du cœur en Dieu

Dans l’islam, la paix intérieure concerne avant tout la relation entre une personne et Dieu (Allah). Le sentiment de paix est un don de Dieu qui survient quand le cœur humain trouve sa véritable demeure. Le Coran, 13:28, le mentionne explicitement :

Les cœurs trouvent la paix dans le souvenir de Dieu.

Donc, tandis que le bouddhisme recherche la paix à l’intérieur pour comprendre le soi, l’islam regarde vers le haut pour se connecter au Créateur. Le fondement pour cette paix est la tawhid, la croyance en l’Unité absolue de Dieu. Le humains sont créés par Dieu, et les cœurs sont naturellement faits pour se Le rappeler et L’adorer. Quand une personne vit selon cette nature, elle ressent la paix. Quand elle oublie Dieu et court seulement après le monde, son cœur est sans repos, inquiet et dur.

À quoi ressemble cette paix ?

La paix islamique est appelée sakinah (tranquillité divine) ou tuma’ninah (sérénité). il s’agit d’un sentiment de sécurité, de contentement, et de calme que Dieu instille dans le cœur d’un croyant. Le niveau le plus élevé est quand l’âme devient réellement tranquille. À la mort, Dieu dira à cette âme apaisée, comme cela est décrit dans le Coran, 89 :27-30 :

Ô âme paisible ! Reviens à ton Seigneur, bienheureuse et agréable à Lui. Entre dans mon Paradis.

La paix ultime est d’être accueilli par un Dieu satisfait.

Comment la trouver ?

Dans l’islam, le chemin vers la paix repose sur la soumission (tel est le sens du mot « Islam »).

  1. Les Cinq Piliers : des pratiques comme la prière quotidienne (Salah), le jeûne (Sawm), et la charité structurent la vie d’un musulman autour de Dieu. La prière, faite cinq fois par jour, est une pause franche et nette dans les affairements mondains afin de se souvenir de Dieu.
  2. Le souvenir de Dieu (dhikr) : C’est la pratique la plus importante pour la paix intérieure. Cela veut dire se souvenir constamment de Dieu par des prières, par la récitation du Coran, et en prononçant des paroles pour L’adorer. En se souvenant du cœur de Dieu, ressentez la paix et le calme.

C’est dit dans le Livre des Hadith, Muṣannaf Ibn Abī Shaybah, 34777 :

Se souvenir de Dieu est la meilleure des actions.
  1. La confiance en Dieu (tawakkul) : Cela signifie se reposer complètement sur le plan de Dieu. Cela élimine l’inquiétude quant à l’avenir. Le Livre des Hadith, Abu Dawud, mentionne :
Quiconque dit (en quittant sa maison) : « Bismillah, tawakkaltu ‘alallah, wa la hawla wa la quwwata illa billah [Je commence avec le nom de Dieu ; j’ai confiance en Dieu ; il n’y a d’altération de conditions que par le Pouvoir de Dieu] », il lui sera dit : « Tu es guidé, défendu et protégé ». Le diable s’éloignera de lui.
  1. Le bon caractère : des traits de caractère comme la modestie, l’honnêteté,          et la patience créent un état intérieur paisible. Le Prophète faisait un lien direct entre la modestie et l’ « iman(la Foi) » (Sahih al-Bukhari).

La voie islamique est donc pareille à un cœur retournant à sa source. Grâce à la prière, le souvenir constant et la confiance, un musulman nettoie son cœur du bruit mondain pour faire de la place à la présence apaisante de Dieu.

Similitudes et différences

Diagnostic partagé du désordre intérieur

Tant le bouddhisme que l’islam commencent par une même compréhension du problème humain : l’agitation intérieure surgit d’un attachement excessif aux désirs mondains. Le bouddhisme identifie le désir (taṇhā) comme la racine de la souffrance, tandis que l’islam avertit qu’un désir non maîtrisé pour la richesse, le statut, et le plaisir (hawa) distrait le cœur du souvenir de Dieu. Dans les deux traditions, la condition humaine ordinaire, conduite par l’avidité, la course après les choses, et l’insatisfaction , est vue comme fondamentalement instable et une barrière à la paix intérieure.

La discipline et la pratique comme chemin vers la paix

Ni le bouddhisme ni l’islam n’envisagent la paix intérieure comme un état automatique et passif. Tous deux insistent sur la pratique de la discipline qui entraîne le comportement et la vie intérieure. Le bouddhisme prescrit un chemin structuré de conduite éthique, de méditation, et de sagesse (sīla, samādhi, pañña), alors que l’islam demande des actes d’adoration réguliers (salah), de la discipline morale (akhlaq), et de se rappeler (dhikr). La répétition est centrale dans les deux traditions : la méditation dans le bouddhisme, la prière et le rappel dans l’islam cultivent la patience, la compassion, et la concentration, apaisant progressivement l’esprit sans repos.

Résultats partagés, fondations différentes 

Dans les deux traditions la paix intérieure est décrite comme une liberté par rapport à l’avidité, la haine, et la distraction mentale. Une personne paisible n’est plus sous le contrôle de la colère ou du désir incessant. Toutefois, les fondements de cette paix diffèrent. Le bouddhisme enseigne que la paix s’élève à partir d’une vision perspicace de la nature impermanente, dépourvue de soi, de la réalité, réalisée grâce à l’effort humain et à la sagesse. L’islam enseigne que la paix (sakinah) vient ultimement de Dieu comme un cadeau divin, accordé au moyen de la foi, de l’obéissance et de la soumission à Sa volonté.

Différences fondamentales quant au but et à la compréhension du soi

La plus grande différence réside dans le but final et la compréhension du soi. Le bouddhisme enseigne qu’il n’y a pas de soi permanent et que la paix ultime (Nibbana) est atteinte quand le désir et l’illusion d’un soi sont éteints, mettant un terme au cycle des renaissances. L’islam, en revanche, affirme l’existence d’une âme éternelle dont la paix réside dans l’accomplissement de son dessein, adorer et faire retour à Dieu, et dont la destinée finale est une proximité avec le Créateur au Paradis. Ainsi, un bouddhiste cherche la paix comme s’il soufflait la flamme d’une bougie, éteignant le feu du désir, tandis qu’un musulman cherche la paix comme une rivière coulant et se jetant dans l’océan, l’âme trouvant le repos dans sa source infinie, atteignant le Paradis (jannah).

Conclusion

Le bouddhisme et l’islam fournissent des guides complets pour quelqu’un à la recherche de la paix intérieure. Tous deux demandent à la personne de vivre une vie éthique, d’entraîner son esprit et de se détourner des simples plaisirs mondains. Leurs pratiques de méditation et de prière sont des outils puissants pour apaiser le chaos intérieur que tous nous ressentons.

Cependant, ils partent de positions opposées et arrivent à des destinations opposées. Le bouddhisme commence avec l’esprit humain et conduit à une paix au-delà de toute identité personnelle. L’islam commence avec un Créateur, Dieu, et mène à une paix trouvée dans une relation parfaite avec Lui et l’atteinte du Paradis (jannah). L’un trouve le repos ultime en dissolvant l’esprit ; l’autre la trouve en faisant reddition à Dieu. Comprendre les deux nous montre la vaste variété de la spiritualité humaine. Cela prouve que la paix la plus profonde peut être trouvée par différents chemins selon notre propre vision des plus grandes questions de la vie.

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