Reconnaissance en tant que réincarnation et intronisations
Le Premier Tsenshap Serkong Rimpotché, l’un des Sept Maîtres Partenaires de débat et l’un des maîtres de Sa Sainteté le Quatorzième Dalaï-Lama, a quitté son corps le 29 août 1989 à l’âge de 69 ans à Kibber, dans la vallée de Spiti. Haute et aride vallée entre les premières et les secondes chaînes des montagnes himalayennes en Inde, Spiti se situe à la frontière du Tibet, et Tsenshap Serkong Rimpotché y avait réformé et revivifié le Bouddhisme. Sa réincarnation, le Deuxième Serkong Rimpotché, naquit exactement neuf mois après, le 29 mai 1984, quatrième d’une dizaine d’enfant d’une famille de fermier dans le village de Lari, au Spiti également. Dès qu’il put parler, dans leur maison, le bambin pointa du doigt une photo du précédent Serkong Rimpotché et déclara : « C’est moi. » Quand un groupe de moines se rendit chez eux au Spiti en quête de sa nouvelle incarnation (du toulkou), il reconnut l’un d’entre eux par son nom et voulut retourner avec le groupe à Dharamsala. On prit cela pour des signes clairs qu’il était la réincarnation authentique, et ceci fut confirmé plus tard par Sa Sainteté.
En août 1988, l’enfant de quatre ans fut intronisé au monastère de Tabo au Spiti, le plus vieux monastère tibétain continuellement en activité en Inde. Il fut construit en l’an 996 de notre ère par le roi Yéshé Öd, le roi qui invita Atisha au Tibet, et consacré par le traducteur Rinchen Zangpo quarante-deux ans plus tard en 1038. Peu de temps après son intronisation, les anciens assistants de Rimpotché, Ngawang Sherpa et Tsedrub, l’amenèrent à Dharamsala où il eut sa première audience avec Sa Sainteté. Le troisième ancien assistant, Chontzela, était déjà mort.
Rimpotché eut une seconde audience avec Sa Sainteté peu de temps après. Ce fut une audience commune avec le toulkou de deux ans et demi récemment reconnu de Yongdzin Ling Rimpotché, le Tuteur Senior de Sa Sainteté et maître du précédent Serkong Rimpotché. Lors de cette audience, Sa Sainteté leur donna leur première leçon de lecture de l’alphabet tibétain.
Après avoir été intronisé une fois de plus en octobre 1988, Ngawand et Tsedrub ramenèrent le jeune toulkou à ses parents au Spiti. L’année suivante, Rimpotché emménagea dans la maison de son prédécesseur à Dharamsala. Très vite, il rencontra la nonne américaine Thubten Chodron, une ancienne étudiante de son prédécesseur, et elle commença à lui enseigner quelques mots de base en anglais. Ayant été institutrice dans une école primaire avant de devenir nonne, elle continua d’enseigner le jeune toulkou et de jouer avec lui chaque fois qu’elle se rendait en Inde.
Première rencontre avec Rimpotché et son souvenir de moi
En mai 1990, je retournai à Dharamsala d’une vaste tournée internationale afin de préparer et d’organiser plusieurs projets pour Sa Sainteté le Dalaï-Lama. J’avais passé neuf ans avec le précédent Serkong Rimpotché en tant que proche disciple, interprète et secrétaire en anglais. Étant avec lui presque chaque jour, j’étais devenu une partie de sa maisonnée. Quand je rencontrai le toulkou âgé de cinq ans et que Ngawang lui demanda : « Reconnaissez-vous qui c’est ? » Rimpotché dit : « Ne sois pas stupide, bien sûr que je sais qui c’est. » Instantanément, il fut affectueux avec moi, et est demeuré pareillement proche de moi depuis ce jour.
Rimpotché fit montre d’autres signes des instincts de sa vie antérieure. Par exemple, quand je l’emmenai rendre visite à Ling Rimpotché, maintenant âgé de quatre ans, il refusa de s’asseoir sur la même banquette en bois ou au même niveau que Ling Rimpotché mais insista pour s’asseoir par terre et se montra plein de révérence à son égard. Il est resté ainsi jusqu’à aujourd’hui.
Rejoindre le monastère Ganden Jangtsé en Inde du Sud et début de son éducation monastique
Le mois suivant, Ngawang amena Rimpotché à Mundgod, au Karnataka en Inde du Sud, où il rejoignit son vieux monastère, Ganden Jangtsé, et revint dans son ancienne maison. Quatre moines devaient s’occuper de lui, dont deux qui avaient environ vingt ans en plus des assistants actuels de Rimpotché à savoir Gendun Samdup, alors âgé de trente-deux ans et de Thubten Sherap, âgé de trente ans. Quand chacun avait environ dix ans, le prédécesseur de Rimpotché les avait choisis pour être ses futurs assistants, comme il l’avait fait bien des années auparavant avec Ngawang et avec moi.
Bientôt, après l’emménagement de Rimpotché au monastère, il commença l’entraînement traditionnel pour un haut lama incarné. Le matin, il mémorisait des prières pendant deux heures, les révisait le soir et, l’après-midi, pratiquait l’écriture anglaise et tibétaine avec Guéshé Sonam. Bien que Rimpotché n’ait jamais requis une surveillance étroite et fût toujours motivé et autodiscipliné, il était aussi totalement non stimulé et s’ennuyait. Son tuteur officiel, l’abbé de Ganden Jangtsé, Khen Rimpotché Sonam Gonpa, s’en tenait à la politique traditionnelle à savoir qu’il ne commencerait les classes de débat avec lui qu’à l’âge de treize ans. Rimpotché n’avait que six ans à son arrivée au monastère.
Rimpotché ne pouvait se rendre à l’école primaire du monastère dans la mesure où les garçons étaient considérés comme trop grossiers et sales. Cela signifiait qu’excepté les autres jeunes toulkous venant lui rendre visite occasionnellement, il n’avait personne de son âge avec qui jouer, bien qu’il eût deux lapins.
Quand Sa Sainteté visita le monastère en décembre 1992, au lieu de se rendre d’abord au temple principal où tout le monde l’attendait en ligne, il alla tout droit à la maison de Rimpotché. Cela montrait clairement l’estime et la préoccupation qu’il avait toujours eus pour lui. Tout au long de la vie de Rimpotché, Sa Sainteté a personnellement supervisé ses études, et au vu de la situation à cette époque, il donna des instructions à la maisonnée comme quoi Rimpotché devrait commencer maintenant à étudier l’anglais, la grammaire tibétaine et les stades initiaux du débat.
L’organisation de l’éducation moderne de Rimpotché et le fonctionnement de sa maisonnée
Quand je rendis visite à Rimpotché à Ganden Jangtsé quelques mois plus tard, en février 1993, je fus étonné par la force de la relation dont Rimpotché faisait preuve à mon égard. La dernière fois que je l’avais vu remontait à trois ans et j’avais passé seulement un mois avec lui. Mais les assistants me dirent qu’il avait impatiemment attendu ma venue. Une fois là, il me traitait presque comme un père. Je n’ai jamais vu d’enfant de cet âge, ni même de ma propre famille, faire montre d’une telle proximité avec moi.
Des quatre moines de la maisonnée de Rimpotché, tous avaient été au monastère depuis l’âge de dix ans et aucun ne possédait une éducation moderne plus élevée que celle d’un cours moyen. Bien qu’ils fussent très bien intentionnés, ils manquaient d’expérience mondaine, de confiance et d’assurance pour concevoir des plans pour mettre les instructions de Sa Sainteté en action. Aussi se tournèrent-ils vers moi pour les aider et les guider, et je me suis trouvé soudainement propulsé dans la position d’organiser et de superviser la situation de Rimpotché sur place. Ayant organisé de vastes projets pour Sa Sainteté, je me sentais en confiance pour prendre la responsabilité et rectifier la situation de Rimpotché et j’endossai avec bonheur ce nouveau rôle. En vérité, cela paraissait plutôt naturel.
Avec Gendun Samdup et Thubten Sherap, nous trouvâmes un professeur tibétain d’anglais de quarante ans qui enseignait à l’école laïque pour enfants au camp tibétain de Mungod. Il accepta de venir une heure chaque après-midi et aussi vingt minutes le matin pour réviser les leçons. Nous trouvâmes également un professeur tibétain de grammaire de la même école, qui donnerait à Rimpotché une heure de cours chaque jour. Après avoir parlé avec l’abbé, il accepta d’enseigner le débat à Rimpotché une heure par jour., et nous trouvâmes un autre petit moine pour étudier et débattre avec Rimpotché.
J’instituai aussi une heure de marche chaque soir, dans la mesure où Rimpotché ne faisait aucun exercice physique. Il aimait cela et la plupart du temps courait. Nous pratiquions l’anglais pendant les promenades chaque fois que j’étais là. Malheureusement aucun des assistants ne parlait anglais. De même, lors de mon séjour, j’emmenai Rimpotché chez le dentiste pour quelques plombages dont il avait besoin et lui achetai la vaisselle et la literie neuve qui lui faisaient cruellement défaut. J’essayai de redresser leur situation financière et lançai des appels de parrainage à d’anciens étudiants du prédécesseur de Rimpotché.
Prévoyant que Rimpotché aurait besoin d’être capable de se relier aux gens du Spiti, je voulais l’aider à s’y préparer. Quand je revins donc à Dharamsala, je lui envoyai des manuels scolaires d’anglais, de mathématiques, d’hindi, de tibétain et de sciences : les manuels anglais standards utilisés dans les écoles indiennes comme dans les écoles tibétaines. Quelques mois plus tard, Gendun Samdup m’écrivit que Rimpotché aimait réellement ses nouvelles leçons et s’épanouissait.
Rimpotché passe la saison chaude à Dharamsala et y donne son premier enseignement
Cet hiver-là, en janvier 1994, Rimpotché assista aux enseignements de Sa Sainteté durant un mois au Collège tantrique du Bas à Hunsur, au Karnataka. Sa Sainteté avait suggéré qu’il passe la saison chaude de l’Inde du Sud à Dharamsala chaque année et y continue ses études. Il faisait de rapides progrès et était déjà au niveau du cours moyen des manuels scolaires anglais. Après Hunsur, Rimpotché se rendit à Dharamsala pour assister aux enseignements annuels de printemps de Sa Sainteté. Je le rencontrai à Dehli où je l’emmenais faire un examen médical complet. Mis à part quelques parasites intestinaux et des amygdales enflées, sa santé était excellente.
Pour son âge, Rimpotché était devenu très costaud et avait développé un grand sens de l’humour, tout à fait comme son prédécesseur. En mars, juste à l’âge de neuf ans, Rimpotché donna son premier enseignement public, la transmission orale de la Lama Chopa, la Pouja au Gourou, au centre de méditation de Tushita à Dharamsala, à un groupe d’Occidentaux et quelques Tibétains. Il conduisit ensuite lui-même le rituel complet de la pouja. J’étais vraiment fier de la façon dont il fit cela si bien. Il avait désormais commencer ses activités formelles en tant que lama.
Gendun Samdup devient Guéshé Lharampa
Ce mois d’octobre 1994, Gendun Samdup reçut son diplôme de Guéshé Lharampa après vingt années d’études monastiques. Il était parmi les premiers de sa classe ce qui eut un effet très positif sur la maisonnée de Rimpotché.
La coutume tibétaine veut que, après avoir passé un examen devant l’assemblée complète des moines et reçu un des diplômes monastiques, le lauréat offre une kata (écharpe) et une certaine somme de roupies indiennes à chacun du millier ou plus de moines de leur monastère ainsi qu’un repas. Cela peut s’avérer extrêmement coûteux, en particulier quand cela implique quelqu’un de la maisonnée d’un haut lama comme celle de Rimpotché. Une fois encore, ils se tournèrent vers moi pour les aider à lever les fonds.
Rimpotché reçoit les initiations de Kalachakra
Le père du prédécesseur de Rimpotché, le Premier Serkong Dorjechang, était l’un des plus grands yogis du dix-neuvième siècle et un détenteur de la lignée du Kalachakra. Le prédécesseur de Rimpotché lui-même était un expert du Kalachakra, et avait donné de nombreux enseignements sur ce tantra à Sa Sainteté. Par exemple, Kirti Tsenshap Rimpotché détenait la rare transmission orale du Laghu Kalachakra Tantra, le vaste commentaire de Kalchakrapada le Jeune sur le Kalachakra Tantra. Comme il était trop humble pour l’offrir à Sa Sainteté, il l’avait donc transmis au prédécesseur de Rimpotché, lequel serait une personne plus appropriée pour l’offrir à Sa Sainteté.
La transmission orale demandait un assez grand nombre de sessions, et bien que le prédécesseur de Rimpotché fût en mesure d’offrir la première partie de la transmission à Sa Sainteté, il n’eut pas l’occasion d’offrir le reste avant son trépas. L’un de ses derniers actes, en fait, fut d’inviter Sa Sainteté à conférer l’initiation de Kalachakra au monastère de Tabo au Spiti, ce que fit Sa Sainteté en août 1983, juste quelques semaines avant que son prédécesseur ne trépasse.
J’eus le privilège d’assister à cette initiation et de traduire pour Sa Sainteté. Le jour avant la cérémonie finale, je posai au prédécesseur de Rimpotché une question sur le rituel. Il répondit : « Résous-la par la logique », et nous trouvâmes la solution ensemble. Ce fut le dernier enseignement que je reçus de lui. Il est merveilleux de voir que maintenant, alors que son jeune toulkou a grandi et est devenu une nouvelle fois un grand maître, il continue d’insister sur l’importance de la logique et du raisonnement comme base pour comprendre le Dharma. Mais je suppose que ce n’est pas étonnant, après tout, car son prédécesseur était l’un des Maîtres Partenaires de débat de Sa Sainteté.
En janvier 1995, Sa Sainteté vint à Mungod pour conférer l’initiation de Kalachakra. À son arrivée, il se rendit au temple principal du monastère de Ganden pour faire une offrande de tsog à Palden Lhamo et ensuite alla tout droit à la maison de Rimpotché avant que Rimpotché ne pût revenir chez lui. Rimpotché avait eu des difficultés à passer les barrières de sécurité, mais quand finalement il fut de retour chez lui, il trouva Sa Sainteté qui l’attendait. Sa Sainteté était venu là sans doute à cause de son étroite connexion entre le prédécesseur de Rimpotché, Kalachakra et lui-même. Ainsi, à l’âge de dix ans, Rimpotché renoua sa connexion avec Kalachakra.
L’année suivante, Rimpotché reçut l’initiation de Kalachakra de Sa Sainteté deux fois de plus. La première eut lieu en juin à Tabo, au Spiti, pour la célébration du millième anniversaire de la fondation du monastère de Tabo. La seconde eut lieu en décembre à Salugara, au Bengale occidental.
Guéshé Gendun Samdup et Thupten Sherap prennent en charge le fonctionnement de la maisonnée et donnent des conseils sur l’éducation de Rimpotché
Au cours des années suivantes, Rimpotché continua ses études avec ses tuteurs additionnels, l’ancien abbé du Collège tantrique du bas de Gyumé, Gyumé Khenzur Rimpotché Losang Ngawang, et Guéshé Tenzin Zangpo, ainsi qu’avec ses maîtres laïcs tibétains. Durant cette période Guéshé Gendun Samdup et Thupten Sherap apprirent progressivement à faire fonctionner la maisonnée eux-mêmes.
J’ai fortement insisté auprès d’eux sur l’importance de ne pas laisser d’anciens étudiants occidentaux abîmer Rimpotché soit en l’invitant à l’Ouest, soit en le submergeant de jouets et de jeux numériques. J’avais vu les effets contraires de telles expériences sur d’autres jeunes toulkous et avais même été membre du comité du Bureau Privé de Sa Sainteté pour traiter cette question. Je voulais très fortement épargner à Rimpotché le conflit culturel à leur retour en Inde que d’autres jeunes toulkous avaient expérimenté. Il serait toujours temps plus tard pour Rimpotché de visiter l’Ouest, quand il serait suffisamment mûr pour gérer les tentations.
Les deux assistants suivirent mes conseils, et je pense que le résultat a été excellent. Rimpotché se révéla être très à l’aise dans sa société et peut se relier très bien aux communautés tibétaines et indiennes ainsi qu’aux gens de la vallée de Spiti.
Je teste Rimpotché
De temps en temps, entre des tournées à l’étranger et l’organisation et la supervision de projets supplémentaires pour Sa Sainteté, je rendais visite à Rimpotché. Je l’interrogeais souvent sur ses études durant nos conversations du soir, en particulier sur les maths. Le prédécesseur de Rimpotché m’avait confessé être très mauvais en calculs mathématiques et n’avait donc jamais étudié le système astrologique du Kalachakra pour calculer les positions des planètes et le calendrier, bien qu’il insistât pour que je l’apprenne, ce que j’ai fait. Néanmoins, il était extrêmement intéressé et apprit toutes les mesures pour la construction en deux dimensions des mandalas en poudre ainsi que des palais en trois dimensions d’un grand éventail de systèmes de déités, pas seulement du Kalachakra. Il ne se lassait jamais de me les enseigner et ensemble nous résolûmes les calculs sur la manière dont toutes les pièces d’architecture pouvaient s’assembler.
Bien que Rimpotché fût aussi très mauvais en maths, j’ai pensé que je pouvais éveiller son intérêt au moins en arithmétique de base afin que dans le futur il puisse l’appliquer à la construction de mandalas une fois de plus. Mais, bien que Rimpotché pût aisément mémoriser de nombreuses pages de textes tibétains, il avait des difficultés à se souvenir des simples tables d’addition. Bien qu’il trouvât sans nul doute mes questionnements ennuyeux, il ne se mit jamais en colère avec moi, ne serait-ce qu’une fois. C’était similaire à la manière dont je ne m’étais jamais mis en colère avec son prédécesseur, qui lui aussi me questionnait incessamment pour exercer ma mémoire.
En tant qu’adolescent, Rimpotché avait aussi un côté espiègle. Une fois, il me demanda de lui apporter un masque de monstre. Je fus en mesure d’en trouver deux faits par des professionnels, qui couvraient toute la tête. Il étaient très ressemblants. Rimpotché se délectait de faire peur aux membres de sa maisonnée dans leurs lits la nuit, et à certains de ses camarades de classe qui vivaient dans le voisinage et étaient effrayés par les démons.
La fondation de l’école Serkong à Tabo, au Spiti
Sa Sainteté avisa Rimpotché de la nécessité de servir sa communauté au Spiti. En accord avec les souhaits de Sa Sainteté, Rimpotché endossa le rôle de chef spirituel du monastère de Tabo. Chaque année, il passe au moins un mois au Spiti à donner des enseignements du Dharma. En 1999, il fonda l’école Serkong à Tabo pour l’éducation primaire et secondaire jusqu’au dixième grade (système anglais). Pour les onzième et douzième grades, les élèves sont transférés dans une école de Dharamsala. Une fois qu’ils sont là, Rimpotché veille sur leur bien-être et, chaque fois qu’il est à Dharamsala, il leur donne des enseignements bouddhiques.
Rimpotché passe ses examens monastiques de premier niveau et participe à la dédicace du hall de prière de Ganden Jangtsé
En septembre 2001, Rimpotché passa son examen « Tsoklang », que seuls les toulkous passent à la fin de leur étude de la section bodhichitta de leurs cours sur la Prajnaparamita. « Tsoklang » veut dire « se tenir face à l’assemblée ». Les toulkous adolescents doivent se tenir devant l’assemblée entière des moines des collèges de Jangtsé et Shartsé dans le temple principal de Ganden et débattre sur le sujet de la bodhichitta. J’avais déménagé d’Inde en 1998 et m’étais établi à Berlin, mais je retournai en Inde avec Alan Turner pour assister à l’examen et à la célébration qui suivrait. Je fus très fier de la belle façon dont Rimpotché se défendit au cours du débat.
Alan était un pratiquant très sérieux d’Angleterre à qui le prédécesseur de Rimpotché avait donné de nombreux enseignements privés que j’avais toujours traduits pour lui. Durant cette visite, Rimpotché donna un court enseignement privé à Alan, avec moi comme traducteur. Rimpotché fit la remarque que c’était bien sûr ce que nous devrions faire ensemble, comme nous le faisions avant.
Comme son prédécesseur Rimpotché aimait beaucoup les animaux et avait toujours un chien de compagnie. Je fus stupéfait par le chien qu’il avait à cette époque. Il y avait beaucoup de singes sauvages dans la jungle autour du monastère. Tous les autres chiens que j’avais vus en Inde aboyaient et chassaient les singes s’ils s’approchaient trop près d’eux. Mais le chien de Rimpotché jouait avec les singes qui venaient dans la cour. Pour Rimpotché, c’était parfaitement normal, mais ni Alan ni moi n’avions jamais rien vu de pareil.
À présent, Guéshé Gendun Samdup était devenu très habile dans de nombreux domaines au-delà de ses études monastiques. Sans apprentissage architectural formel, il dessina le nouveau hall de prière de Ganden Jangtsé, se conformant aux souhaits de Sa Sainteté afin que le décor intérieur reste sobre. Thupten Sherap supervisa sa construction. Des années plus tard, tous les deux usèrent de leurs talents pour la construction de la nouvelle maison de Rimpotché à Dharamsala et de l’hôtel Serkong adjacent.
Le hall de prière venait juste d’être achevé quand Alan et moi étions là. Quelques mois plus tard, en décembre, Sa Sainteté fit un voyage à Mungod et conduisit la cérémonie de dédicace. Une fois encore, Sa Sainteté rendit visite à Rimpotché chez lui.
Première visite en Europe pour assister à l’initiation de Kalachakra à Graz, en Autriche
Rimpotché fit sa première visite en Europe en octobre 2002, accompagné de Thupten Sherap, pour assister à l’initiation de Kalachakra conférée par Sa Sainteté à Graz, en Autriche. Rimpotché avait 18 ans. Je vins de Berlin pour y assister, gérer la presse pour Sa Sainteté et pour aider Rimpotché et Thupten Shérap, en particulier en allemand.
Rimpotché, Thupten Sherap et moi-même étions arrivés à Graz deux jours avant Sa Sainteté, je saisis donc cette occasion de temps libre pour les emmener tous les deux à Vienne, à deux heures de train, pour leur montrer cette belle ville. Nous fîmes une visite touristique de la ville en bus et, après coup, je demandai à Rimpotché s’il n’y avait pas un des sites qu’il aimerait revoir de plus près. Il dit que non et prononça ces mots que je considère comme sa marque de fabrique, c’est-à-dire : « Rien de spécial », et nous revînmes donc à Graz.
Pendant les dix jours de rituels qui commencèrent après l’arrivée de Sa Sainteté, Rimpotché participa à l’auto-initiation de Kalachakra chaque matin, de cinq à dix heures, avec Sa Sainteté et les moines de Namgyal. Il était merveilleux de voir qu’il était maintenant capable de faire cela.
Je confère à Rimpotché une transmission orale de son prédécesseur
Au cours d’une longue retraite dans une grotte de montagne, le premier Serkong Dorjechang eut une vision de Tsongkhapa, lequel lui conféra une transmission spéciale de ce texte sur les sens interprétables et définitifs du vide (la vacuité), Drang-nge legshe Nyingpo. Dorjechang, à son tour, conféra la transmission orale au prédécesseur de Serkong Rimpotché qui était très jeune à cette époque. Sa Sainteté avait fait la requête au prédécesseur de Rimpotché de lui conférer la transmission orale. Toutefois, en dépit de ses préparatifs, il n’eut jamais l’opportunité de le faire.
En 1982, pendant la deuxième tournée que fit le prédécesseur de Rimpotché, accompagné par Ngawang, Chondzela et moi-même nous fûmes invités à rendre visite à mon vieux camarade de classe, Robert Thurman, chez lui à Woodstock, dans l’état de New York. Thurman avait traduit une partie du texte pour sa thèse de doctorat et, pendant que nous étions là, il demanda au prédécesseur de Rimpotché de nous donner la transmission, à lui et à moi. Le texte fait 300 pages d’un livre édité au format occidental, et le prédécesseur de Rimpotché le récitait de mémoire chaque jour comme faisant partie de sa pratique quotidienne en environ deux heures. Il est considéré comme l’explication de Tsongkhapa le plus avancée et la plus difficile du vide parmi les systèmes philosophiques.
Le vieux Serkong Rimpotché consentit et nous donna la transmission à la manière classique en récitant le texte de mémoire. Cela allait si vite, que mes yeux n’arrivaient pas à suivre le texte. Il avait demandé à Ngawang de vérifier et être sûr qu’il ne commettait aucune erreur et, à la fin, il n’y en eut que trois, très minimes.
Rimpotché voulait recevoir cette transmission extrêmement rare, de moi en particulier, et il me demanda donc de la lui conférer en retour. Je n’avais même jamais lu le texte et me sentais totalement non qualifié. Je demandai donc à Sa Sainteté quoi faire et Sa Sainteté dit que, par tous les moyens, je devrais donner la transmission puisque je l’avais, en fait, reçue par la seule vertu de l’avoir entendue attentivement de sa source.
Les mois suivants, je pratiquai la lecture du texte à voix haute afin de ne pas trébucher et que cela ne soit pas insupportablement long. Une fois prêt, je voyageai en Inde en août 2003, allai tout droit à Mungod et donnai la transmission à Rimpotché. Cela prit deux longues sessions matinales. Dans les années qui suivirent, Rimpotché à son tour la conféra à beaucoup d’autres personnes.
Le prédécesseur de Rimpotché avait dit à Khyongla Rimpotché que mon rôle dans le futur serait de servir de pont entre lui-même et sa prochaine incarnation. Rimpotché et moi avons pris la chose au sérieux, et avec les années, j’ai partagé avec Rimpotché les récits de ce qu’il avait fait et dit dans sa vie passée ainsi que les interprétations uniques et rares de textes que son prédécesseur avait partagées en privé avec moi. Cela a été et continue d’être un énorme privilège d’être en mesure de faire partie de la lignée Serkong.
Voyage touristique aux États-Unis
La visite suivante de Rimpotché en Occident fut pour les États-Unis en décembre 2004, pour un mois, à nouveau avec moi, mais cette fois Thupten Sherap et Guéshé Gendun Samdup se joignirent tous deux à nous. Rimpotché avait été invité par Cate Hunter, une ancienne étudiante de son prédécesseur, en guise de vacances dans ses études. Elle nous emmena visiter plusieurs familles tibétaines qui avaient été proches de son prédécesseur ainsi que plusieurs attractions touristiques sur les côtes est et ouest : Dysneyland, la statue de la Liberté, etc. Rimpotché ne fut intéressé par aucun de ces sites ni par les boutiques et les énormes centres commerciaux que Cate lui montra, ni par les salles de jeux et les casinos où certains des Tibétains nous emmenèrent. Sa réponse à tout cela fut : « Rien de spécial. »
J’ai insisté pour que Rimpotché ait l’occasion de profiter de ce que tout garçon de vingt ans aimerait, je l’ai donc finalement emmené faire du cheval en Californie et du patin à glace au Rockefeller Center à New York. J’ai essayé de lui apprendre à nager un jour mais ce fut un échec complet. Rimpotché ne sait toujours pas nager. Même le fait de l’emmener sur un bateau pour observer les baleines s’est révélé désastreux. Bien que nous ayons réussi à repérer une seule baleine mais aussi un troupeau de marsouins, Rimpotché souffrait trop du mal de mer pour jouir de ce rare spectacle.
Comme d’autres jeunes de son âge, Rimpotché avait développé maintenant un goût prononcé pour les jeux vidéo, goût qu’il a toujours. Quand j’ai vu combien certains étaient violents, je n’ai pu m’empêcher, comme tout parent hautement concerné, de l’avertir de l’influence négative que pouvait avoir le fait de trouver amusant de tirer et de tuer un ennemi. Je ne pense pas qu’il ait apprécié mon avertissement.
À la fin du mois, quand je les ai vus partir pour l’aéroport, Rimpotché m’a dit que le point culminant du voyage avait été sa visite au musée de l’Holocauste à Washington D. C. Cela lui avait donné une grande opportunité de méditer sur la compassion tant à l’égard des victimes que de leurs bourreaux et de leurs assassins. Cela compensait de très loin les jeux vidéo.
En septembre 2007, avec Alan, je suis retourné à Mungod pour rendre visite à Rimpotché. À présent, Rimpotché disposait d’un ordinateur et d’un téléphone portable et était devenu adepte des deux. Il utilisait son ordinateur à bon escient pour préparer des plans d’études afin d’aider ses camarades de cours. Perceptible également était la manière dont Rimpotché commençait désormais à faire montre du même sens pragmatique, les pieds sur terre, pour lequel son prédécesseur s’était fait remarquer. Il m’offrit quelques conseils très utiles. Il avait aussi commencé à prendre du plaisir à faire la cuisine, en particulier des crêpes pour le petit déjeuner.
Durant mon séjour à Ganden, je saisis l’occasion pour poser des questions techniques au sujet du karma, du temps et des phénomènes négatifs au tuteur principal de Rimpotché, Guéshé Tenzin Zangpo. On le considérait que le meilleur débatteur des trois principaux monastères Guéloug. Il fut nommé par la suite abbé du Collège tantrique du Bas de Gyumé et désormais, en tant qu’ex-abbé, il est sur les rangs pour devenir le Ganden Tripa, le chef de l’école Guéloug. Il répondit en parlant si rapidement et dans une langue de débat si formelle que je ne pouvais suivre. Nous les avons donc enregistrées et, après les leçons, Rimpotché et moi-même écoutions les bandes et les transcrivions en tibétain de telle sorte que je puisse comprendre les réponses. Je pouvais alors demander à Rimpotché plus de clarifications, ce qu’il faisait très volontiers.
Rimpotché délaisse les habits monastiques et rejoint l’Institut de dialectique bouddhique
En 2008, Rimpotché décida de se défroquer et de continuer de servir Sa Sainteté et les gens du Spiti en tant que laïc. Sa Sainteté lui donna comme instruction de s’installer à Dharamsala et de continuer ses études à l’Institut de dialectique bouddhique. Il avait achevé les cours sur la Prajnaparamita à Ganden en utilisant les textes de Jetsunpa. À l’Institut, il commencerait les études sur le Madhyamaka en se servant des textes de Panchen. Au bout du compte, Rimpotché a appris les deux traditions textuelles.
Guéshé Gendun Samdup et Thupten Sherap emménagèrent à Dharamsala avec Rimpotché et, peu après, le frère de Rimpotché, Losang Ngawang, rejoignit la maisonnée en tant que troisième assistant.
Dispersion des cendres d’Alan Turner
En mai 2009, Alan décéda subitement d’une crise cardiaque à l’âge de 54 ans. Très puissant pratiquant de Yamantaka, il s’était toujours identifié avec cette figure-de-bouddha courroucée. Prenant la chose trop à la lettre, il éprouva sottement le sentiment qu’à l’instar de Yamantaka se régalant de la chair de démons nuisibles, il pourrait prospérer en se nourrissant de viande grasse et même de morceaux de lard pur. Cela signa sa perte.
Il fut incinéré en Angleterre, et en décembre, après avoir aidé sa femme Irene à désinstaller sa pièce de méditation, je suis allé en Inde avec deux urnes en bois contenant ses cendres. Une fois rendu là, je rejoignis Rimpotché, Gendun Samdup, Thupten Sherab et Losang Ngawang et ensemble nous fîmes un pèlerinage avec les urnes à Bodh Gaya et à Sarnath. En accord avec les coutumes tibétaines, Rimpotché et moi-même répandirent les cendres d’une des urnes dans le Gange, et Tupten Sherap rapporta l’autre urne à Dharamsala pour épandre les cendres près d’une montagne au Spiti.
Études privées avec Guéshé Tenzin Gyurmyi
Rimpotché reçut le diplôme de maîtrise en philosophie Madhyamaka de l’Institut de dialectique bouddhique en 2011. Sa Sainteté l’informa qu’il n’était pas nécessaire de se rendre à l’Institut pour étudier l’Abhidharma ou de faire le tour des monastères des autres traditions tibétaines pour étudier leurs styles de débat non Guéloug. Il devrait continuer ses études avec Guéshé Tenzin Gyurmyi qui lui enseignerait principalement le Madhyamaka, mais plus tard également le tantra des points de vue à la fois Guéloug et Nyingma. Le prédécesseur de Rimpotché avait été un érudit dans la totalité des quatre traditions tibétaines, en particulier Guéloug et Nyingma.
Malgré le fait que toutes ses études suivantes se firent en privé, Rimpotché a entretenu des amitiés étroites avec ses camarades de cours tant à Ganden Jangtsé qu’à l’Institut de dialectique bouddhique. Bien que souvent les hauts lamas ne s’associent qu’avec d’autres tulkus, Rimpotché n’a jamais permis que son titre le tienne à distance des autres.
Rimpotché étudie l’anglais au Canada et commence à enseigner internationalement
En 2013, Sa Sainteté ordonna à Rimpotché d’aller au Canada, et de s’inscrire à une université pour y améliorer son anglais. Rimpotché alla à Calgary, où il étudia l’anglais comme langue étrangère durant trois semestres à l’université de Mount Royal. Après avoir achevé son programme avec succès, il retourna à Dharamsala en 2014 pour poursuivre ses études avec Guéshé Tenzin Gyurmyi.
En 2016, Rimpotché était prêt pour commencer à enseigner en dehors de l’Inde. Comme ce fut le cas avec son prédécesseur, le premier endroit où il se rendit fut à l’Institut Lama Tsongkhapa, à Pomaia, en Italie. Comme son prédécesseur, il aime désormais la nourriture italienne. Depuis lors, il a enseigné dans environ dix pays d’Europe, de même qu’en Amérique du Nord, en Israël, au Vietnam et à Singapour.
Rimpotché a accepté très sérieusement d’endosser le rôle de poursuivre le travail de son prédéceseur. Il dit qu’il ne sait pas s’il est réellement la réincarnation du précédent Serkong Rimpotché, mais ayant été reconnu comme tel, il a bénéficié d’opportunités en or pendant sa vie telles que le direction personnelle de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, la meilleure éducation avec les meilleurs professeurs ainsi que d’une merveilleuse intendance pour prendre soin de lui. Il serait stupide de sa part de ne pas tirer parti de tout cela en ne servant pas Sa Sainteté et en ne poursuivant pas l’œuvre du précédent Serkong Rimpotché. Comme partie de sa décision à agir ainsi, il a fait un effort spécial pour rencontrer les anciens étudiants de son prédécesseur et pour rétablir cette connexion.
Audience avec Sa Sainteté à propos de son prédécesseur
Le prédécesseur de Rimpotché avait préparé une autobiographie qui était incomplète et Thupten Sherap récoltait des informations afin de la compléter. Une pièce importante manquait. Elle concernait sa relation avec Sa Sainteté non seulement comme son Maître Partenaire de débats, mais également comme son soi-disant « lieutenant » pour s’assurer que les monastères menaient à bien les politiques de Sa Sainteté. En fait, il avait été l’un des fondateurs du Conseil pour les Affaires religieuses que Sa Sainteté avait institué pour la préservation de la culture des monastères bouddhiques tibétains presque immédiatement à leur arrivée en exil en Inde.
Rimpotché était trop timide pour conduire l’interview nécessaire avec Sa Sainteté, Sa Sainteté me demanda donc de venir afin de la mener à ses côtés. Je suis donc retourné une fois de plus à Dharamsala où Rimpotché et moi-même préparèrent une série de questions. En octobre 2017, nous eûmes une audience privée et je fus à même de les poser.
Visite de Rimpotché chez moi à Berlin et préparation de documents pour Study Buddhism
Comme faisant partie de la tournée européenne d’enseignement de Rimpotché de 2019, il resta avec moi à Berlin, accompagné de Guéshé Gendun Samdup et de Thupten Sherap, pendant presque un mois en mars et avril. Pendant leur séjour, Matt Lindén, le directeur vidéo de notre projet Study Buddhism, vint de chez lui en Finlande et nous rejoignit. Rimpotché avait accepté d’être le conseiller spirituel du projet et de faire que Study Buddhism soit la plateforme destinée à rendre ses enseignements disponibles pour le monde en de multiples langues. Ensemble, nous travaillâmes sur de courts articles et vidéos pour le site et sa chaîne YouTube.
Study Buddhism est un projet des Archives Berzin e.V., une structure et un site à but non lucratif que j’avais fondés en 2005. Il s’agit du véhicule informatique pour la préservation de la lignée Serkong : à savoir le prédécesseur de Rimpotché, moi-même, et Rimpotché. À ce titre, les Archives Berzin servent de dépositaire des enregistrements des enseignements toujours en cours de Rimpotché. Nous les faisons transcrire et traduire du tibétain puis éditer et publier sur notre site en ligne Study Buddhism.
Après l’épidémie de Covid, Rimpotché reprit ses visites chez moi à Berlin, cette fois par lui-même, et revint en décembre 2022 puis en juillet 2024 pour plus d’enregistrements vidéo avec Matt. Au cours de la dernière visite, nous commençâmes le tournage de conversations informelles de 40 minutes entre Rimpotché, Matt et moi-même sur des sujets tels que réfléchir de manière excessive et procrastiner. Nous démarrâmes également une FAQ (Foire Aux Questions) avec Rimpotché, demandant aux adeptes de notre réseau social de poser des questions. Au cours du tournage, j’expliquai à Rimpotché comment améliorer les réponses qu’il donnait pour qu’elles traduisent mieux le sens qu’il voulait leur donner. Quand j’ai écouté les enregistrements des sessions de questions-réponses qu’il a tenues au cours de sa tournée de conférence l’année suivante, je fus extrêmement impressionné. Il était clair qu’il avait plus que maîtrisé la technique.
Le visites à Berlin sont informelles, visites au cours desquelles Rimpotché peut jouir d’être traité comme un être humain plutôt que comme un « saint Rimpotché » et où il peut s’adonner librement à sa passion pour regarder du football (le « soccer » américain). Au cours de sa visite de 2024, il est allé avec Matt regarder le match final de l’UEFA, la Ligue du Championnat européen de Football, avec des dizaines de milliers d’autres gens à la Porte de Brandeburg.
Enseignement de textes avancés sur le vide (la vacuité) aidé de mon assistance pour les sessions de synthèse et de questions-réponses
Débutant en Autriche en septembre 2024 et se poursuivant en Californie et à l’Abbaye de Sravasti à Washington en août 2025, j’ai rejoint Rimpotché et son traducteur anglais, Simon Houlton, quand Rimpotché a enseigné sur des textes avancés concernant le vide (la vacuité). J’y ai participé en conduisant les sessions de synthèse et de questions-réponses, et à l’occasion en clarifiant un point durant les enseignements quand il apparaissait que la plupart de gens dans l’assistance ne comprenaient pas. C’est un honneur incroyable encore une fois d’aider Rimpotché à transmettre ses enseignements à ses étudiants.
L’Institut Serkong et la Fondation Serkong
Sa Sainteté enseigne que, à moins d’avoir de puissants instincts pour le Dharma issus de vies passées comme Milarépa, nous devons nous reposer sur les textes des maîtres indiens de Nalanda afin de progresser sur la voie. Pour être au mieux à même de suivre cette tradition de Nalanda, nous devons étudier la logique et le débat. En accord avec le conseil de Sa Sainteté, qui est en parfaite résonance avec celui du prédécesseur de Rimpotché, Rimpotché a fondé l’Institut Serkong pour les études bouddhiques en 2024, d’abord à Dharamsala puis à Bir. Il offre un programme de quatre ans, trois mois par an, pour l’étude intensive de la philosophie bouddhique grâce à la méthode dialectique traditionnelle du débat. En plus de Rimpotché, les cours sont enseignés par Guéshé Tenzin Gyurmyi, Guéshé Kelsang Wangmo, et le Dr Atisha Mathur. En 2025, l’Institut devint un projet de la Fondation Serkong, une organisation indienne à but non lucratif, et en juin 2026, une branche de l’Institut ouvrira en Italie.
Dernières réflexions sur l’itinéraire de Rimpotché en vue de devenir un grand maître
En grandissant, Rimpotché s’est révélé être un excellent maître, capable d’expliquer le Dharma clairement à des étudiants de tout niveau, débutant, intermédiaire et avancé. Il peut faire en sorte de rendre accessibles les sujets les plus complexes. Il est totalement sans prétention et enseigne avec humour en se servant d’exemples pragmatiques. En tant que laïc, il peut expliquer d’après sa propre expérience d’une façon à laquelle les jeunes peuvent s’identifier. Je suis tellement fier du merveilleux maître qu’il est devenu.
Rimpotché, avec Sa Sainteté, seront toujours mes gourous racines. Mais dans certains domaines mondains, entre Rimpotché et moi les rôles se sont inversés. Maintenant que j’ai plus de 80 ans, au lieu que ce soit moi qui aide physiquement le prédécesseur de Rimpotché – pour entrer et sortir d’une voiture par exemple – c’est Rimpotché qui m’a aidé chaque fois que nous avons voyagé ensemble.
En vérité, nous continuons de veiller l’un sur l’autre. Rimpotché m’a rejoint à Berlin afin que nous puissions prendre l’avion ensemble pour la Californie pour ses enseignements de 2025. Au cas où il y aurait des difficultés pour son entrée aux États-Unis, je serais là pour l’aider si nécessaire. Bien que je puisse encore parfaitement parcourir de courtes distances en marchant, j’ai commencé à recourir aux fauteuils roulants lors de mes vols en avion. Suivant ensemble le couloir spécial réservé aux passagers ayant besoin d’une assistance spéciale, nous n’avons eu aucun problème avec le contrôle de l’immigration. En fait, ce fut utile que Rimpotché soit dans la même queue que moi, car il fut à même de traduire pour un vieil homme punjabi dans un fauteuil roulant devant nous, qui ne parlait pas anglais. Ce fut une belle façon de commencer cette étape de la tournée de Rimpotché.
Je me considère comme extrêmement fortuné d’avoir été proche de Serkong Rimpotché au cours de deux de ses vies et d’avoir été en mesure d’aider à son éducation dans cette vie et d’avoir contribué peut-être à ce qu’il devienne une fois de plus un remarquable grand lama. Lama Zopa Rimpotché a dit une fois au sujet du prédécesseur de Rimpotché que si vous vouliez avoir un exemple de ce qu’était un véritable et authentique lama, c’était Tsenshap Serkong Rimpotché. J’ajouterais que si vous vouliez un exemple de ce qu’est un véritable et authentique toulkou, c’est sa réincarnation, le Deuxième Serkong Rimpotché.