Ouvrir la porte du Dharma

Introduction

Je me prosterne devant mes lamas et devant Manjoushri, le Gardien.

Je me prosterne devant toi, ô Gardien Manjoushri. Tu as déchiré les filets de la saisie des identités véritables. La lumière rayonnante de ton épée de conscience profonde imprègne les trois royaumes. Tu es la somme intégrale de la vaste connaissance de tous les bouddhas triomphants. 

Les nombreux véhicules des bouddhas sont illimités, et les diverses traditions des différentes pratiques du Dharma sont d’une ampleur qui dépasse l’imagination. Bien qu’il soit impossible de les décrire toutes en détail, je vais tenter d’expliquer brièvement certaines de ces traditions afin de mettre en évidence quelques-unes de leurs différences. 

Les trois tours de la roue du Dharma, les trois entraînements supérieurs et les trois corbeilles

Le Lion du clan des Shakyas, le Maître Omniscient, a fait tourner la roue du Dharma à trois occasions distinctes. Par le premier tour, il a parlé pour rejeter les comportements répréhensibles, par le suivant, pour rejeter la vue selon laquelle les identités existent véritablement, et par le dernier, pour rejeter tout fondement de telles conceptions. Le contenu de ces trois séries d’enseignements constitue les trois entraînements supérieurs, et leurs textes spécifiques sont les écritures bouddhiques, classées en douze catégories. 

Les enseignements du soutra et du tantra

Quant aux enseignements des tantras secrets du Mahayana, certains disent qu’ils appartiennent aux enseignements intérieurs de l’Abhidharma (concernant l’entraînement à la discrimination supérieure). Il est toutefois plus correct de considérer la Corbeille des tantras comme une catégorie à part entière.  

Les enseignements du Bouddha traduits en tibétain sont contenus dans plus d’une centaine de séries de volumes, mais leur étendue réelle ne peut être mesurée. De plus, il existe également un très grand nombre de commentaires sur ces textes, tels que le Mahavibhasa Shastra appartenant à la tradition du Hinayana, ainsi que ceux de nombreux pandits indiens du Mahayana, tels que les « six ornements du continent méridional et les deux maîtres excellents ». Quant aux enseignements secrets du tantra, il existe des commentaires sur les quatre classes de tantra, des méditations avancées (sadhanas) et des enseignements oraux dépassant toute imagination. Grâce à la grande bienveillance des traducteurs du passé et des pandits, plus de deux cents séries de volumes de ces commentaires ont été traduites en tibétain. Ce sont donc ces textes qui constituent le fondement du bouddhisme au Tibet.

Les périodes de l’ancienne et de la nouvelle traduction au Tibet

En Inde, il n’y avait pas de distinction entre les textes bouddhiques anciens et nouveaux. Cependant, comme certains écrits (tantriques) ont été traduits en tibétain plus tardivement que d’autres, une distinction est établie entre eux, l’œuvre du traducteur Rinchen Zangpo étant considérée comme le point de démarcation. Toutes les traductions réalisées avant son époque sont appelées textes anciens (Nyingma). Celles réalisées par Rinchen Zangpo lui-même et tous ceux qui l’ont suivi sont appelées textes nouveaux (Sarma).

Au cours de l’épanouissement initial du bouddhisme [au Tibet], presque tous les textes du soutra, du Vinaya et de l’Abhidharma, ainsi que ceux des trois tantras extérieurs, ont été traduits en tibétain. Bien que la majorité des textes du tantra anuttarayoga – tels que Hérouka, Hevajra, Kalachakra et Yamantaka – aient été traduits plus tard, beaucoup ont également été préparés au cours de cette première période. Ce sont précisément certains de ces [tantras] qui ont été critiqués par plusieurs des meilleurs érudits de la nouvelle période comme étant invalides. Mais ceux qui sont impartiaux et sans parti pris louent ces textes comme étant bel et bien valides, et je suis entièrement d’accord avec eux. Je crois sincèrement, tout comme eux, que ces (traductions antérieures) sont irréprochables. En effet, elles transmettent le sens exact des enseignements profonds et vastes du Kangyour et du Tengyour, et il est donc tout à fait légitime de leur accorder le plus grand respect. 

La tradition Nyingma, qui suit les anciennes traductions des tantras (anuttarayoga), reconnaît un classement en neuf véhicules. Ensemble, ceux-ci peuvent être classés en véhicules causaux et véhicules résultants.

Les véhicules causaux et résultants

Il existe trois véhicules causaux : ceux des shravakas, des pratyékabouddhas et des bodhisattvas. Les véhicules résultants sont les trois véhicules tantriques extérieurs et les trois véhicules intérieurs des vastes méthodes. 

Bien qu’un grand nombre d’explications différentes puissent être données concernant les théories, les méditations, les pratiques et les résultats de ces divers véhicules tantriques, nous ne les aborderons pas ici. 

Les traditions Nyingma et Sarma

Il existe trois lignées suivies dans la tradition des anciennes traductions tantriques Nyingma : la lignée orale lointaine, la lignée intermédiaire du trésor et la lignée des visions claires profondes.  

La tradition des nouvelles traductions tantriques Sarma est également appelée Jowo Kadam. Elle compte parmi ses membres des maîtres célèbres, tels qu’Atisha, Gyalwa Dromtonpa et les trois frères Kadam, ainsi que de nombreux autres maîtres extraordinaires qui leur ont succédé. Les racines des traditions Sakya, Kagyou et Guéloug sont toutes liées à l’école Kadam ancienne.  

Manjoushri Djé Tsongkhapa, fermement ancré dans (les trois lignées de) la tradition Kadam ancienne, écrivit beaucoup sur le Vinaya, le soutra, le Madhyamaka, la Prajnaparamita, le tantra, etc., et la tradition (Guéloug) qui se développa à partir de lui a fini par se répandre dans l’ensemble du monde (bouddhique tibétain). Dans ses excellentes explications, Djé Tsongkhapa élucida les points profonds des soutras et des tantras conformément à leur sens profond. Celles-ci avaient la particularité de provenir du trésor de la discrimination profonde de sa déité spéciale (Manjoushri) et de sa propre analyse.

La tradition Sakya fut établie par les Cinq Patriarches Sakyas, qui perpétuèrent les enseignements des soutras et des tantras de nombreux grands pandits-mahasiddhas indiens tels que Vajrasana, Naropa et Virupa, le Roi des Yogis. Cette lignée dynastique de la famille Khon suit également les pratiques des tantras de Samyak et de Vajrakilaya de la tradition Nyingma, et de nombreux enseignements extraordinaires et particuliers des Sakyapas prospèrent encore aujourd’hui. Sakya Pandita, le joyau suprême de tous les sages du continent méridional, vainquit en débat le savant indien non bouddhiste (Harinanda) – un exploit accompli par aucun autre maître tibétain connu de cette époque. Il existe trois courants qui perpétuent les enseignements de Sakya Pandita : la lignée Sakya, la lignée Ngor et la lignée Tsar. Il existe trois autres courants issus directement de la tradition Sakya : la lignée Bouloug, la lignée Jonang et la lignée Bodong. Il n’y a cependant que des différences mineures dans leurs interprétations des soutras et des tantras. 

Les traditions kagyous proviennent de Naropa et Maitripa. Marpa, Jetsun Milarépa et Gampopa furent les trois maîtres kagyous les plus éminents. C’est à partir d’eux que découlèrent les quatre courants majeurs et les huit courants mineurs, dont beaucoup tirent largement leur origine de Pagmodroupa, un disciple de Gampopa. De nos jours, quatre d’entre eux subsistent encore et n’ont pas dégénéré. Il s’agit des traditions Karma, Drougpa, Drikoung et Tagloung. Les autres lignées, en revanche, sont actuellement dans un état de grand déclin. Le yogi tibétain Khédroub Khyungpo Naljor étudia en Inde auprès de deux dakinis ainsi qu’auprès de Rahoulagoupta, de Maitripa et de nombreux autres. Au total, il étudia avec 150 maîtres pandits et, à son retour au Tibet, propagea ce qui est devenu la tradition Shangpa Kagyou. De nos jours, celle-ci n’est plus pratiquée de manière autonome par quiconque. Ses lignées de transmissions de pouvoirs et de transmissions orales sont toutefois principalement préservées dans la tradition Sakya et les autres traditions kagyous. 

Il existe de nombreuses autres traditions de pratiques tantriques au Tibet. Par exemple, le rite du tcheu visant à éliminer les interférences démoniaques provient de la tradition Zhijé, la tradition pacificatrice. Celle-ci fut fondée par la yogini tibétaine Machig Labdrön, suivant les enseignements du mahasiddha indien Padampa Sanggyé. À vrai dire, toutes ces traditions ne diffèrent que par leur nom. En substance, elles convergent toutes vers un même point : chacune d’entre elles enseigne des méthodes pour atteindre le même but ultime, l’illumination complète de la bouddhéité. 

Les différentes approches de ces traditions

Il est communément admis que les traditions de Ganden et Sakya se spécialisent dans les explications et les traditions Nyingma et Kagyou dans la pratique. Pourtant, voici ce que dirent les pandits et les érudits d’autrefois : « Les Nyingmapas furent les pionniers du Dharma au Pays des Neiges (Tibet). Les Kadampas furent la source de cent mille détenteurs des enseignements. Les Sakyapas développèrent et diffusèrent le Dharma complet. Les Kagyoupas offrirent une voie secrète aux maîtres méditants incomparables. Djé Tsongkhapa fut comme le soleil parmi ceux qui exposèrent les doctrines excellentes. Jonangpa Taranatha et Buton furent les deux grands maîtres des enseignements tantriques vastes et profonds ». Cette explication correspond à la réalité. 

Les enseignements-trésors et la question de leur validité

La tradition des termas, les enseignements des trésors spirituels de l’école Nyingma, trouve son origine chez le grand maître Gourou Rimpotché, Padmasambhava d’Urgyen. Après être venu au Tibet et avoir transmis au roi Trisong Detsen ainsi qu’à son entourage de nombreux enseignements communs et non communs, Gourou Rimpotché les dissimula afin de protéger et de préserver le Dharma contre les époques de dégénérescence à venir. En réalité, il existait deux types d’enseignements-trésors : ceux dissimulés dans la terre et ceux dissimulés dans l’esprit. Plus tard, au moment opportun, des êtres suprêmes qui étaient des incarnations (de Gourou Rimpotché lui-même) révélèrent ces enseignements-trésors, et ceux-ci ont depuis apporté beaucoup de bienfaits et de bonheur à de nombreux êtres limités ainsi qu’au Dharma des bouddhas. Les lignées issues de visions claires et d’enseignements murmurés se retrouvent sous de nombreuses formes, tant dans la tradition de l’ancienne traduction que dans celle de la nouvelle. 

Les quelques érudits qui ont toutefois remis en question la validité des lignées issues des enseignements-trésors feraient bien de réfléchir à l’objectif et aux raisons (de leur critique), car ces enseignements cachés sont reconnus comme valides selon les trois critères standards. Par conséquent, quiconque manque de respect à ces enseignements commet la grave erreur de dénigrer le Dharma. Les conséquences d’une telle action destructrice étant extrêmement graves, une attention particulière s’impose. Nagarjuna a révélé le Soutra de la Prajnaparamita en cent mille versets. De même, de grands mahasiddhas indiens ont récupéré des enseignements-trésors tantriques dans le stoupa d’Urgyen Dhoumatala. Il est donc clair que cette coutume existait également en Inde. Bien que je puisse citer de nombreux autres exemples, je laisserai ce sujet de côté pour l’instant.

Les points principaux du lam-rim, la voie progressive

Les quatre pensées qui tournent l’esprit vers le Dharma

Le fondement et la base pour renforcer votre détermination à vous libérer (du samsara), l’essence des voies de ces divers enseignements ainsi expliqués, consistent à maintenir la discipline éthique de l’un des sept ensembles de vœux de pratimoksha de la première libération qui vous convient et à méditer sur la difficulté d’obtenir (une précieuse forme humaine) dotée de libertés et d’attributs. Aussi précieuse qu’un joyau qui exauce les souhaits, il sera difficile à l’avenir d’obtenir une forme similaire dotée d’un tel loisir. 

Cette vie est impermanente, elle ne durera pas éternellement. La mort survient rapidement et vous ne pouvez pas prédire quand vous mourrez. Elle peut survenir sans crier garde alors que vous êtes encore jeune, d’âge mûr ou très âgé. À tout moment, il y a bien plus de chances de mourir que de rester en vie. En contemplant sans cesse des choses telles que le passage des années, des mois et des saisons, et la façon dont les amis deviennent parfois vos ennemis, essayez de toujours rester conscient de l’impermanence. 

Lorsque vous mourez, ce n’est pas comme si vous disparaissiez dans l’espace, pas plus que les êtres humains ne renaissent toujours en tant qu’humains, et les chevaux en tant que chevaux. Les êtres limités sont projetés dans divers états de renaissance par la force du potentiel karmique qu’ils ont accumulé. Que quelqu’un renaisse dans un état élevé ou humble, riche ou pauvre, puissant ou docile, beau ou laid, tout cela est déterminé par ses potentiels karmiques constructifs, destructeurs et mixtes. C’est pourquoi il existe tant d’états différents d’existence compulsive. 

Toutes les actions constructives et destructrices sont regroupées en dix catégories générales chacune. Leurs effets sont de quatre types : (1) les fruits qui mûrissent sous la forme de votre état de renaissance, (2) ceux qui correspondent à leur cause dans votre expérience et (3) dans votre comportement instinctif, et (4) ceux qui sont complets. C’est en tant que combinaison de ces quatre types d’effets que toutes les actions constructives et destructrices mûrissent en leurs fruits respectifs.  

Cela dit, si vous n’avez pas commis une action karmique donnée, il est certain que vous n’en subirez pas les conséquences. De plus, une fois que vous en avez commis une, vous devez vous rappeler qu’elle n’a jamais été produite en vain. Ses fruits mûriront en temps voulu sur celui ou celle qui a commis l’action (et sur personne d’autre). Vous pouvez en subir les effets soit au cours de cette vie, soit dans la suivante, soit dans n’importe quelle autre après celle-ci. Vous devriez vous reporter aux soutras, aux traités indiens et à leurs commentaires pour des explications plus détaillées sur les divers aspects de la causalité, tels que le karma dont l’effet est certain, celui pour lequel il n’y a pas une telle certitude, et ainsi de suite.

La pratique effective de la causalité, consistant à abandonner les actions destructrices et à entreprendre des actions constructives, est au cœur du Dharma du Bouddha, tandis que les Quatre Nobles Vérités et la loi de la coproduction conditionnée en résument les points essentiels. Par leurs actions karmiques, les êtres errants sillonnent les six états de renaissance possibles, les trois inférieurs et les trois supérieurs.

En bref, pas même un seul grain de poussière sur les trois plans des objets sensoriels désirables, des formes éthérées ou des êtres sans forme n’est exempt de défauts. Les êtres qui s’y trouvent sont tourmentés par la souffrance de la souffrance, la souffrance du changement et la souffrance omniprésente, et sont submergés par les souffrances de chacune des six classes de renaissance. Du potentiel karmique destructeur résulte la souffrance, du potentiel karmique constructif souillé, la renaissance dans un état supérieur, et par le potentiel karmique inébranlable de l’absorption méditative mondaine, on est projeté dans l’un des niveaux de dhyana (sur le plan des formes éthérées) ou sur le plan des êtres sans forme. Cependant, même les êtres de ces deux derniers plans d’existence ne se sont pas débarrassés de la racine du samsara, et ils retombent donc une fois de plus dans un état samsarique (inférieur), précipités dans une nouvelle existence par le désir insatiable et la saisie. 

Ainsi, rester dans le samsara, c’est comme vivre dans un gouffre enflammé ou au milieu d’un nid de serpents venimeux. N’aspirez donc pas à trouver le bonheur dans le samsara. Cultivez plutôt un esprit sain, animé par la détermination de vous libérer du cycle compulsif des renaissances. 

Les qualités d’un maître spirituel

La base pour s’engager sur la voie de la libération des souffrances du samsara dépend du fait de se confier à un maître spirituel. Celui-ci doit avoir pleinement dompté son esprit en ayant écouté de nombreux enseignements. Gardant une moralité pure, il doit être établi dans l’objectif d’éveil de la bodhichitta. Il doit avoir une vision correcte (du vide) [vacuité], ainsi que posséder une grande bienveillance et la capacité de trancher toutes les projections des autres. Enfin, il doit respecter (purement les vœux et) les pratiques de liens étroits issues des initiations tantriques. En vous confiant à un tel gourou, vous devriez pratiquer en accord avec ses paroles, exactement comme il le dit. En générant la foi et la confiance (en ses bonnes qualités) ainsi que la reconnaissance (de sa bonté), vous pouvez atteindre tous les objectifs. Par conséquent, chérissez le fait de vous confier à un excellent gourou (possédant toutes ces qualifications).  

Les instructions et les conseils d’un gourou sont comme le nectar d’immortalité. Plus vous les entendez, plus vous devriez y réfléchir, les méditer et les mettre en pratique sans jamais les mettre de côté. Le simple fait de les entendre n’apporte aucun bénéfice. Tout comme lorsque vous ne buvez pas d’eau, celle-ci ne peut pas étancher votre soif. Par conséquent, (pour des conditions de pratique optimales), retirez-vous sur un versant reculé de la montagne. 

La direction sûre et la bodhichitta

Prendre la direction sûre constitue le fondement stable de toutes les voies (menant à la libération et à l’illumination) ainsi que celui de tous les vœux. C’est ce qui distingue les bouddhistes des non bouddhistes et est accepté tant par les êtres humains que les dieux. Grâce à cela, toutes les bonnes choses se réaliseront dans cette vie et les vies futures. Il convient donc que vous tourniez votre esprit vers le Triple Joyau – vers les bouddhas, les véritables enseignants, vers le Dharma, la véritable protection, et vers le Sangha, les véritables guides – et que vous développiez en votre cœur, et pas seulement par des mots, une foi confiante et sans erreurs. Vous devez ensuite préserver avec attention les entraînements que vous avez entrepris en suivant la direction sûre.

Le pilier de la voie du Mahayana est l’objectif d’éveil de la bodhichitta. C’est l’essence extraite du nectar du saint Dharma. Sans cela, que vous suiviez le soutra ou le tantra, votre pratique manquera de fond, et sonnera creux comme le chaume d’un bambou. 

De plus, les êtres doués de conscience s’étendent jusqu’aux confins de l’espace et, tout au long de vos vies successives sans commencement, ce nombre incalculable d’êtres sensibles ont été votre père et votre mère au cours d’un nombre infini de vies et vous ont apporté des bienfaits qui dépassent l’imagination. Méditez donc sur l’amour et la compassion envers tous les êtres – amis, ennemis et ceux envers qui vous êtes indifférents – et pratiquez l’équanimité envers tous, sans distinction entre ceux qui vous sont proches et ceux qui vous sont distants, ceux qui vous attirent et ceux qui vous repoussent. Dirigez les actions de votre corps, de votre parole et de votre esprit vers ce qui est constructif, ayez toujours d’excellentes pensées pour le bien d’autrui, et offrez des prières spéciales et nobles (à cette fin).  

La compréhension du vide 

La manière de générer une vue correcte du vide dans votre continuum mental consiste à chérir le fait de déployer de grands efforts pour développer votre réseau de potentiels positifs et vous purifier de tous les obscurcissements . À cette fin, vous devriez accomplir la pouja en sept branches, faire des prosternations et des circumambulations, lire des soutras, chanter des mantras et des dharanis, et réciter la Confession aux trente-cinq bouddhas

Autres pratiques préliminaires

Si vous faites un grand effort en appliquant sincèrement les quatre forces d’opposition, vous pouvez vous purifier et vous débarrasser de tous les potentiels négatifs, obstacles, actions fautives et vœux brisés. Enfin, vous devez veiller à faire des offrandes de mandala répétées, lesquelles constituent le cœur du développement de ce réseau (de potentiels positifs).  

Si vous développez (ce réseau de potentiels positifs) ainsi, en lien avec le vide que votre conscience discriminante appréhende comme l’absence d’existence auto-établie des trois cercles (le sujet, l’objet et l’action de ces actes constructifs), c’est ce qu’on appelle le réseau de conscience profonde. À partir d’un réseau de potentiels positifs, vous obtenez les corps-de-formes d’un bouddha, et à partir d’un réseau de conscience profonde, un Dharmakaya. 

Shamatha et Vipashyana

Afin de générer ainsi dans votre continuum mental la persévérance à la fois dans l’accumulation et la purification, ainsi qu’une vue correcte (du vide), vous devez d’abord vous appuyer sur l’abandon des cinq obstacles à la concentration en vous appuyant sur les huit facultés mentales constitutives pour entraîner votre esprit à travers les neuf étapes de l’apaisement de l’esprit et chercher à atteindre un état d’esprit calme et stable (de shamatha). De cette manière, vous serez en mesure de faire naître un état d’absorption méditative, accompagné de félicité, de clarté et d’absence de conceptualisation, focalisé ou non sur un objet en tant que support.  

Cependant, cela ne fera que contribuer à contenir vos facteurs mentaux perturbateurs. Par conséquent (pour les éliminer complètement), vous devez développer une conviction totale dans une vue correcte du vide acquise lors de la méditation vipashyana

La racine sans commencement de l’existence samsarique est la saisie d’identités véritables semblables à un atman. Afin d’éradiquer cette méconnaissance à sa racine, vous devez absolument méditer sur le vide. Par conséquent, pour détruire votre saisie automatique du soi qui conçoit un « moi » soutenu par un ensemble constitué des cinq agrégats, prenez soin de l’analyser par un examen approfondi.  

Analysez, conformément à ce qui découle des raisonnements du Madhyamaka – (par exemple) si une personne et les agrégats sont identiques ou totalement différents – et vous parviendrez à la conclusion ferme et définitive que les personnes sont dépourvues d’une identité semblable à un atman. Analysez également de manière approfondie toutes les composantes des agrégats d’une identité semblable à un atman des phénomènes. [Ces deux, les personnes et les phénomènes,] sont résumés sous les termes des « objets connus » et des « esprits connaissant des objets ». Lorsque vous aurez acquis une conscience décisive de la signification de l’absence d’identités semblable à un atman, vous parviendrez à la conclusion définitive que tous les phénomènes désignés, que l’on peut regrouper en ceux de l’existence compulsive et ceux du nirvana tranquille, sont dépourvus d’une existence (auto-établie).

Vous comprendrez alors le raisonnement de la coproduction conditionnée (selon lequel tous les phénomènes sont dépourvus d’une existence auto-établie parce que) tout se manifeste de manière égale et, du fait de leur état dépourvu d’une existence (auto-établie), les phénomènes se manifestent automatiquement sans obstruction. Lorsque (votre application) produit des expériences de compréhension de l’absence de différence entre le vide et la coproduction conditionnée, alors, en les maintenant, plongez complètement, aussi longtemps que vous le pouvez, dans la sphère du Madhyamaka, libre de toute fabrication conceptuelle, non conceptuelle et sans souillure.   

En résumé, l’unification de la conscience discriminante d’un état exceptionnellement perceptif de vipashyana et d’un état stable et calme de shamatha, inébranlable et concentré en un point, qui possède la conscience discriminante capable d’appréhender en détail et qui alterne entre ces deux aspects : le discernement et la stabilisation (méditation), tel est le sens de la méditation sur la discrimination de grande envergure, la Mère des Triomphants, appelée « la vision correcte (du vide). »

Les cinq cheminements d’esprit et les dix stades des bhoumis

Grâce à une méditation correctement établie sans s’écarter de cette vue, détachée des huit extrêmes et de toute fabrication mentale, et grâce à une conduite pure en accord avec l’excellente voie des bodhisattvas, vous accomplirez, en tant que résultat, (votre progression à travers) les cinq cheminements d’esprit et les dix niveaux des bodhisattvas. Vous atteindrez ainsi l’illumination, le plus grand état purifié, et serez capables d’accomplir spontanément vos propres objectifs et ceux des autres.

L’importance d’une approche non sectaire à notre époque

Hélas, en ces temps-ci, à l’ère des cinq détériorations, bon nombre des grands êtres réalisés sont décédés, et le monde entier est rempli de gens comme moi qui racontent n’importe quoi. De nos jours, les anti-dieux ricanent de joie, et les dieux favorisant la vertu se sont retirés loin. Les enseignements du Bouddha sont devenus comme de simples peintures représentant des lampes à beurre. Ô gurus compatissants, voyez cela ! Ceux d’entre vous qui se soucient de la propagation et de la préservation des enseignements du Bouddha devraient redoubler d’efforts pour abandonner tous les obstacles et comprendre les textes et les pratiques du Dharma, afin de pouvoir à la fois le réaliser et l’enseigner vous-mêmes. Sans jamais relâcher vos efforts dans la pratique constructive en dix branches, faites des requêtes et des offrandes répétées pour développer votre réseau de force positive.

La communauté bouddhiste (le Sangha) devrait être unie, alors abandonnez tout discours sectaire qui divise. Ne prenez pas parti en disant que ceci est ma secte et cela est la sienne. Ne fabriquez pas de contradictions dans les enseignements (des nombreuses traditions du Bouddha, car il n’y en a pas). Ne dépréciez pas le Dharma (en disant qu’il existe de telles contradictions). Les enseignements du Bouddha sont aussi vastes et profonds que l’océan. Comprenez qu’ils sont tous destinés à être des méthodes pour dompter votre propre esprit et pratiquez-les sincèrement. À l’extérieur, soyez paisibles et détendus, avec le corps, la parole et l’esprit toujours sous contrôle, et à l’intérieur, soyez conscients de vous-même, en restant toujours attentifs et alertes. 

Comme dans le (dixième) rêve prophétique du roi Krikin (dans lequel dix-huit personnes déchiraient un tissu), le bouddhisme en Inde a été disputé par les dix-huit premières écoles du Hinayana et a ainsi fini par décliner. Même au Nord, au Tibet, les graines du sectarisme démoniaque ont été semées dans les (traditions Mahayana) Sakya, Guéloug, Kagyou et Nyingma. Les disputes sectaires (n’apportent rien au Dharma, mais) ne font qu’agiter et troubler l’esprit des gens, provoquant une grande confusion et des malentendus à son sujet. En adoptant de telles opinions dogmatiques, vous ruinez à la fois cette vie et toutes vos vies futures en vous infligeant, à vous-même et aux autres, les conséquences malheureuses (du rejet du Dharma). Comme cela n’a absolument aucun sens, abandonnez complètement ces idées sectaires et préservez les enseignements du Bouddha. 

Le Bouddha, qui atteignit un état libéré de toute crainte, déclara que ses enseignements ne pourraient être détruits par quiconque de l’extérieur. De même que le corps d’un lion sera rongé de l’intérieur par des vers et des insectes (car aucun animal n’est capable de le tuer de l’extérieur), les enseignements du Bouddha s’effondreront de l’intérieur – cela a été prophétisé dans les soutras. En vous en rappelant et en étant toujours conscient de cela, repoussez cette consomption interne en abandonnant ce qui ne convient pas et en pratiquant ce qui est approprié. Les laïcs devraient faire des offrandes aux Trois Joyaux, qui sont des repères sûrs, et ne penser qu’à être bénéfiques à autrui. Faire des efforts pour agir de manière constructive est le seul moyen d’être heureux dans cette vie et dans toutes les vies futures. 

Conclusion : versets de bon augure et colophon

Quant à moi, je suis désormais proche de la mort et je subis les souffrances de la vieillesse. Tout ce que je peux faire, c’est formuler des vœux purs pour la préservation du Dharma du Bouddha. Bien que je n’aie ni le pouvoir ni la capacité d’être directement bénéfique aux enseignements, je prie sans cesse avec ferveur pour la propagation du Dharma. 

Puisse Sa Sainteté le Quatorzième Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso, source de tout bonheur et de tout bienfait pour le Tibet, le Pays des Neiges, marcher d’un pas ferme vers une vie longue et fructueuse. Que la durée de vie, les exploits et les actions constructives de tous les grands gourous et maîtres – les Amitabha Panchen Lamas, les Gyalwa Karmapas, les Manjoushri Sakyapas et tous les autres – ne cessent de croître. Que les chefs d’État, les ministres et le peuple de la noble terre de l’Inde soient aussi heureux et prospères qu’aux débuts de cette ère. Que les enseignements du Bouddha s’épanouissent à nouveau. Que le battement du grand tambour du Dharma du Tripitaka résonne à travers l’univers jusqu’au royaume céleste le plus élevé et que tout soit de bon augure.

Cet ouvrage, intitulé Ouvrir la porte du Dharma : brève explication de l’essence des nombreux véhicules du Bouddha, a été composé à la hâte, avec des souhaits purs et de bonnes pensées, à la demande du responsable politique du Sikkim, par celui qui porte un nom de toulkou tibétain, Jamyang Khyentsé, mais qui est en réalité le tout à fait ignorant Chokyi Lodrö. Que la force positive de cet ouvrage apporte des bienfaits aux enseignements du Bouddha et à tous les êtres limités. 

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