Les points fondamentaux communs à toutes les traditions bouddhiques du Tibet

Les points principaux du lam-rim, la voie progressive

Les quatre pensées qui tournent l’esprit vers le Dharma

Le fondement et la base pour renforcer votre détermination à vous libérer (du samsara), l’essence des voies de ces divers enseignements ainsi expliqués, consistent à maintenir la discipline éthique de l’un des sept ensembles de vœux de pratimoksha de la première libération qui vous convient et à méditer sur la difficulté d’obtenir (une précieuse forme humaine) dotée de libertés et d’attributs.

Il s’agit des vœux pratimoksha des pratiquants laïcs hommes et femmes, des nonnes en probation ainsi que des moines et nonnes novices et pleinement ordonnés.  

Aussi précieuse qu’un joyau qui exauce les souhaits, il sera difficile à l’avenir d’obtenir une forme similaire dotée d’un tel loisir. Cette vie est impermanente, elle ne durera pas éternellement. La mort survient rapidement et vous ne pouvez pas prédire quand vous mourrez. Elle peut survenir sans crier garde alors que vous êtes encore jeune, d’âge mûr ou très âgé. À tout moment, il y a bien plus de chances de mourir que de rester en vie. En contemplant sans cesse des choses telles que le passage des années, des mois et des saisons, et la façon dont les amis deviennent parfois vos ennemis, essayez de toujours rester conscients de l’impermanence.
Lorsque vous mourez, ce n’est pas comme si vous disparaissiez dans l’espace, pas plus que les êtres humains ne renaissent toujours en tant qu’humains, et les chevaux en tant que chevaux. Les êtres limités sont projetés dans divers états de renaissance par la force du potentiel karmique qu’ils ont accumulé. Que quelqu’un renaisse dans un état élevé ou humble, riche ou pauvre, puissant ou docile, beau ou laid, tout cela est déterminé par ses potentiels karmiques constructifs, destructeurs et mixtes. C’est pourquoi il existe tant d’états différents d’existence compulsive.
Toutes les actions constructives et destructrices sont regroupées en dix catégories générales chacune. 

Il existe trois actions destructrices du corps : tuer, voler et avoir un comportement sexuel inapproprié ; quatre de la parole : mentir, utiliser un langage qui sème la discorde ou est injurieux, et colporter des ragots ; et trois de l’esprit : désirer posséder ce qui appartient aux autres, leur nuire, et avoir des vues déformées. Les dix actions constructives consistent à refuser de commettre l’une de ces actions destructrices et à s’engager activement dans leurs contraires. 

Leurs effets sont de quatre types : (1) les fruits qui mûrissent sous la forme de votre état de renaissance, (2) ceux qui correspondent à leur cause dans votre expérience et (3) dans votre comportement instinctif, et (4) ceux qui sont complets. C’est en tant que combinaison de ces quatre types d’effets que toutes les actions constructives et destructrices mûrissent en leurs fruits respectifs.  

Les actions constructives vous apportent le bonheur, tandis que les actions destructrices n’apportent que de la souffrance. Prenons l’exemple du meurtre : (1) vous pourriez renaître dans l’un des enfers. Lorsque vous obtiendrez par la suite une nouvelle naissance humaine, (2) votre vie sera courte, (3) vous aurez des instincts sadiques qui vous pousseront à continuer de tuer, et (4) vous naîtrez dans une communauté fréquemment attaquée par ses ennemis. 

Cela dit, si vous n’avez pas commis une action karmique donnée, il est certain que vous n’en subirez pas les conséquences. De plus, une fois que vous en avez commis une, vous devez vous rappeler qu’elle n’a jamais été produite en vain. Ses fruits mûriront en temps voulu sur celui ou celle qui a commis l’action (et sur personne d’autre). Vous pouvez en subir les effets soit au cours de cette vie, soit dans la suivante, soit dans n’importe quelle autre après celle-ci. Vous devriez vous reporter aux soutras, aux traités indiens et à leurs commentaires pour des explications plus détaillées sur les divers aspects de la causalité, tels que le karma dont l’effet est certain, celui pour lequel il n’y a pas une telle certitude, et ainsi de suite.

Le premier [type de karma] provient d’actions commises avec une intention [de commettre l’action], et le second provient d’actions involontaires.

La pratique effective de la causalité, consistant à abandonner les actions destructrices et à entreprendre des actions constructives, est au cœur du Dharma du Bouddha, tandis que les Quatre Nobles Vérités et la loi de la coproduction conditionnée en résument les points essentiels. Par leurs actions karmiques, les êtres errants sillonnent les six états de renaissance possibles, les trois inférieurs et les trois supérieurs.  

Les premiers [états de renaissance] sont les créatures des enfers, les fantômes affamés (les prétas) et les animaux. Les seconds sont les humains, les demi-dieux (asuras) et les trois classes de dieux (devas). La première classe et toutes les formes de vie inférieures constituent le plan du désir des objets sensoriels, la seconde le plan des formes éthérées et la troisième le plan des êtres sans forme. 

En bref, pas même un seul grain de poussière sur les trois plans des objets sensoriels désirables, des formes éthérées ou des êtres sans forme n’est exempt de défauts. Les êtres qui s’y trouvent sont tourmentés par la souffrance de la souffrance, la souffrance du changement et la souffrance omniprésente, et sont submergés par les souffrances de chacune des six classes de renaissance. 

Le premier type de souffrance est la souffrance évidente liée à la maladie, à la vieillesse et à la mort ; le deuxième type de souffrance est celui de l’insatisfaction, puisque tous les plaisirs mondains sont impermanents. Enfin, le troisième type est la souffrance omniprésente, provenant du simple fait d’être né dans le samsara sous l’effet du karma et des illusions. Du fait d’avoir un corps, celui-ci tombe malade et vieillit ; du fait d’avoir un esprit, celui-ci devient confus et déprimé. 

Du potentiel karmique destructeur résulte la souffrance, du potentiel karmique constructif souillé, la renaissance dans un état supérieur, et par le potentiel karmique inébranlable de l’absorption méditative mondaine, on est projeté dans l’un des niveaux de dhyana (sur le plan des formes éthérées) ou sur le plan des êtres sans forme. Cependant, même les êtres de ces deux derniers plans d’existence ne se sont pas débarrassés de la racine du samsara, et ils retombent donc une fois de plus dans un état samsarique (inférieur), précipités dans une nouvelle existence par le désir insatiable et la saisie.
Ainsi, rester dans le samsara, c’est comme vivre dans un gouffre enflammé ou au milieu d’un nid de serpents venimeux. N’aspirez donc pas à trouver le bonheur dans le samsara. Cultivez plutôt un esprit sain, animé par la détermination de vous libérer du cycle compulsif des renaissances.
La base pour s’engager sur la voie de la libération des souffrances du samsara dépend du fait de se confier à un maître spirituel.

Les qualités d’un maître spirituel

Un gourou doit posséder les qualifications suivantes. 

Celui-ci doit avoir pleinement dompté son esprit en ayant écouté de nombreux enseignements. Gardant une moralité pure, il doit être établi dans l’objectif d’éveil de la bodhichitta. Il doit avoir une vision correcte (du vide) [vacuité], ainsi que posséder une grande bienveillance et la capacité de trancher toutes les projections des autres. Enfin, il doit respecter (purement les vœux et) les pratiques de liens étroits issues des initiations tantriques. En vous confiant à un tel gourou, vous devriez pratiquer en accord avec ses paroles, exactement comme il le dit. En générant la foi et la confiance (en ses bonnes qualités) ainsi que la reconnaissance (de sa bonté), vous pouvez atteindre tous les objectifs. Par conséquent, chérissez le fait de vous confier à un excellent gourou (possédant toutes ces qualifications). 

La direction sûre et la bodhichitta

Les instructions et les conseils d’un gourou sont comme le nectar d’immortalité. Plus vous les entendez, plus vous devriez y réfléchir, les méditer et les mettre en pratique sans jamais les mettre de côté. Le simple fait de les entendre n’apporte aucun bénéfice. Tout comme lorsque vous ne buvez pas d’eau, celle-ci ne peut pas étancher votre soif. Par conséquent, (pour des conditions de pratique optimales), retirez-vous sur un versant reculé de la montagne.  
Prendre la direction sûre constitue le fondement stable de toutes les voies (menant à la libération et à l’illumination) ainsi que celui de tous les vœux. C’est ce qui distingue les bouddhistes des non-bouddhistes et est accepté tant par les êtres humains que les dieux. Grâce à cela, toutes les bonnes choses se réaliseront dans cette vie et les vies futures. Il convient donc que vous tourniez votre esprit vers le Triple Joyau – vers les bouddhas, les véritables enseignants, vers le Dharma, la véritable protection, et vers le Sangha, les véritables guides – et que vous développiez en votre cœur, et pas seulement par des mots, une foi confiante et sans erreurs. Vous devez ensuite préserver avec attention les entraînements que vous avez entrepris en suivant la direction sûre.
Le pilier de la voie du Mahayana est l’objectif d’éveil de la bodhichitta.

Avec cet objectif, vous travaillez à atteindre la pleine illumination de la bouddhéité afin de pouvoir libérer tous les êtres limités de leurs souffrances.

C’est l’essence extraite du nectar du saint Dharma. Sans cela, que vous suiviez le soutra ou le tantra, votre pratique manquera de fond, et sonnera creux comme le chaume d’un bambou. 

Celui-ci poussera peut-être rapidement, mais n’apporte jamais aucun bienfait une fois récolté. Pour développer la bodhichitta, vous devrez entraîner votre esprit comme suit.

De plus, les êtres doués de conscience s’étendent jusqu’aux confins de l’espace et, tout au long de vos vies successives sans commencement, ce nombre incalculable d’êtres sensibles ont été votre père et votre mère au cours d’un nombre infini de vies et vous ont apporté des bienfaits qui dépassent l’imagination. Méditez donc sur l’amour et la compassion envers tous les êtres – amis, ennemis et ceux envers qui vous êtes indifférents – et pratiquez l’équanimité envers tous, sans distinction entre ceux qui vous sont proches et ceux qui vous sont distants, ceux qui vous attirent et ceux qui vous repoussent. Dirigez les actions de votre corps, de votre parole et de votre esprit vers ce qui est constructif, ayez toujours d’excellentes pensées pour le bien d’autrui, et offrez des prières spéciales et nobles (à cette fin).  

On trouve un exemple d’une telle prière dans la Pouja du lam-rim (sByor-chos) :  

Mon cœur s’étend vers les dix directions où le Dharma suprême, semblable à un joyau, a décliné ou ne s’est pas répandu. 
Poussé par la puissante force de la grande compassion,
Puissé-je exposer ce vaste trésor qui apporte joie et secours.

La compréhension du vide

La manière de générer une vue correcte du vide dans votre continuum mental consiste à chérir le fait de déployer de grands efforts pour développer votre réseau de potentiels positifs et vous purifier de tous les obscurcissements. À cette fin, vous devriez accomplir la pouja en sept branches, faire des prosternations et des circumambulations, lire des soutras, chanter des mantras et des dharanis, et réciter la Confession aux trente-cinq bouddhas

Il existe deux types d’obscurcissements à surmonter : ceux qui empêchent la libération et ceux qui empêchent l’omniscience. Les premiers consistent en vos facteurs mentaux perturbateurs (nyon-mongs, skt. kleśa) et leurs tendances, ainsi qu’en la méconnaissance consistant à saisir une existence dûment établie. Les seconds sont les habitudes constantes de cette méconnaissance, qui donnent naissance à l’apparence d’une existence auto-établie.  

Pour surmonter ces obstacles, vous avez besoin d’une compréhension complète du vide (stong-pa-nyid, skt. śūnyatā). Vous l’obtenez en partie grâce à la force positive accumulée par des actions constructives. Pour cela, les pratiques préliminaires d’accumulation et de purification sont essentielles. La pouja en sept branches résume les points principaux de cette pratique. Ses sept étapes sont :

  • la prosternation,
  • l’offrande,
  • reconnaître ouvertement vos actions destructrices passées,
  • se réjouir des actions constructives,
  • faire la requête des enseignements,
  • supplier les bouddhas et les gourous de ne pas disparaître,
  • dédier la force positive.

Autres pratiques préliminaires

D’autres préliminaires peuvent inclure cent mille répétitions de pratiques telles que les prosternations, l’offrande de mandalas, la prise de refuge et la récitation de mantras et de dharanis. Les mantras sont des mots de pouvoir dérivés du sanskrit et utilisés comme invocations. Les dharanis en sont des formes plus longues. Pour cette pratique, ceux du Bouddha, des gourous et de la purification de Vajrasattva sont les plus couramment utilisés. La forme exacte que prendront vos pratiques préliminaires vous est indiquée par votre gourou.

Si vous faites un grand effort en appliquant sincèrement les quatre forces d’opposition, vous pouvez vous purifier et vous débarrasser de tous les potentiels négatifs, obstacles, actions fautives et vœux brisés. Enfin, vous devez veiller à faire des offrandes de mandala répétées, lesquelles constituent le cœur du développement de ce réseau (de potentiels positifs).  

Les quatre forces d’opposition s’appliquent comme suit. En admettant ouvertement vos actions négatives, vous devez :

  • éprouver du regret pour vos actions destructrices,
  • promettre de ne plus jamais commettre de tels actes,
  • vous appuyer sur la base de tout ce qui est constructif – la direction sûre des Trois Joyaux et la bodhichitta,
  • dédier toute la force positive pour contrebalancer vos actes destructeurs. 

En faisant l’offrande de mandala, vous présentez symboliquement l’univers tout entier aux êtres éveillés.

Si vous développez (ce réseau de potentiels positifs) ainsi, en lien avec le vide que votre conscience discriminante appréhende comme l’absence d’existence auto-établie des trois cercles (le sujet, l’objet et l’action de ces actes constructifs), c’est ce qu’on appelle le réseau de conscience profonde. À partir d’un réseau de potentiels positifs, vous obtenez les corps-de-formes d’un bouddha, et à partir d’un réseau de conscience profonde, un Dharmakaya.

Les bouddhas possèdent deux types de corps physiques (Roupakaya) : le corps-de-forme (Nirmanakaya) et le corps de plein usage (Sambhogakaya). Le premier peut prendre de nombreuses formes, parmi lesquelles le Nirmanakaya suprême d’un enseignant universel tel que le Bouddha Shakyamouni. Le second réside dans les champs de bouddhas, pleinement doté de toutes les marques majeures et mineures, enseignant la voie du Mahayana à un cercle de bodhisattvas ayant une cognition directe du vide, et vivant jusqu’à la fin du samsara.

Les bouddhas possèdent également deux corps de conscience profonde : le Jnana Dharmakaya et le Svabhavakaya. Le premier est l’esprit omniscient d’un bouddha ainsi que sa connaissance complète des moyens habiles et efficaces. Le second est la nature vide de sa conscience profonde.

Shamatha et Vipashyana

Afin de générer ainsi dans votre continuum mental la persévérance à la fois dans l’accumulation et la purification, ainsi qu’une vue correcte (du vide), vous devez d’abord vous appuyer sur l’abandon des cinq obstacles à la concentration en vous appuyant sur les huit facultés mentales constitutives pour entraîner votre esprit à travers les neuf étapes de l’apaisement de l’esprit et chercher à atteindre un état d’esprit calme et stable (de shamatha). 

Les cinq obstacles qui vous empêchent d’atteindre la concentration en un point (ting-nge-’dzin, skt. samādhi) sont :

  • la paresse,
  • l’oubli,
  • les interruptions dues soit au relâchement mental, soit à l’agitation de l’esprit,
  • l’incapacité à prévenir de telles interruptions,
  • les interruptions imaginaires associées à la création d’antidotes inutiles. 

Ces obstacles peuvent être surmontés grâce aux huit facultés mentales suivantes : 

  • une conviction respectueuse dans les bienfaits de la concentration en un point,
  • l’intention d’atteindre cet objectif,
  • une persévérance enthousiaste,
  • un sentiment de souplesse,
  • la présence attentive [pleine conscience],
  • la vigilance face aux interruptions,
  • la volonté d’appliquer les antidotes,
  • le relâchement des antidotes une fois qu’ils ont atteint leur but.

En mettant en œuvre ces facultés, vous pouvez progresser à travers les neuf stades de l’apaisement de l’esprit [calme mental] :

  • Le placement initial
  • Le placement continu
  • Le placement proche répété
  • L’apprivoisement
  • L’apaisement profond
  • La pacification
  • La pacification complète
  • La concentration en un point 
  • Le placement avec une aisance égale

En vous familiarisant de manière répétée avec la concentration en un point acquise à ce neuvième stade, vous atteignez un état de quiétude mentale, votre concentration s’accompagnant d’un sentiment de souplesse et d’une joie mentale exaltante.

De cette manière, vous serez en mesure de faire naître un état d’absorption méditative, accompagné de félicité, de clarté et d’absence de conceptualisation, focalisé ou non sur un objet en tant que support. 

Vous pouvez développer une telle concentration en vous concentrant soit sur un objet visualisé, tel que la forme d’un bouddha, soit sur la simple clarté de l’esprit comme dans la méditation du mahamoudra. Lorsque vous atteindrez cet état, vous serez libéré de toute distraction mentale, de tout relâchement et de toute instabilité.

Cependant, cela ne fera que contribuer à contenir vos facteurs mentaux perturbateurs. Par conséquent (pour les éliminer complètement), vous devez développer une conviction totale dans une vue correcte du vide acquise lors de la méditation vipashyana
La racine sans commencement de l’existence samsarique est la saisie d’identités véritables semblables à un atman. Afin d’éradiquer cette méconnaissance à sa racine, vous devez absolument méditer sur le vide. Par conséquent, pour détruire votre saisie automatique du soi qui conçoit un « moi » soutenu par un ensemble constitué des cinq agrégats, prenez soin de l’analyser par un examen approfondi. 

Les cinq agrégats (phung-po, skt. skandha) sont : les formes des phénomènes physiques, les types de conscience, le sentiment d’un certain niveau de bonheur, la discrimination et d’autres variables incidentes, c’est-à-dire tout ce qui compose vos cognitions.

Analysez, conformément à ce qui découle des raisonnements du Madhyamaka – (par exemple) si une personne et les agrégats sont identiques ou totalement différents – et vous parviendrez à la conclusion ferme et définitive que les personnes sont dépourvues d’une identité semblable à un atman.

Analysez également de manière approfondie toutes les composantes des agrégats d’une identité semblable à un
atman des phénomènes. [Ces deux, les personnes et les phénomènes,] sont résumés sous les termes des « objets connus » et des « esprits connaissant des objets ». Lorsque vous aurez acquis une conscience décisive de la signification de l’absence d’identités semblable à un atman, vous parviendrez à la conclusion définitive que tous les phénomènes désignés, que l’on peut regrouper en ceux de l’existence compulsive et ceux du nirvana tranquille, sont dépourvus d’une existence (auto-établie).
Vous comprendrez alors le raisonnement de la coproduction conditionnée (selon lequel tous les phénomènes sont dépourvus d’une existence auto-établie parce que) tout se manifeste de manière égale et, du fait de leur état dépourvu d’une existence (auto-établie), les phénomènes se manifestent automatiquement sans obstruction. Lorsque (votre application) produit des expériences de compréhension de l’absence de différence entre le vide et la coproduction conditionnée, alors, en les maintenant, plongez complètement, aussi longtemps que vous le pouvez, dans la sphère du Madhyamaka, libre de toute fabrication conceptuelle, non conceptuelle et sans souillure.
En résumé, l’unification de la conscience discriminante d’un état exceptionnellement perceptif de vipashyana et d’un état stable et calme de shamatha, inébranlable et concentré en un point, qui possède la conscience discriminante capable d’appréhender en détail et qui alterne entre ces deux aspects : le discernement et la stabilisation (méditation), tel est le sens de la méditation sur la discrimination de grande envergure, la Mère des Triomphants, appelée « la vision correcte (du vide) ».

Dans la méditation de discrimination, vous analysez le vide soit de votre « moi » conventionnel, soit de tout phénomène, afin de réaffirmer votre compréhension de celui-ci. Dans la méditation de stabilisation, vous concentrez l’attention en un point de votre état d’esprit calme et stable (shamatha) sur cette compréhension que vous avez acquise grâce à votre état d’esprit exceptionnellement perceptif (vipashyana). 

Grâce à une méditation correctement établie sans s’écarter de cette vue, détachée des huit extrêmes et de toute fabrication mentale, et grâce à une conduite pure en accord avec l’excellente voie des bodhisattvas,

Les huit extrêmes sont la croyance en l’existence dûment établie de la cessation ou de la production, en l’anéantissement ou en la permanence, en la venue ou le départ, en la différence ou en l’identité. Nagarjuna en parle dans le verset d’introduction de ses Versets racines de la Voie du milieu, intitulée « La conscience discriminante » (dBu-ma rtsa-ba’i tshig-le’ur byas-pa shes-rab ces bya-ba, skt. Prajñā-nāma-mūlamadhyamaka-kārikā).

Les cinq cheminements d’esprit

[…] vous accomplirez, en tant que résultat, (votre progression à travers) les cinq cheminements d’esprit et les dix niveaux des bodhisattvas. Vous atteindrez ainsi l’illumination, le plus grand état purifié, et serez capables d’accomplir spontanément vos propres objectifs et ceux des autres.

Lorsque, en plus de la pure détermination à vous libérer (le renoncement) du samsara et de ses causes, vous développez un objectif d’éveil de bodhichitta, vous devenez un bodhisattva et entrez dans le premier des cinq cheminements d’esprit [voies] menant à l’illumination complète de la bouddhéité. Sur le premier, le cheminement d’esprit de l’accumulation (voie de l’accumulation), vous développez, entre autres, une concentration en un point. Sur le deuxième, le cheminement d’esprit de l’application (voie de la préparation), vous développez une compréhension conceptuelle du vide. Lorsque cette compréhension devient non conceptuelle, vous quittez les rangs des êtres ordinaires et atteignez le cheminement d’esprit de la vision (voie de la vision), et devenez un Noble (arya). Cela marque également le début des dix stades [terres] du bodhisattva. Vous achevez ces étapes sur le quatrième cheminement d’esprit, celui de la familiarisation (voie de la méditation), au cours duquel vous surmontez des degrés de plus en plus subtils d’obscurcissements empêchant la libération et l’omniscience. Sur le cinquième, le cheminement d’esprit n’ayant plus besoin d’entraînement, vous atteignez la bouddhéité. Auparavant, vous n’aviez atteint la concentration en un point sur une cognition non conceptuelle du vide que pendant les sessions de méditation qui y étaient consacrées. En tant que bouddha, vous êtes dans cet état à tout moment. Ainsi, avec la perfection de la discrimination, la compassion et les moyens habiles, vous êtes désormais capable d’aider les autres à surmonter leur souffrance.

L’importance d’une approche non sectaire à notre époque

Hélas, en ces temps-ci, à l’ère des cinq détériorations, bon nombre des grands êtres réalisés sont décédés, et le monde entier est rempli de gens comme moi qui racontent n’importe quoi.

Durant une telle époque : 

  • le corps des gens se détériore après une vie courte,
  • les facteurs mentaux perturbateurs tels que le désir, la haine et l’étroitesse d’esprit prospèrent,
  • personne ne croit à la libération, à la renaissance, à la loi de causalité, et ainsi de suite,
  • personne n’a de respect pour les Trois Joyaux de la direction sûre, pour les gourous, pour leurs parents, etc.,
  • des calamités telles que les guerres, les épidémies, la famine et la sécheresse sont omniprésentes. 

Lorsque le Dharma prospérait, les dieux étaient toujours victorieux et les anti-dieux vaincus.

De nos jours, les anti-dieux ricanent de joie, et les dieux favorisant la vertu se sont retirés loin. Les enseignements du Bouddha sont devenus comme de simples peintures représentant des lampes à beurre. Ô gurus compatissants, voyez cela ! Ceux d’entre vous qui se soucient de la propagation et de la préservation des enseignements du Bouddha devraient redoubler d’efforts pour abandonner tous les obstacles et comprendre les textes et les pratiques du Dharma, afin de pouvoir à la fois le réaliser et l’enseigner vous-mêmes. Sans jamais relâcher vos efforts dans la pratique constructive en dix branches, faites des requêtes et des offrandes répétées pour développer votre réseau de force positive.

La pratique constructive en dix points consiste à :

  • copier les écritures
  • faire des offrandes au Triple Joyau,
  • être généreux envers les pauvres et les malades,
  • écouter les enseignements,
  • lire les textes sacrés,
  • prendre les enseignements à cœur et les mettre en pratique,
  • expliquer les enseignements,
  • réciter les soutras,
  • contempler la signification des enseignements,
  • méditer sur eux avec une attention concentrée. 
La communauté bouddhiste (le Sangha) devrait être unie, alors abandonnez tout discours sectaire qui divise. Ne prenez pas parti en disant que ceci est ma secte et cela est la sienne. Ne fabriquez pas de contradictions dans les enseignements (des nombreuses traditions du Bouddha, car il n’y en a pas). Ne dépréciez pas le Dharma (en disant qu’il existe de telles contradictions). Les enseignements du Bouddha sont aussi vastes et profonds que l’océan. Comprenez qu’ils sont tous destinés à être des méthodes pour dompter votre propre esprit et pratiquez-les sincèrement. À l’extérieur, soyez paisibles et détendus, avec le corps, la parole et l’esprit toujours sous contrôle, et à l’intérieur, soyez conscients de vous-même, en restant toujours attentifs et alertes. 
Comme dans le (dixième) rêve prophétique du roi Krikin (dans lequel dix-huit personnes déchiraient un tissu), le bouddhisme en Inde a été disputé par les dix-huit premières écoles du Hinayana et a ainsi fini par décliner.  

Le roi Krikin (Kri-kin, skt. Kṛkin) vécut à l’époque de l’ancien Bouddha Kashyapa. Dans son rêve prophétique, dix-huit personnes tiraient sur un morceau de tissu blanc, mais ne parvenaient pas à le déchirer. De même, après le décès du Bouddha Shakyamouni, dix-huit premières lignées se disputèrent ses enseignements, se querellant pour savoir qui avait raison. En réalité, chacun détenait une partie des enseignements, et chacun avait raison. Suivre n’importe lequel d’entre eux mènerait à la cessation de la souffrance, car, tout comme le tissu, l’intégrité de ce qu’a enseigné le Bouddha ne peut être affectée, peu importe à quel point les gens peuvent se disputer pour savoir qui en est le propriétaire légitime. Les querelles, cependant, rendent les conditions peu propices à la pratique fructueuse du Dharma, qui, de cette façon, décline.  

Même au Nord, au Tibet, les graines du sectarisme démoniaque ont été semées dans les (traditions Mahayana) Sakya, Guéloug, Kagyou et Nyingma.  

Seuls les ignorants prétendent qu’une tradition est meilleure qu’une autre. Ceux qui comprennent savent que chacune peut mener ses disciples à l’illumination, ne différant des autres que par ses méthodes et le style de ses enseignements oraux. Il existe de nombreux exemples d’innombrables gourous issus de chacune de ces traditions qui ont atteint l’illumination. Ainsi, si quelqu’un est très fermement ancré dans ses opinions sectaires, cela montre à quel point il connaît peu le Dharma. 

Les disputes sectaires (n’apportent rien au Dharma, mais) ne font qu’agiter et troubler l’esprit des gens, provoquant une grande confusion et des malentendus à son sujet. En adoptant de telles opinions dogmatiques, vous ruinez à la fois cette vie et toutes vos vies futures en vous infligeant, à vous-même et aux autres, les conséquences malheureuses (du rejet du Dharma). Comme cela n’a absolument aucun sens, abandonnez complètement ces idées sectaires et préservez les enseignements du Bouddha. 
Le Bouddha, qui atteignit un état libéré de toute crainte, déclara que ses enseignements ne pourraient être détruits par quiconque de l’extérieur. De même que le corps d’un lion sera rongé de l’intérieur par des vers et des insectes (car aucun animal n’est capable de le tuer de l’extérieur), les enseignements du Bouddha s’effondreront de l’intérieur – cela a été prophétisé dans les soutras. En vous en rappelant et en étant toujours conscient de cela, repoussez cette consomption interne en abandonnant ce qui ne convient pas et en pratiquant ce qui est approprié. Les laïcs devraient faire des offrandes aux Trois Joyaux, qui sont des repères sûrs, et ne penser qu’à être bénéfiques à autrui. Faire des efforts pour agir de manière constructive est le seul moyen d’être heureux dans cette vie et dans toutes les vies futures. 

Conclusion : Versets de bon augure et colophon

Quant à moi, je suis désormais proche de la mort et je subis les souffrances de la vieillesse. Tout ce que je peux faire, c’est formuler des vœux purs pour la préservation du Dharma du Bouddha. Bien que je n’aie ni le pouvoir ni la capacité d’être directement bénéfique aux enseignements, je prie sans cesse avec ferveur pour la propagation du Dharma. 
Puisse Sa Sainteté le Quatorzième Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso, source de tout bonheur et de tout bienfait pour le Tibet, le Pays des Neiges, marcher d’un pas ferme vers une vie longue et fructueuse. Que la durée de vie, les exploits et les actions constructives de tous les grands gourous et maîtres – les Amitabha Panchen Lamas, les Gyalwa Karmapas, les Manjoushri Sakyapas et tous les autres – ne cessent de croître. Que les chefs d’État, les ministres et le peuple de la noble terre de l’Inde soient aussi heureux et prospères qu’aux débuts de cette ère. Que les enseignements du Bouddha s’épanouissent à nouveau. Que le battement du grand tambour du Dharma du Tripitaka résonne à travers l’univers jusqu’au royaume céleste le plus élevé et que tout soit de bon augure.
Cet ouvrage, intitulé Ouvrir la porte du Dharma : brève explication de l’essence des nombreux véhicules du Bouddha, a été composé à la hâte, avec des souhaits purs et de bonnes pensées, à la demande du responsable politique du Sikkim, par celui qui porte un nom de toulkou tibétain, Jamyang Khyentsé, mais qui est en réalité le tout à fait ignorant Chokyi Lodrö. Que la force positive de cet ouvrage apporte des bienfaits aux enseignements du Bouddha et à tous les êtres limités.
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