Présentation détaillée de l’astrologie tibétaine Partie 7 : L’éphéméride tibétaine

Calculs des positions des cinq planètes, du Soleil, de la Lune et des nœuds  

Le cursus d’études dispensé à la division d’astrologie et d’astronomie de l’Institut tibétain de médecine et d’astrologie de Dharamsala, en Inde, dure cinq ans. Tous les calculs sont effectués à la main, selon la méthode traditionnelle, sur une planche de bois recouverte de suie sur laquelle on écrit à l’aide d’un stylet. Il n’existe pas d’éphémérides compilées dans lesquelles on pourrait consulter les chiffres. L’un des aspects principaux de la formation réside dans les mathématiques impliquées dans tous ces calculs.

Le système du Kalachakra, à l’instar de ceux des traditions hindoues, fournit des formules permettant de déterminer ce que l’on appelle les cinq planètes et les cinq éléments calendaires inclusifs (gza’-lnga lnga-bsdus). Ces derniers sont les suivants : 

  • Le jour de la semaine lunaire (gza’)
  • La date du mois lunaire (tshe)
  • La constellation lunaire (skar)
  • La période de combinaison (sbyor-ba) 
  • La période d’action (byed-pa) 

Aux fins des éphémérides, de l’almanach et des horoscopes, ces cinq éléments, ainsi que les positions du Soleil, de la Lune, de Rahu et de Kalagni, sont calculés en jours lunaires, tandis que les cinq planètes, à savoir Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, sont calculées en jours solaires.

La position du Soleil, tout comme celle des autres planètes, est calculée selon un modèle mathématique, comme c’était également le cas dans le système de la Grèce antique. Elle se distingue ainsi de l’approche chinoise, qui déduisait la position et le mouvement des corps célestes principalement à partir de l’observation. Les mathématiques chinoises, lorsqu’elles sont parfois utilisées, sont avant tout algébriques, comme les mathématiques arabes. L’observation occupait également une place prépondérante dans l’astronomie arabe, et c’est sous l’influence arabe que des observatoires furent construits en Inde au XVIIIe siècle. Dans l’astronomie hindoue primitive, tout comme dans l’astronomie tibétaine, l’observation ne jouait aucun rôle, à l’exception de l’étude de l’ombre d’un gnomon (thur-shing) pour calculer l’ascendant (tat-kal) utilisé dans certaines prédictions. Un gnomon est un bâton planté verticalement dans le sol. En fonction de la longueur de l’ombre qu’il projette et de la latitude nord de la position de l’observateur sur la Terre, on peut obtenir des chiffres pouvant se substituer à ceux d’une horloge afin de déterminer l’ascendant.

Comparaison avec les calculs hindous — Les quatre âges du monde

Les approches du Kalachakra et de l’hindouisme concernant les calculs des positions des planètes sont quelque peu différentes. Dans le système hindou, l’univers commence par une conjonction universelle, avec toutes les planètes au même point. Les éons sont divisés en quatre âges du monde, appelés « yugas » en sanskrit, dont les noms proviennent chacun d’un jeu de dés. Il s’agit respectivement de l’âge complet, du troisième, du deuxième et de l’âge de l’effondrement ou « kaliyuga », selon que le lancer de dés dans le jeu donne quatre, trois, deux ou un seul point, ce dernier cas correspondant à une défaite. Selon la version la plus répandue telle qu’on la trouve dans le Suryasiddhanta (Système des principes solaires), ces quatre âges se répètent, chacun durant 1. 080. 000 ans. Les conjonctions universelles se reproduisent au début de chacun de ces quatre éons, le kaliyuga le plus récent ayant commencé, selon ce système, en 3102 avant notre ère, année de la guerre qui fait l’objet de l’épopée indienne du Mahabharata.

De plus, le nombre de révolutions que chaque planète effectue autour du zodiaque au cours d’un éon est indiqué. Chaque système astronomique hindou diffère légèrement quant à la durée d’un âge, à la date de début du dernier et au nombre de révolutions que chaque planète effectue au cours de celui-ci. En général, en calculant la proportion du nombre de jours écoulés dans l’éon par rapport au nombre total de jours de l’éon, on peut déterminer le nombre de révolutions effectuées par chaque planète, sa position et la distance moyenne parcourue par chacune en une journée. Les nombres impliqués dans ces calculs sont donc très grands et difficiles à manipuler. 

De plus, comme des divergences dans les positions des planètes ont été observées par la suite, des facteurs de correction, appelés « corrections séminales », ont parfois été appliqués sous la forme d’ajouts ou de soustractions de quelques révolutions par éon pour chacune des planètes. La position du soleil était toujours considérée comme correcte. Une de ces corrections a sans aucun doute été ajoutée à ce Système des principes solaires vers le Xe ou le XIe siècle.

Dans le système bouddhique du Kalachakra, les calculs s’effectuent également en fonction des constantes de mouvement quotidien (rtag-longs) des planètes, c’est-à-dire de la distance qu’elles parcourent chaque jour. Il n’est toutefois pas fait mention de la dérivation de ces constantes, puisqu’il n’y a aucune affirmation concernant des conjonctions universelles récurrentes. Comme mentionné au début de cette conférence, il existe deux systèmes de calculs mathématiques du Kalachakra : le système complet des principes (grub-rtsis), dérivé du Tantra racine du Kalachakra reconstitué à partir de fragments cités dans d’autres textes, et le système abrégé (byed-rtsis), issu du Tantra abrégé du Kalachakra et de son commentaire, La Lumière immaculée. Tant La Lumière immaculée que le Tantra abrégé du Kalachakra sont apparus en Inde en sanskrit au début du XIe siècle. Dans La Lumière immaculée, il est dit qu’une « correction fondamentale » doit être apportée à l’ancien système et, en effet, la constante du mouvement quotidien du soleil dans le Tantra abrégé du Kalachakra diffère de celle reconstituée à partir des fragments du Tantra racine du Kalachakra. Il semblerait donc que des corrections soient apparues à peu près au même moment tant dans le système bouddhique que dans le système hindou principal, bien que dans ce dernier, ce ne soit pas la constante du soleil qui ait été ajustée, mais celle des autres planètes. Par conséquent, du moins d’un point de vue historique, il n’est pas étonnant qu’il existe deux versions de la constante du mouvement quotidien du soleil (nyi-rtag) dans le système du Kalachakra.

Comme les bouddhistes n’affirment pas l’existence de conjonctions universelles au début des âges du monde, les calculs des positions des planètes s’effectuent d’une manière différente de celle des hindous. On utilise des cycles de 60 ans, conformément aux cycles « éminents » de Jupiter mentionnés précédemment, et il faut tenir compte des positions dans le signe d’origine où chaque planète est apparue pour la première fois – puisque c’était le point de départ de leurs révolutions – ainsi que de la position où chacune se trouve à la fin du cycle de 60 ans précédent. Ces calculs seront abordés plus en détail dans un instant.

Bien qu’il ne figure généralement pas dans d’autres textes bouddhiques, le schéma hindou des quatre âges du monde se terminant par un kaliyuga est utilisé dans le système du Kalachakra. La durée de chacun d’entre eux est toutefois bien plus courte que dans n’importe quel système hindou. Selon le Kalachakra, les enseignements du Bouddha dureront 5 104 ans, à compter de 880 avant notre ère, date à laquelle est situé le parinirvana, ou décès, du Bouddha. Dans tous les systèmes bouddhiques autres que celui du Kalachakra, ce chiffre est de 5 000 ans. Cette période de 5 104 ans est divisée en deux cycles des quatre âges du monde, chacun d’entre eux se terminant par un kaliyuga. À l’heure actuelle, nous sommes dans le kaliyuga du premier cycle, qui a débuté en 1598 de notre ère. Dans l’histoire tibétaine, cela a marqué le début d’une période de grande guerre civile. 

À la fin du kaliyuga actuel, en 2424 de notre ère, la guerre prédite éclatera contre les forces des envahisseurs non indiens (kla-klo, skt. mleccha), et Shambhala viendra alors à la rescousse pour les vaincre, après quoi un nouvel âge d’or commencera. Ce qui est assez curieux, c’est que l’année de cette guerre et le début subséquent d’un nouvel âge d’or coïncident très étroitement avec le début de ce qu’on appelle l’ère du Verseau, telle qu’elle est calculée à partir de la précession des équinoxes. Bien que les deux systèmes décrivent une date pour ce que l’on appelle le « nouvel âge » de manière tout à fait indépendante, ils aboutissent à une date presque identique. 

Modèles grecs, hindous et du Kalachakra pour le mouvement planétaire

Explorons maintenant brièvement les modèles mathématiques utilisés pour calculer la position des planètes. Même du simple point de vue de l’histoire des sciences, ce sujet est très intéressant. Les Grecs de l’Antiquité utilisaient principalement la géométrie, et plus précisément différentes proportions géométriques, pour déterminer et décrire le mouvement des planètes. Les épicycles, une série de petits cercles tracés le long de la circonférence d’un cercle plus grand, servaient à corriger les écarts de vitesse des planètes. Les épicycles tournent dans le sens inverse de celui du cercle, de sorte que, d’un côté du cercle, le mouvement de l’épicycle en rotation va dans le même sens et s’ajoute donc au mouvement le long du cercle, tandis que, du côté opposé, il va dans le sens inverse et doit être soustrait. 

Dans les systèmes hindous, la fonction sinus a été développée afin de permettre d’effectuer le même type de correction avec des épicycles tournants en utilisant des méthodes trigonométriques plutôt que purement géométriques. Alors que dans l’ancien système grec de Ptolémée, les planètes sont conçues comme se déplaçant sur l’orbite d’un cercle excentrique — c’est-à-dire le cercle décrit par le mouvement le long d’un épicycle tournant autour de la circonférence d’un cercle plus grand et dont le centre est décalé par rapport à celui de ce dernier — dans les systèmes hindous classiques, ce décalage par rapport au simple mouvement circulaire n’existe pas. Des corrections de la vitesse des planètes à l’aide d’épicycles tournants sont effectuées, mais sans que le mouvement des planètes ne s’effectue sur des cercles excentriques décrits par ces épicycles. De plus, ces épicycles tournants varient en taille puisqu’ils sont situés sur la circonférence du grand cercle qu’ils circonscrivent, de sorte qu’ils décrivent des orbites approximativement elliptiques plutôt que simplement circulaires pour les planètes.

En revanche, les calculs du système tibétain n’impliquent ni proportions géométriques ni fonctions trigonométriques, mais sont purement arithmétiques, comme c’était le cas avec les anciennes méthodes babyloniennes. Ils permettent d’effectuer les mêmes corrections que dans les systèmes grecs et hindous, mais sans recourir explicitement ni à des épicycles tournants, ni même au cadre conceptuel d’une vitesse planétaire variable. Les corrections sont plutôt effectuées en termes de position variable. Les planètes se trouvent parfois en avance ou en retard par rapport aux positions moyennes prédites à partir de leurs constantes de mouvement quotidien, et c’est cet écart qui est calculé.  

Le mouvement planétaire est en général circulaire. L’orbite du Soleil est là encore un cercle excentrique décrit par des épicycles (go-la), mais ici, les épicycles ne tournent pas, ce qui affecterait la vitesse, et leur taille ne varie pas non plus. Au contraire, les épicycles sont disposés autour du mont Meru, centre moyen des orbites de tous les corps célestes autour d’une Terre plate, de manière oblique ou inclinée. Plus précisément, chaque épicycle est incliné vers le bas, son point le plus haut étant le plus proche du mont Meru et son point le plus bas le plus éloigné, comme s’il était disposé autour de la surface d’un cône dont la pointe est tournée vers le haut, projeté dans les airs et entourant le mont Meru. L’orbite du Soleil n’est donc pas seulement un cercle excentrique décrit par ces épicycles, mais elle est elle-même oblique ou inclinée. Cela permet d’expliquer la variation de la hauteur et de l’arc du Soleil dans le ciel selon les lieux et les périodes de l’année. Le mouvement exact du Soleil au cours des différents mois de l’année sera décrit un peu plus loin. 

Dans les systèmes astronomiques hindous, tels qu’on les trouve au VIe siècle de notre ère, la Terre est conçue comme une sphère immobile autour de laquelle tournent le Soleil, la Lune, les planètes et les constellations. Ce concept d’une Terre sphérique pourrait bien être le signe d’une influence de la Grèce antique, puisque dans le Timée de Platon, la Terre est déjà représentée comme une sphère immobile autour de laquelle tournent les corps célestes. S’appuyant sur l’argumentation logique en faveur d’une Terre sphérique développée par Aristote au milieu du IVe siècle avant notre ère dans son Traité du ciel, cette théorie fut acceptée dans l’ensemble du monde grec antique, puis dans l’Europe médiévale. Dans l’imaginaire populaire, cependant, la Terre était considérée comme plate avant que Christophe Colomb ne découvre l’Amérique à la fin du XVe siècle. Cette conception d’une Terre sphérique n’a jamais été retrouvée dans les systèmes bouddhiques. Ceux-ci ne concevaient pas non plus que les planètes et les étoiles fussent situées dans huit sphères concentriques de diamètre croissant autour de la Terre, comme le faisait Ptolémée.

Dans la pensée européenne, ce n’est qu’au début du XVIe siècle que la théorie d’un soleil immobile autour duquel la Terre et les planètes tournent fut proposée par Copernic. Au début du XVIIe siècle, elle fut prouvée par les observations téléscopiques de Galilée, puis Kepler en déduisit les formules mathématiques décrivant le mouvement planétaire non pas sur des cercles excentriques, mais sur des ellipses.

Dans le système du Kalachakra tel qu’il a été préservé au Tibet, les planètes et les constellations sont décrites comme possédant chacune deux « allures » (’gros) ou types de mouvement. Elles se déplacent chacune selon une orbite du vent dans le sens des aiguilles d’une montre ou vers la droite, c’est-à-dire d’est en ouest, au cours de leur parcours quotidien à travers le ciel. C’est ce qu’on appelle leur « allure du vent » (rlung-’gros) et, en termes européens, il s’agit de leur mouvement apparent dû à la perspective de la rotation de la Terre sur son axe, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ce mouvement s’effectue à une vitesse constante, ni plus rapide ni plus lente.

Chaque planète et chaque constellation possède également sa propre « allure » (rang-’gros) qui, à l’exception du mouvement des nœuds et des phases rétrogrades, s’effectue dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, c’est-à-dire vers la gauche, d’ouest en est. Cela fait référence au fait que chaque nuit, à la même heure, Mars, par exemple, apparaît progressivement plus à l’est, et que les constellations situées à l’ascendant et au descendant au lever et au coucher du soleil semblent également s’être déplacées plus vers l’est chaque nuit. En termes européens, il s’agit de leur mouvement apparent dû à la perspective de la révolution de la Terre dans le sens des aiguilles d’une montre autour du Soleil. Comme le décrivait mon professeur, le regretté Gen Lodrö Gyatso, maître astrologue de l’Institut tibétain de médecine et d’astrologie de Dharamsala, le mouvement des planètes est comparable à celui d’une mouche marchant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre sur un disque tournant rapidement dans le sens des aiguilles d’une montre.

Calculs des positions des planètes

Lorsque l’on évoque les constantes de mouvement quotidien du Soleil et des autres planètes, celles-ci font référence à leur mouvement propre. Selon ce principe, chaque planète occupe chaque jour une position moyenne par rapport aux constellations. Par exemple, pour déterminer la position moyenne du Soleil (nyi-bar) à une date donnée, on calcule combien d’années, de mois et de jours se sont écoulés depuis le début du cycle « éminent » actuel de 60 ans, en tenant compte des mois doubles supplémentaires (zla-zhol), qui seront expliqués ci-dessous. Ensuite, en se fondant sur les constantes de mouvement mensuelles et quotidiennes du soleil et en tenant compte de la position du signe zodiacal de naissance du soleil (skyes-khyim) ainsi que de la position résiduelle (rtsis-lhag) où se trouvait le soleil à la fin du dernier cycle, on calcule la position moyenne.

Cependant, la vitesse propre à chaque planète est influencée par d’autres variables. Ainsi, la plupart du temps, les planètes se déplacent soit plus vite, soit plus lentement, et se trouvent par conséquent le plus souvent en avance ou en retard par rapport à leur position moyenne. Dans l’ensemble, le taux de variation correspondant à leur avance par rapport à leur position moyenne est le même que celui correspondant à leur retard. Ces mêmes taux de variation s’appliquent également lorsque les planètes se trouvent de plus en plus ou de moins en moins en amont par rapport à leur position moyenne. Ainsi, les calculs sont effectués par quadrants (rkang) de l’orbite des planètes à l’aide de tables (re’u-mig) de constantes de mouvement par quadrant (rkang-longs), telles que celle du Soleil (nyi-rkang). La constante appropriée est alors soit ajoutée, soit soustraite, selon que les planètes augmentent ou diminuent leur écart par rapport à leur position moyenne, et selon que cet écart est en avance ou en retard par rapport à celle-ci, afin d’obtenir, par exemple, la position corrigée du Soleil (nyi-dag). 

Ainsi, bien que ni les épicycles tournants ni les fonctions trigonométriques ne soient explicitement utilisés, les résultats obtenus par simple arithmétique décrivent le même type de mouvement accéléré et décéléré que celui décrit par les Grecs et les Hindous de l’Antiquité, ce qui, après tout, correspond à un mouvement elliptique du point de vue européen. Dans le calcul des tables des constantes du mouvement du quadrant, cependant, plusieurs étapes de calculs trigonométriques ont pu être combinées.

La position du Soleil est calculée comme décrit ci-dessus. La position de la Lune est déduite simplement et directement de celle du Soleil. Elle tient compte de sa propre constante de mouvement diurne au cours du cycle de lunaison, de nouvelle lune à nouvelle lune, dans chaque signe successif, à mesure qu’elle s’éloigne du Soleil chaque jour après la conjonction de la nouvelle lune avec le Soleil. De plus, une correction supplémentaire doit être apportée pour tenir compte de la manière dont la Lune elle-même accélère et décélère en amont et en aval de sa position moyenne au cours de son cycle lunaire. Le cycle lunaire n’est pas celui d’environ 30 jours allant de la nouvelle lune à la nouvelle lune, comme de la nouvelle lune en Bélier à la nouvelle lune en Taureau, mais plutôt le cycle de 28 jours et un quatorzième nécessaire à la Lune pour revenir au même point du zodiaque. La position de la Lune à l’aube d’un jour lunaire est appelée « constellation de conjonction de la Lune corrigée » (tshe-’khyud zla-skar dag-pa) pour cette date.   

Les positions des cinq planètes sont déterminées d’une manière quelque peu similaire à celle du soleil, à ceci près qu’elles impliquent deux corrections de position au lieu d’une seule. Les cinq planètes sont les deux planètes paisibles (zhi-ba) que sont Mercure et Vénus, et les trois planètes énergiques (drag-pa) que sont Mars, Jupiter et Saturne. Une fois que l’on a calculé leur position moyenne à partir du décompte du jour général (spyi-zhag) du cycle de 60 ans et de leurs constantes de mouvement quotidien individuelles au sein de leur propre cycle, on effectue à la fois une correction de mouvement du quart lent et une correction de mouvement du quart rapide. La correction du quart de mouvement lent utilise une constante de mouvement par quadrant au point de freinage (dal-rkang) et tient compte du fait que la planète se trouve parfois en aval ou en amont par rapport à sa position moyenne, accélérant et décélérant alternativement à chaque quart de son orbite autour du zodiaque. Une planète n’occupe sa position moyenne et ne se déplace à sa vitesse non corrigée que lorsqu’elle est en conjonction avec la position de son propre signe de naissance. Comme Mercure et Vénus ne peuvent jamais s’éloigner du Soleil de plus d’un nombre relativement faible de degrés, elles ne peuvent parcourir le zodiaque qu’en étant liées au Soleil. Ainsi, la position moyenne du Soleil est utilisée pour effectuer la correction de quart de cycle lent pour ces deux planètes paisibles. Cela n’est pas nécessaire pour les trois planètes puissantes, car elles peuvent se déplacer n’importe où autour du zodiaque, quelle que soit la position du Soleil.

La correction du quart rapide utilise une constante de mouvement quadrantique du point de vitesse (myur-rkang) et compense le fait qu’une planète se déplace tantôt en aval, tantôt en amont du Soleil – autrement dit, plus vite ou plus lentement que le Soleil, en accélérant lorsqu’elle se lève ou s’avance davantage devant ou derrière le Soleil, et en ralentissant lorsqu’elle se couche ou s’éloigne de sa position devant ou derrière celui-ci. Le seul cas où cette correction du quart rapide n’est donc pas nécessaire, c’est lorsque la planète est en conjonction avec le Soleil. Étant donné que Mars, Jupiter et Saturne atteignent la limite extrême de cet écart par rapport au mouvement du Soleil lorsqu’elles sont en opposition avec celui-ci, ce calcul est, pour elles, lié à la position moyenne du Soleil. Les deux planètes paisibles, en revanche, ne peuvent jamais être en opposition au Soleil ; pour elles, ce lien avec la position moyenne du Soleil pour la correction de quart rapide n’est donc pas nécessaire.

Lorsqu’une planète, le Soleil et la position de cette planète dans son signe natal sont tous trois en conjonction, aucune correction de quart rapide ou lent n’est nécessaire. Cela ne se produit que lorsque la planète a achevé le cycle de jours de son tableau de mouvement constant quotidien. Pour les planètes puissantes, il s’agit du temps nécessaire à la planète pour effectuer une orbite autour du zodiaque ; pour Vénus, dix orbites autour du Soleil et pour Mercure, cent orbites autour du Soleil.

En plus de la position de chacune des cinq planètes, l’une des quatre directions cardinales est précisée, en référence à l’orientation directionnelle de la planète par rapport au Soleil. La direction indique également lequel des quatre types de mouvement (’gros-bzhi) la planète présente : le point de freinage ou mouvement lent (dal-’gros), le point de vitesse ou mouvement rapide (mgyogs-’gros), l’origine ou mouvement régulier (’byung-’gros), et le virage, le mouvement latéral ou en zigzag (’khyog-’gros). C’est assez compliqué, mais il convient de noter que le mouvement rétrograde n’en fait pas partie. Bien que la rétrogradation, lorsque une planète semble se déplacer à contre-courant de son mouvement normal, soit connue, elle n’est ni mentionnée ni considérée comme importante sur le plan astrologique. Dans l’astrologie européenne moderne, en revanche, elle revêt une importance considérable et influe sur l’interprétation. Les positions des planètes des nœuds nord et sud, Rahu et Kalagni, sont calculées à partir de leur constante de mouvement quotidien sans recourir à une correction par quadrant.  

Les planètes transsaturniennes

Les planètes transsaturniennes – Uranus, Neptune et Pluton – ne sont pas abordées dans l’astrologie tibétaine, et il ne semble d’ailleurs y avoir aucune raison de les y introduire. Comme expliqué précédemment, le système tibétain ne part pas du principe que les influences proviennent réellement des planètes. De plus, les positions planétaires calculées à partir des formules mathématiques traditionnelles ne correspondent pas exactement aux positions observées des planètes. Il reste encore à déterminer si le système d’origine fournit les informations astrologiques les plus précises et, dans le cas contraire, si la solution hindoue moderne consistant à soustraire un facteur de précession standard de leurs positions dérivées selon les méthodes européennes donne un meilleur résultat. Si les positions calculées de manière traditionnelle sont les plus utiles sur le plan astrologique, comment pourrait-on alors intégrer les planètes transsaturniennes ? Il serait très difficile de décider où situer leurs positions.

Il semble illogique de tout adapter au système européen. Personne ne prétend pouvoir envoyer une fusée sur Mars en se fiant aux informations astronomiques tibétaines. Il faut toujours considérer l’objectif de tout système d’information. La position des planètes est symbolique, à l’instar d’une carte permettant de déchiffrer la situation des potentiels karmiques avec lesquels on naît. L’ajout de planètes supplémentaires dans le système ne serait pas vraiment cohérent. 

L’astrologie des planètes 

Examinons certaines caractéristiques de l’astrologie du Soleil, de la Lune, des nœuds et des cinq planètes. Lors de l’interprétation des périodes d’une vie régies par les différentes planètes, Rahu, Kalagni, Mars et Saturne sont généralement considérés comme dures, tandis que le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus et Jupiter sont jugés doux. Dans un thème natal, c’est légèrement différent. Les planètes ne sont pas tant interprétées en elles-mêmes, bien qu’il existe certaines caractéristiques générales pour chacune d’entre elles. Ce n’est pas exactement comme dans un horoscope européen où Mars en Bélier dans la première maison a une certaine interprétation, et où celle-ci doit être nuancée en tenant compte des autres planètes avec lesquelles il forme des aspects, ces derniers étant définis en fonction d’un nombre précis de degrés séparant deux planètes. 

En astrologie tibétaine, pour l’interprétation des thèmes natals, chaque planète possède tout d’abord un domaine (zhing) de signes qu’elle gouverne : 

  • Mars gouverne le Bélier et le Scorpion,
  • Mercure gouverne le(s) Gémeaux et la Vierge,
  • Jupiter gouverne le Sagittaire et le(s) Poisson(s),
  • Vénus gouverne le Taureau et la Balance,
  • Saturne gouverne le Capricorne et le Verseau,
  • La Lune gouverne le Cancer,
  • Le Soleil gouverne le Lion,
  • Rahu co-gouverne la Vierge, 
  • Kalagni co-gouverne le Cancer. 

Ces correspondances rejoignent les régences de l’astrologie européenne, à l’exception des nœuds nord et sud, auxquels aucune régence n’est attribuée dans le système européen, et des planètes transsaturniennes, auxquelles on attribue des co-régences : Uranus au Verseau, Neptune au Poisson et Pluton au Scorpion. 

Les planètes sont classées comme paisibles ou puissantes :

  • Mercure, Vénus et Kalagni sont paisibles,
  • Mars, Jupiter et Saturne sont puissantes. 

Cela diffère donc de leur classification en planètes paisibles ou puissantes lorsqu’elles régissent des périodes dans un thème évolutif, cas dans lequel Kalagni est puissante et Jupiter paisible. 

Les paires de planètes paisibles ou puissantes sont associées à quatre des cinq éléments indiens : la terre, l’eau, le feu et le vent. Il s’agit en fait des mêmes éléments que postulés par Aristote comme constituant l’univers et que l’on retrouve ensuite dans l’astrologie grecque antique et l’astrologie européenne moderne. On les retrouve également dans la tradition mystique hébraïque : 

  • Mercure et Mars sont associés au feu,
  • Vénus et Jupiter à l’eau,
  • Kalagni et Saturne à la terre. 

Cela diffère de l’attribution des éléments aux jours de la semaine, qui correspondent également aux noms des planètes : 

  • Dimanche et le Soleil sont associés au feu,
  • lundi et la Lune à l’eau,
  • mardi et Mars au feu,
  • mercredi et Mercure à l’eau, 
  • jeudi et Jupiter au vent, 
  • vendredi et Vénus à la terre,
  • samedi et Saturne à la terre. 

Et tout cela diffère encore des cinq éléments chinois associés aux cinq planètes dans le système chinois classique, dans lequel : 

  • Mars est associé au feu,
  • Mercure à l’eau,
  • Jupiter au bois,
  • Vénus au métal, 
  • Saturne à la terre. 

Dans un thème astrologique, lorsqu’une de ces planètes se trouve dans son propre domaine et qu’une autre planète du même élément pénètre dans ce domaine, elles deviennent ennemies et s’affrontent, quel que soit le nombre de degrés qui les sépare. La seule chose qui compte, c’est qu’elles se trouvent dans le même signe. Il en va de même si l’une des deux planètes se trouve dans son signe natal et que l’autre pénètre dans ce signe. Les signes natals des planètes sont les suivants :

  • Mars – Lion
  • Mercure – Scorpion
  • Vénus – Gémeaux 
  • Jupiter – Vierge 
  • Saturne – Sagittaire 
  • Le Soleil – Cancer 
  • La Lune – Bélier
  • Rahu – Vierge
  • Kalagni – Poissons. 

Si ces paires de planètes se trouvent ensemble dans n’importe quel autre signe, elles n’entrent toutefois pas en conflit. Ce n’est donc pas tant que chaque planète et chaque élément aient une signification particulière. Il s’agit là d’un système d’interprétation différent de celui des Européens.

De plus, les planètes sont interprétées de cette manière non seulement dans les horoscopes personnels, mais elles interviennent également dans les prévisions fournies par l’almanach tibétain concernant la situation générale d’un pays en matière de conditions météorologiques, d’inondations, de sécheresses, de famines, d’épidémies, de guerres, etc. 

  • En ce qui concerne la situation au Tibet, les positions en transit des neuf corps célestes dans les 12 signes et les 27 constellations aux 8, 15, 22 et 30 de chaque mois sont régulièrement examinées et interprétées sur la base du texte tibétain du XVIIIe siècle intitulé L’Aigue-marine blanche, de Dési Sanggyé Gyatso. 
  • Pour l’Inde, la position de transit de toutes les planètes au moment précis où le Soleil entre en Bélier est analysée à l’aide de quatre cartes issues du système dit « issu des voyelles » afin d’établir des prévisions pour une année entière. 
  • La situation en Chine, en revanche, est prédite selon le système chinois dit « calculs jaunes », impliquant le point nadir du printemps – à savoir le point nadir du premier mois de l’année chinoise – dans un schéma appelé « taureau de terre » et qui ne fait pas intervenir les cinq planètes. Les points nadir seront expliqués brièvement.

Il existe une tradition orale chez les nomades tibétains, et en particulier chez ceux du haut plateau nord, qui consiste à prédire le temps, les famines, les épidémies, les guerres, etc., par l’observation directe des étoiles pendant les nuits d’automne et d’hiver. Ils prédisent également le temps à partir du vent, des nuages, du comportement des animaux et des oiseaux, etc.

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