Introduction
Sa Sainteté le Quatorzième Dalaï-Lama insiste sur le fait que l’harmonie religieuse doit être fondée sur l’éducation, la connaissance de chacune des traditions des autres. Avec une véritable connaissance, nous pouvons reconnaître les buts communs que nous partageons tout en respectant les différences. En fait, en apprenant ces différences, il se peut que nous découvrions quelques aspects qui peuvent enrichir nos propres traditions. C’est pourquoi, bien qu’il soit très plaisant de démontrer les similitudes des diverses religions et de prier ensemble, nous devons également explorer les différences parmi elles en sorte de pouvoir développer une compréhension et un respect plus profonds. Une compréhension approfondie et le respect fournissent une base stable pour une harmonie durable et une coopération entre les religions du monde.
Toutes religions enseignent qu’une attitude autocentrée, quand on pense seulement à soi, est la source de toutes les émotions négatives telles que la colère, la jalousie, le soupçon, l’avidité, l’arrogance, etc. Une attitude autocentrée conduit également aux comportements destructeurs comme de tuer, de voler, de brutaliser, de tricher, de mentir, de corrompre et d’exploiter, tout cela pour n’en faire qu’à sa tête. En bref, les sentiments égoïstes extrêmes sont la source de tous les problèmes. Pour contrer cela, chaque religion enseigne des méthodes pour atténuer l’égocentrisme et augmenter les qualités positives telles que l’amour, la compassion, la tolérance et le pardon.
Examinons ce que l’islam et le bouddhisme enseignent à propos de ces questions. Tant l’islam que le bouddhisme possèdent de nombreuses écoles et traditions différentes, chacune avec ses propres interprétations spécifiques. Ici, toutefois, nous examinerons principalement les affirmations les plus largement défendues que l’on trouve dans l’islam et dans les traditions indo-tibétaines du bouddhisme. Puisque le but de cet essai est d’instruire les bouddhistes au sujet des positions et des croyances fondamentales de l’islam, et d’éduquer de même les musulmans au sujet du bouddhisme, les présentations contiendront nécessairement des simplifications et des généralisations. Toute présentation erronée est involontaire. Seul Dieu sait la pleine signification du Coran et seul un bouddha connaît la pleine signification des enseignements du Bouddha.
Affirmations générales concernant la voie spirituelle
En général, dans l’islam, l’égocentrisme fait référence au fait de suivre sa propre volonté (ar. : al-iradat al-zat), dominée par un sentiment d’importance de soi, par l’égoïsme et les émotions négatives au lieu de suivre la volonté de Dieu (ar. : iradat Allah). Le moyen de dépasser l’égocentrisme se fait par le biais d’une adoration sincère de Dieu (ar. : al-ibadah). Adorer implique de parfaire les trois dimensions de la religion islamique (ar. : al-din). Cela englobe tout ce que Dieu aime et qui lui est agréable :
- La soumission ou la reddition à Dieu (ar. : al-islam),
- La foi (ar. : al-iman),
- L’excellence (ar. : al-ishan), à la fois du caractère et des actions au service des créations de Dieu.
Diverses traditions islamiques enseignent différentes approches pour atteindre un état de soumission, de foi et d’excellence totales. Ces approches entrent dans deux catégories principales :
- Les méthodes historiquement révélées par le Prophète Mahomet, telles qu’enseignées dans les traditions orthodoxes sunnites et chiites.
- Les méthodes qui s’appuient sur une expérience intérieure personnelle de Dieu, telles qu’enseignées principalement dans les ordres soufis.
Les deux approches découlent de l’affirmation musulmane de la création et de l’âme.
Création et esprit
Dieu a créé Adam en insufflant l’Esprit (ar. : al-ruh) dans un peu d’argile. Dieu répète cet acte de création avec chaque homme et chaque femme conçus par la suite, en envoyant un ange pour insuffler Son Esprit dans le corps de chaque enfant dans le sein de sa mère. Dieu seul a une pleine connaissance de l’Esprit ; l’humanité a été dotée, d’une petite connaissance seulement, de ce dernier.
Les anges ont été créés par Dieu à partir de la lumière. Certains servent Dieu personnellement, par exemple ceux qui soutiennent le trône de Dieu. D’autres agissent en qualité d’intermédiaires avec le monde et véhiculent la volonté de Dieu, tel l’ange Jibril [Gabriel] qui apporta la révélation du Coran (ar. : al-Qu’ran) de Dieu au Prophète Mahomet. Dieu a aussi créé des génies invisibles (ar. : al-jinn) à partir de feu sans fumée, de même que les animaux. Bien que le Coran ne mentionne pas le fait que Dieu ait créé ces êtres non humains en leur insufflant l’Esprit, cela ne réduit pas l’affirmation que toutes les créations de Dieu sont créées avec de l’Esprit.
L’âme, l’intellect, le cœur et la nature innée la plus intérieure de l’humanité
Quand il est incarné dans des humains, on se réfère à l’Esprit comme à une âme (ar. : al-nafs). De nombreux maîtres soufis, cependant, tel que al-Ghazali, affirment que l’Esprit et l’âme sont des entités séparées, toute deux présentes dans chaque personne. Nous discuterons plus loin dans cet essai des affirmations des Soufis. Dans cette présentation générale, nous suivrons l’emploi commun des termes Esprit et âme comme étant synonymes quand ils sont incarnés dans des humains.
Les âmes des humains et des génies invisibles peuvent exercer leur volonté [libre-arbitre] (ar. : al-iradat al-hurah). Le libre arbitre, autrement dit le libre choix, est une caractéristique de l’intellect (ar. : al-‘aql), que Dieu a aussi créée dans les hommes. L’intellect est la faculté de penser, en particulier la pensée rationnelle et la logique.
Dieu a aussi créé l’humanité avec un cœur (ar. : al-qalb). Plusieurs synonymes pour cœur apparaissent aussi dans le Coran, comme al-fu’ad. Bien que certains maîtres soufis différencient ces termes comme faisant référence à différents niveaux ou aspects du cœur, ici dans cette présentation générale nous parlerons juste du cœur en général.
Le cœur est la faculté de ressentir une émotion (ar. : al-‘atifah), positive ou négative, de même que celle de ressentir le bonheur ou la tristesse. Il peut être rempli de doute à propos de Dieu et ainsi être aveugle, ou il peut être raffermi et rempli de foi. Il peut être fermé à la Vérité (ar. : al-Haqq), laquelle est Dieu et son Messager Mahomet, ou il peut s’y ouvrir.
Cependant, tous les hommes sont nés dotés d’une nature innée la plus intérieure qui est pure. Cette nature intérieure pure est une prédisposition innée immuable (ar. : al-fitrah), plus spécifiquement il s’agit d’une inclination innée à croire et à se soumettre à Dieu et à suivre Sa Volonté. C’est comme une faculté innée qui permet à l’humanité d’avoir foi en la formule de témoignage (ar. : al-shahada) : « Il n’y a de dieu que Dieu ; et Mahomet est le messager de Dieu [son Prophète]. »
Ainsi, l’Unité de Dieu (ar. : al-tawhid) est intégrale dans la nature originelle pure de tous les hommes. Toutefois, cette dernière doit être profondément comprise et confirmée dans le for intérieur le plus intime de chacun (ar. : al-lubb). Mahomet est le messager de Dieu afin que nous nous souvenions de cette nature. Le Coran parle de ceux qui sont profondément conscients de leurs pures natures comme « les hommes du noyau le plus intime » (ar. : ulul-albab).
Au cours de la vie, s’il se fonde sur le libre arbitre de l’intellect, le cœur de tout un chacun est troublé par des émotions négatives découlant de la désobéissance à la volonté de Dieu ; l’âme, de même, devient sujette à ces émotions. Sous leur influence, l’âme nous conduit à nous engager dans un comportement prohibé – défendu par Dieu. En conséquence, des taches sombres s’accumulent autour du cœur. Notre prédisposition intérieure envers Dieu s’obscurcit. Il y a un voile entre notre cœur et le message de Mahomet et notre cœur devient fermé à la Vérité de Dieu.
Puisque c’est l’âme qui agit de sa propre volonté, c’est l’âme qui doit exercer le libre arbitre de l’intellect afin qu’il ôte les taches du cœur. Cet effort pour ouvrir le cœur est décrit comme une lutte (ar. : jihad). De fait, Mahomet a appelé la lutte contre l’âme (ar. : jihad al-nafs) comme étant la lutte principale. Il s’agit de la lutte contre la désobéissance à Dieu, le manque de foi, et contre la luxure et la colère.
Au cours de cette bataille, l’âme peut balancer entre trois états :
[1] L’âme instigatrice (ar. : al-nafs al-‘ammarah) est l’âme qui se trouve dans l’état où elle nous pousse à la luxure, à la colère et à la désobéissance à la volonté de Dieu et à ses lois.
[2] L’âme qui s’auto-réprimande (ar. : al-nafs al-luwwamah) est l’âme qui s’examine et s’accuse d’écouter l’âme instigatrice. Se repentant de son comportement, elle cherche le pardon de Dieu. L’âme réprobatrice d’elle-même fait alors usage de la faculté d’auto-restriction, de retenue, qui est une autre qualité de l’intellect.
Le terme arabe pour auto-restriction, « al-taqwa », signifie à la fois « se renforcer pour ne pas être blessé » et « être pieux ». Dans l’expression arabe « crainte de Dieu », « ittaqullah », le verbe « ittaqu » (crainte) est morphologiquement relié à al-taqwa. Ainsi, l’auto-restriction est une forme de crainte de Dieu qui dresse une barrière pour nous protéger de commettre ce qui entraînerait la colère de Dieu.
- Notez que dans le bouddhisme, le terme sanskrit « dharma » veut dire « mesure préventive », quelque chose que l’on fait pour se retenir de se causer du tort.
[3] L’âme en paix (ar. : al-nafs al-mutma’inna) est l’âme qui est ferme dans son obéissance à la volonté de Dieu et donc totalement apaisée.
L’amour
Plusieurs mots arabes différents pour « amour » apparaissent dans le Coran, issus de deux groupes de termes reliés morphologiquement. Un groupe découle de la racine de trois lettres hbb, par exemple al-hubb, et connote un sentiment de proximité avec l’excellence. L’autre groupe dérive de la racine de trois lettres wdd, par exemple al-wadud, et connote un sentiment de proximité exprimé dans notre conduite et nos actes envers les autres. Bien que chaque terme dans chacun de ces deux groupes aient une connotation légèrement différente, il est difficile de les différencier sur la seule base du Coran. C’est pourquoi nous parlerons seulement ici des caractères généraux de l’amour donnés en exemple par ces termes tels qu’employés dans le Coran.
Dans le cas de Dieu, Dieu est le créateur de l’univers entier ainsi que de tous les êtres en son sein. Il les crée dotés de l’excellence (ar. : al-ishan) et Son amour est un sentiment de proximité envers l’excellence qu’il a créé. Dieu, cependant, parmi toutes les autres formes de vie qu’il a créées, même celle des anges, a favorisé l’humanité. Ainsi, Dieu a créé les hommes avec Son Esprit, sous la meilleure des formes, dans un état originel de pureté, et avec Sa confiance qu’ils soient Ses vice-régents sur terre. En tant que faveur, Dieu a également conféré à des individus la grâce d’être dotés de ses diverses bonnes qualités, telles que l’amour.
Dieu a créé l’humanité et les génies invisibles de telle sorte qu’ils puissent L’aimer et L’adorer. Mais il leur a donné également le libre arbitre afin qu’ils puissent choisir ou non de L’aimer et de L’adorer. Dieu a offert à tous de les guider en fonction de leur disposition innée à s’approcher de Dieu, mais certains préfèrent suivre leur propre volonté aveugle. Ainsi, à cause du libre arbitre, les hommes peuvent diriger leur amour, à savoir leur sentiment de proximité, soit vers ce qui est véritablement excellent et en accord avec la volonté de Dieu, soit vers ce qu’il considère à tort comme l’excellence, mais qui va à l’encontre de la volonté de Dieu et contredit ce qui est vraiment excellent. L’amour humain peut aussi être dirigé vers les autres, de même qu’envers toutes les créations de Dieu.
Dès lors, l’amour de Dieu du genre humain est Son sentiment de proximité avec l’excellence, à la fois dans le caractère et les actes de service. L’excellence dans le caractère et les actes de service sont l’expression de notre soumission désintéressée et de notre foi. Autrement dit, ils sont l’expression de notre adoration de Dieu. Le Coran développe l’amour de Dieu de l’excellence en mentionnant dans divers versets [celles et] ceux que Dieu aime. La liste indique comment ceux qui aiment Dieu L’adore correctement :
- Ceux qui font ce qui est vertueux et bon (ar. : al-muhasnin)
- Ceux qui se gardent purs et propres (ar. : al-mutatahharin)
- Ceux qui craignent Dieu et agissent donc de manière correcte, par exemple, en tenant parole et en agissant selon la loi et ses engagements (ar. : al-mutaquin)
- Ceux qui sont honnêtes et justes (ar. : al-muqasitin)
- Ceux qui s’appuient sur Dieu et Lui font confiance (ar. : al-mutawakilin)
- Ceux qui sont fermes, stables et patients en accomplissant la volonté de Dieu (ar. : al-sabrin)
- Ceux qui aiment Dieu, le prophète Mahomet et les Gens de la Maison
- Ceux qui combattent pour la cause de Dieu
- Ceux qui se repentent (ar. : al-tawwabin).
Diverses interprétations sont données en ce qui concerne les Gens de la Maison (ar. : ahl al-bayt), c’est-à-dire la Maison du Prophète. Tous les musulmans y incluent la maisonnée proche de Mahomet, comprenant sa fille Fatima, son mari Ali, qui était aussi le cousin de Mahomet, ainsi que leurs deux fils Hasan et Husayn. La dénomination chiite (ar. : Shi’ah) de l’islam comprend également la lignée des imams, les descendants divinement attitrés de Mahomet qui, comme la maisonnée proche de Mahomet, sont sans péchés et infaillibles.
Dans divers versets, le Coran énumère aussi ceux que Dieu n’aime pas, tels que ceux qui Le rejette. Ce n’est pas que Dieu n’aime pas les incroyants [les sceptiques, ceux qui ne croient pas ou doutent] mais que ceux qui s’opposent librement à Dieu et à Sa volonté refusent d’être aimés par Dieu et ainsi rejette sa miséricorde. Aussi, bien que Dieu aime toute Sa création, cela ne signifie pas que Dieu soit également gentil avec toute Sa création, comme avec :
- Ceux qui transgressent les limites établies par la loi divine (ar. : al-mua’tadin)
- Ceux qui sont corrompus (ar. : al-mufasidin)
- Les incroyants [ou sceptiques] (ar. : al-kafirin), lesquels rejettent la vérité
- Les malfaiteurs et les oppresseurs (ar. : al-zalimin)
- Ceux qui dépensent avec excès (ar. : al-musarifin)
- Les vantards, ceux qui se rengorgent du bien qu’ils ont fait (ar. : kul mukhtal fkhur)
- Les arrogants (ar. : al-mustakibirin), ceux qui prétendent avoir de bonnes qualités tout en cachant leurs mauvaises
- Ceux qui sont riches et regardent les autres de haut (ar. : al-frahin)
- Ceux qui trahissent (ar. : al-kha’inin)
- Ceux qui dénoncent et sont immoraux (ar. : athiman)
L’amour humain est orienté vers ce que l’on considère comme excellent, lequel nous manque et après lequel nous languissons. Ainsi l’amour de l’homme pour Dieu est un long et fort désir d’atteindre la perfection qui lui fait défaut et dont il a besoin. D’un autre côté, l’amour de Dieu envers Ses créations ne comporte aucune imperfection ni désir. Dieu ne manquant de rien, Il n’a pas besoin de l’amour et de l’adoration de l’humanité. Néanmoins, l’amour de Dieu pour l’humanité se manifeste en l’attirant à se rapprocher de Lui. Ainsi, l’amour implanté dans le cœur des hommes, est pareil à une graine qui croît et se multiplie chez ceux pour lesquels Dieu le veut, les rapprochant toujours plus de Dieu.
Quand les hommes développent de la façon la plus pure l’amour de l’univers et de l’humanité, leur amour n’est pas pour l’univers ou l’humanité en particulier mais l’amour pour Dieu qui a créé l’excellence en eux. Néanmoins, l’amour humain envers tout un chacun implique l’accomplissement d’actes de service excellents pour ceux qui partagent la croyance et la pratique de l’islam, en prenant soin d’eux comme une forme d’adoration de Dieu, leur Créateur.
Sincérité de l’adoration
On développe l’amour de Dieu grâce à une gratitude profonde pour Sa miséricorde de nous avoir créés, Sa miséricorde de nous pardonner quand on se repent, Sa réponse à nos prières et nos besoins, Sa proximité et sa faveur, et Sa perspicacité et Sa bonté envers Ses esclaves (ar. : al-‘abd).
Un esclave de Dieu (ar. : ‘abdullah) est quelqu’un de complètement obéissant à la volonté de Dieu et qui aime et adore Dieu en accomplissant d’excellents actes de service envers les créations de Dieu. La sincérité de l’amour des esclaves de Dieu envers Dieu, toutefois, dépend de leur développement, par paliers, de quatre attributs :
- S’effacer (ar. : ‘azilah) devant les plus nobles des fidèles. Cela veut dire se considérer comme inférieur face à ceux qui sont fidèles, en les mettant au-dessus de soi, et en étant généreux et bon envers eux. Cela implique également d’être empathique et miséricordieux envers les compagnons croyants et de se joindre à eux pour adorer Dieu.
- Être sévère (ar. : ‘ashida’) envers les incroyants [les sceptiques, les infidèles]. Cela implique d’être dur envers ceux qui s’opposent à Dieu ou qui sont hypocrites dans leur croyance en Dieu, et de combattre leur influence.
- Se battre (ar. : yujahiduna) au nom de Dieu. La plus haute bataille étant un combat constant contre les injonctions négatives du cœur instigateur. La bataille la moindre étant contre les incroyants qui causent occasionnellement du tort aux musulmans.
- Être sans peur (ar. : la yahafuna) face aux affirmations des incroyants. Cela veut dire être à ce point sincère dans sa foi en Dieu qu’on ne fait attention à rien d’autre qu’à Dieu et à la volonté de Dieu.
L’adoration sincère de Dieu vient principalement de trois raisons :
- Être terrifié (ar. : khaufan) par le châtiment de Dieu dans l’au-delà, ce qui conduit à admirer et craindre Dieu.
- Placer un espoir ardent (ar. : tama’an) en la miséricorde de Dieu qui conduit à se languir de Son amour pour ce que l’on espère.
- Avoir la pleine conviction ou foi (ar. : iman) en l’existence de Dieu, avec la ferme connaissance (ar. : al-ma’rifah) que Dieu est Dieu, autrement dit, la ferme connaissance que Dieu est plus grand que tout et que, par comparaison, le genre humain est petit. Ainsi, la foi surgit de l’humilité (ar. : tadarru’an) face à toute la création de Dieu, et du secret (ar. : khufyatan) en gardant cette foi cachée profondément dans notre cœur. La connaissance de la grandeur de Dieu doit ainsi précéder les deux premières raisons : être terrifié par le châtiment de Dieu et avoir espoir en Sa miséricorde.
La vie après la mort
Durant les vies des gens, deux anges, connus comme les honorables scribes (ar. : kiraman katiban), enregistrent tous leurs actes dans leur « livre des actes » individuel, un ange tenant le compte des bonnes actions, l’autre celui des mauvaises. Quand des hommes meurent, l’ange de la mort ôte leur esprit de leur corps et le mène devant Dieu dans le ciel le plus haut où le livre des actes est lu. Les bonnes actions de ceux qui iront au Paradis sont alors enregistrées dans Le Grand Livre des Justes et conservées dans le plus haut des ciels ; les mauvaises actions de ceux qui iront en Enfer sont consignées dans Le Grand Livre des Méchants et conservées dans l’enfer le plus bas.
Deux anges font alors revenir les Esprits des défunts dans les corps inhumés dans les tombes et, en tant qu’âmes désormais, les questionnent sur leurs croyances en Dieu, en l’islam, en Mahomet et dans le Coran. Selon les réponses, un porte s’ouvre aux âmes des défunts soit en direction du paradis ou de l’enfer. Tout au long du restant de l’état intermédiaire (ar. : al-barzakh), littéralement la « barrière » entre la mort et le jugement final, les défunts font l’expérience d’un avant-goût du bonheur du paradis ou des tortures de l’enfer en traversant ces portes. Ils en font l’expérience avec des fac-similés de corps immatériels.
À la fin des temps, le Jour du Jugement, tous les humains ressuscitent de leurs tombes, leurs corps décomposés sont restaurés et on les assemble nus devant Dieu. Leurs actions sont lues soit à partir du Grand Livre des Justes ou du Grand Livre des Méchants et ils reçoivent le jugement final de Dieu. Ceux qui se sont soumis à Dieu et ont surmonté l’égocentrisme de leur libre arbitre et ont sincèrement adoré Dieu avec amour passeront toute l’éternité au paradis, jouissant du bonheur avec un corps pur et propre. Ceux qui ont désobéi et se sont détournés de Dieu en s’adonnant à l’égocentrisme de leur libre arbitre passeront toute l’éternité dans les tortures de l’enfer.
Le Jour du Jugement, les animaux qui sont morts sont aussi rassemblés devant Dieu. Mais à cause de leur manque de libre arbitre, ils étaient incapables de désobéir aux instincts naturels que la volonté de Dieu leur a donnés et ne peuvent pas être soumis au jugement. Le Coran ne mentionne pas ce qui leur advient une fois rassemblés devant Dieu. Quelques commentateurs tardifs disent qu’ils retournent à la poussière sans aller ni au paradis ni en enfer. De même, les anges manquent de libre arbitre et sont incapables de mal faire. En tant que messagers et serviteurs de Dieu, ils sont immortels et continuent de servir Dieu après le Jour du Jugement.
Ainsi, seuls les humains et les génies invisibles affrontent le jugement à la fin des temps. Les humains, cependant, quand ils sont vivants, ont la possibilité de devenir pleinement conscients de leur disposition innée envers Dieu. Aussi, les humains ont la possibilité durant leur vie de développer leur âme pour que celle-ci soit en paix. On atteint cet état de paix grâce à l’amour de Dieu et de son messager Mahomet, et en suivant l’excellent exemple (ar. : al-uswah hasanah) du caractère et des actions de Mahomet dans notre vie. Cela implique de parfaire les trois dimensions de la religion islamique telles qu’on les a expliquées plus haut : la soumission, la foi et les actes de service excellents. Dès lors, la pratique sincère de ces trois dimensions conduisent lors du Jour du Jugement à une vie éternelle au paradis après la mort.
Méthodes historiquement révélées pour dépasser l’égocentrisme et développer l’amour
La soumission
Les « cinq piliers de l’islam » définissent le chemin de la soumission à suivre afin d’entrer au paradis :
- La soumission elle-même s’effectue en témoignant et en acceptant comme vérité absolue le sens de ce que l’on récite avec la formule de témoignage, à savoir qu’il n’y a d’autre Dieu que Dieu et que Mahomet est son messager.
Les quatre piliers suivants indiquent ce que l’état de soumission implique :
- Prier cinq fois par jour en direction de La Mecque, en se lavant d’abord, en se prosternant et en récitant la formule de témoignage.
- S’acquitter d’un impôt (ar. : al-zakah) pour soulager les pauvres et ceux dans le besoin comme un acte de renoncement à sa propre richesse en obéissant à la volonté de Dieu.
- Jeûner pendant le mois du Ramadan, le mois où Mahomet reçut la révélation du premier des 114 chapitres [sourates] (ar. : al-sourah) du Coran. En renonçant aux plaisirs de la nourriture et de la distraction pendant ce mois de jeûne, on démontre également notre obéissance et soumission à Dieu.
- Faire un pèlerinage à la Kaabah (ar. : Ka’bah) à La Mecque, pendant lequel tous doivent porter seulement deux morceaux de tissu blanc non cousus ensemble et des sandales, montrant ainsi l’égalité de toute l’humanité.
La soumission veut dire également connaître et suivre les lois de Dieu, la Shariah (ar. : Shari’ah). La Shariah est fondée sur le Coran, révélé par Mahomet, et sur la Sunnah, les traces mémorisées des pratiques religieuses que Mahomet a établies parmi ses compagnons. La Shariah, littéralement « La Voie », pourvoit à tous les aspects de la vie. Elle est divisée en actions qui sont :
- Obligatoires, comme de prier cinq fois par jour
- Recommandées, comme de faire la charité [l’aumône]
- Neutres, comme de savoir quel légume manger
- Découragées, comme de divorcer
- Interdites, comme de tuer, de voler, de manger du porc, de boire de l’alcool, etc.
Si on apprend, se soumet et obéit aux lois de la Shariah, on surmonte sa volonté propre entraînée par l’âme instigatrice, laquelle nous a conduit à être autocentrés et à désobéir à la volonté de Dieu.
La foi
Par ailleurs, quand on se soumet à Dieu en témoignant [sa foi en Lui], on accepte les six articles de la foi :
- L’Unité de Dieu,
- Mahomet comme le prophète final, définitif de Dieu, ainsi que l’infaillibilité de tous les prophètes,
- La croyance dans les anges,
- L’infaillibilité du Coran et des autres livres prophétiques, tels que des parties de la Bible,
- La croyance en le Jour du Jugement,
- L’acceptation de la prédestination (ar. : al-qadar) des affaires mondaines par Dieu, fondée sur l’omniscience de Dieu de tout ce qui est arrivé et arrivera, y compris les choix que tout le monde fera en suivant son libre arbitre.
Actes de service excellents envers les créations de Dieu
L’amour de Dieu par la soumission à la volonté de Dieu et par la foi conduit à aider les autres comme un signe de cet amour et de cette soumission, en payant par exemple un impôt pour soulager les pauvres et ceux dans le besoin. Cet excellent acte de service envers les créations de Dieu n’est pas considéré comme un acte de charité. C’est plutôt le devoir volontaire de tous les musulmans de payer un impôt sur leurs économies et leurs biens, dans la mesure où, de la part des démunis, il s’agit d’une demande justifiée vis-à-vis des riches. S’acquitter de cet impôt, dès lors, est un acte de soumission à Dieu en renonçant à sa prétention autocentrée à sa propre richesse. Puisque la richesse est considérée comme sale, faire l’aumône aux pauvres est une façon de se purifier de ses souillures, et atteste de l’égalité de tout le genre humain. Chaque membre de l’humanité est de manière égale une création de Dieu, imprégnée d’Esprit et dotée d’un cœur frappé du sceau d’une disposition innée qui peut le pousser vers Dieu.
Bien que Dieu juge tout le monde avec équité, Dieu n’aime que ceux qui se soumettent à la volonté de Dieu et qui mènent ainsi un vie éthique en accord avec la Shariah. Pour le bien de la société en tant que tout, Dieu hait et châtie ceux qui désobéissent et causent des dommages. C’est pourquoi, en tant que service rendu à Dieu et signe d’amour, le genre humain doit respecter les lois de la Shariah. Ainsi, la loi et la justice (ar. : al-‘adl) pour maintenir l’harmonie sociétale jouent un rôle crucial dans la société musulmane. Nombre des différences parmi les traditions islamiques naissent des systèmes d’interprétation légèrement différents des lois de la Shariah.
Le pardon
Bien qu’il y ait punition pour mauvaise conduite, le pardon (ar. : al-qhufran), pour ceux qui se sont soumis à Dieu mais qui, sous les injonctions du libre arbitre et des émotions négatives, ont violé certaines lois de la Shariah, joue également un grand rôle dans l’islam. Dieu pardonne toujours aussi longtemps que quelqu’un se repent sincèrement et se tourne vers Dieu. Il n’y a pas de pardon, cependant, pour ceux qui rejettent ou abandonnent l’islam ou qui blasphèment contre Dieu, Mahomet ou le Coran.
Deux des noms les plus excellents de Dieu (ar. : al-‘asma’ al-husna) – Le Totalement Miséricordieux (ar. : al-rahman) et Le Spécialement Miséricordieux (ar. : al-rahim) – indiquent cet aspect de pardon divin comme faisant partie de l’amour de Dieu envers le genre humain. Il y a trois interprétations principales de la différence entre ces deux aspects :
- Dieu est Totalement Miséricordieux tout le temps de par sa nature même et n’a pas besoin d’un objet [pour s’exercer] ; tandis que Dieu est Spécialement Miséricordieux envers ceux qui se repentent.
- Dieu est Totalement Miséricordieux, tandis que les actions de Dieu sont Spécialement Miséricordieuses.
- Seul Dieu est Totalement Miséricordieux par nature ; alors que Dieu et les autres, comme Mahomet, sont Spécialement Miséricordieux envers ceux qui se repentent.
Pénétrant dans le cœur de ceux qui agissent mal et éprouvent le désir de se repentir, Dieu les aide d’abord à le faire puis leur pardonne. Le repentir(ar. : al-tawba) implique :
- Éprouver du remord,
- Se repentir en demandant à Dieu de pardonner,
- Compenser le tort causé par quelque acte vertueux,
- Prendre la résolution de ne jamais répéter la mauvaise action à nouveau.
Si on meurt sans s’être repenti, cependant, on s’expose à être confronté à la damnation éternelle et au châtiment de l’enfer le Jour du Jugement.
La pratique de la jurisprudence dans les tribunaux islamiques peut aussi impliquer le pardon. La victime d’un crime ou la famille de la victime a le choix de demander une punition stricte, une compensation monétaire, ou un pardon. La pratique du pardon dans ce contexte légal est également un excellent acte de service envers Dieu.
Méthodes qui s’appuient sur l’expérience intime personnelle de Dieu pour dépasser l’égocentrisme et développer l’amour
Beauté et amour de Dieu
Certains maîtres soufis expliquent que bien que Dieu ait créé tous les hommes dotés au cœur de leur cœur le plus intime du sceau d’une prédisposition innée, immuable et pure envers Dieu, la négligence (ar. : al-qhaflah) leur en a obscurci la conscience. C’est comme si le genre humain avait oublié Dieu. En conséquence, les gens deviennent égocentriques et suivent les injonctions égoïstes de leur volonté propre, et donc agissent avec avidité et colère.
Le soufisme enseigne un chemin d’amour envers Dieu comme la voie pour surmonter cette négligence et, de la sorte, comme le moyen de surmonter l’égocentrisme et s’approcher de Dieu le plus possible. L’amour, tel qu’envisagé dans le Coran, est un sentiment de proximité avec l’excellence. Le Coran définit ces choses considérées comme excellentes grâce à un nombre d’expressions morphologiquement reliées, issues de la syllabe racine de trois lettres hsn. Dans certains versets, l’excellence se réfère à Dieu, à Ses noms ou au paradis. Dans d’autres, elle fait référence au caractère de l’homme et aux actes de service des hommes envers les créations de Dieu comme une forme d’adoration de Dieu. Par ailleurs, le Coran déclare que Dieu aime ceux qui font ce qui est excellent.
Toutefois, une autre variante de cette même racine de trois lettres, hasna’, laquelle n’apparaît pas dans le Coran, veut dire « beauté ». À cause de cette relation linguistique, les Soufis insistent sur le fait que l’amour signifie un sentiment de proximité avec la beauté et avec ce qui est beau. Ainsi, ils interprètent l’excellence du caractère et des excellents actes de service envers les créations de Dieu comme « beauté de caractère » et « beaux actes de service ». Il confirme ce point par la citation d’un hadith qu’on trouve à la fois dans les compendiums de la Sunna [sunnite] et de la Shia [chiite] : « Dieu est beau ; Il aime la beauté. »
- Les hadith sont des recueils de dictons et d’histoires concernant Mahomet, transmis de génération en génération par les compagnons du Prophète. Des collections des différents hadith sont conservées dans divers compendiums. Les traditions sunnites et chiites acceptent des compendiums différents et débattent parfois de l’authenticité de hadith spécifiques dans les recueils de l’une et de l’autre tradition.
Le terme arabe pour « beau », jamil, dans cette citation apparaît dans le Coran en tant qu’adjectif pour nuancer la patience et le pardon, avec la connotation d’être bon et honnête. De plus, le Coran applique le terme de « beauté », en référence seulement au bétail, en accord avec le mot al-jamal qui est aussi le mot arabe pour « chameau ». Les Soufis, cependant, interprètent les deux termes dans un sens beaucoup plus large pour connoter la beauté dans tous les aspects de l’excellence.
Dès lors, l’amour de Dieu, tel qu’on l’enseigne dans le soufisme est une expérience personnelle intime de ce qui est excellent et beau, laquelle peut être exprimée de bien des façons. Par exemple, en concevant Dieu comme un bien-aimé d’une beauté exquise bien que sans forme, les pratiquants soufis expriment souvent leur désir languissant d’amour pour Dieu par la poésie et la musique. La poésie et la musique sont des véhicules pour la prière et l’adoration qui éveillent et nourrissent la disposition innée du cœur envers Dieu.
Le mot arabe ‘ashq est souvent utilisé dans la poésie soufie pour ce genre d’amour, en particulier dans les compositions persanes et ourdoues. Il connote un amour passionné, fervent, non sexuel. Bien que le terme n’apparaisse pas dans le Coran, les Soufis l’emploie dans des expressions comme « véritable amour » (Persan : ‘ishq-e haqiqi), « amour du messager » (persan : ‘ishq-e rasul), et « amour de Mahomet » (persan : ‘ishq-e muhammadi). Le « vrai » amour fait référence à l’amour de la Vérité(ar. : al-haqq), qui est l’un des noms de Dieu.
Le terme persan ‘ishq apparaît aussi dans l’expression « amour métaphorique » (persan : ‘ishq-i majazi), lequel fait référence au sentiment passionné d’un amant envers son bienaimé comme métaphore ou analogie de l’amour pour Dieu. Certains maîtres persans enseignent que l’amour métaphorique peut conduire au véritable amour de Dieu ; d’autres disent qu’il ne le peut pas.
Pour le pratiquant soufi, les sons de la poésie et de la musique deviennent les sons d’une voie intérieure exprimant la douleur de la séparation d’avec notre bienaimé, et nous invitant à nous unir à nouveau avec Dieu. Ainsi, psalmodier de la poésie et jouer de la musique, ou écouter l’une ou l’autre, est une expression profondément ressentie d’un amour fervent, passionné de Dieu. Une fois pleinement immergé dans cet amour, on perd tout sens du soi et de l’égocentrisme qui gravite autour. Un tel amour doit être éprouvé personnellement et ne peut pas être pleinement exprimé avec l’intellect.
Les sept étapes du développement de l’âme
Au niveau intérieur, en renonçant à toute préoccupation mondaine autocentrée, le pratiquant soufi passe par un processus de « découverture » (ar. : kashf), couche après couche, des voiles – au nombre de 70.000 selon un hadith – qui cache Dieu à notre cœur. En agissant ainsi, on révèle notre noyau le plus intime, notre prédisposition innée, immuable envers Dieu, nous rapprochant toujours de plus en plus de Dieu, l’objet de notre amour.
Au cours du processus de dévoilement, notre âme passe par sept étapes, allant de l’égoïsme à l’absence de soi. Les sept étapes sont une élaboration des trois stades décrits dans la présentation historiquement révélée de l’approche de Dieu. Toutes les sept, cependant, découlent du Coran.
- L’âme instigatrice (ar. : al-nafs al-‘ammarah) est l’âme qui se trouve dans l’état où elle est poussée à la luxure, à la colère, à la désobéissance à la volonté de Dieu et aux lois.
- L’âme auto-réprobatrice (ar. : al-nafs al-luwwamah) est l’âme qui s’examine et s’accuse d’écouter le soi instigateur. En se repentant de ce comportement, elle recherche le pardon de Dieu.
- L’âme inspirée (ar. : al-nafs al-mulhamah) est l’âme qui, s’étant repentie, est inspirée à s’engager, avec contentement et humilité, dans de beaux actes de services envers les créations de Dieu.
- L’âme en paix (ar. : al-mutma’inna) est l’âme qui est ferme dans son obéissance à la volonté de Dieu, et ainsi totalement apaisée.
- L’âme contentée (ar. : al nafs al-radiyyah) est l’âme qui abandonne ses préoccupations autocentrées et qui, en menant une vie simple et ascétique, se contente de tout ce que Dieu veut.
- L’âme agréable (ar. : al-nafs al-mardiyyah) est l’âme qui est agréable à Dieu, l’âme qui laisse tout tomber excepté Dieu et le service aux créations de Dieu.
- L’âme complète et parfaite (ar. : al-nafs kamila) est l’âme qui est pleinement absorbée en Dieu et devient une servante désintéressée de Dieu.
Les quatre phases de purification
Les méthodes de purification peuvent aussi être présentées en quatre phases :
- Suivre les lois de la Shariah grâce à l’autodiscipline. Purifier sa conduite extérieure en accord avec la volonté de Dieu est la base indispensable pout tout développement spirituel ultérieur. Ainsi, les Soufis suivent en général les méthodes de soumission historiquement révélées, la foi et les « beaux » actes de service envers les créations de Dieu. Le beau service envers les créations de Dieu est une forme d’amour métaphorique. On voit la beauté que Dieu a créée dans toutes Ses créations, et en aimant et en servant Ses belles créations, on aime Dieu.
- Suivre la voie de l’un des ordres soufis (ar. : tariqah). En vivant ascétiquement dans une communauté d’adeptes compagnons sous la conduite d’un maître spirituel (ar. : shaykh [cheikh]), on apprend la pratique de se souvenir de Dieu (ar. : zikr) et de penser à Dieu (ar. : fikr). Le souvenir et la pleine conscience de Dieu est maintenue en psalmodiant encore et encore diverses formules invoquant Dieu, ou en récitant les quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu recueillis dans un hadith. Les pratiquants récitent souvent ces formules et ces noms tout en utilisant des chapelets de prière (ar. : al-masbaha) de 33 ou 99 grains. Les pensés au sujet de Dieu se concentrent sur certains aspects de Dieu ou du Prophète Mahomet. D’autres pratiques peuvent inclure, chez certains ordres, des danses tournoyantes. Les communautés soufies ne sont pas isolées de la société comme un monastère mais offre plutôt des services sociaux au reste de la société – nourriture, abri, direction spirituelle, et éducation.
- L’expérience personnelle d’une vision de la véritable réalité de Dieu (ar. : al-haqiqah). À la suite d’une pratique prolongée, profondément ressentie telle qu’enseignée dans l’un des ordres soufis, on obtient l’expérience intime, personnelle de notre âme s’abîmant en Dieu (ar. : fana’fillah). En allant au-delà de cet état d’annihilation de l’âme, on expérience ultérieurement une mort de cette mort (ar. : fana’ ‘an al-fana’) et on demeure en permanence en Dieu (ar. : baqa’ billah). Dans cet état, la vraie réalité de Dieu nous est alors révélée. La Vérité (ar. : al-Haqq) est l’un des quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu.
- L’expérience béate de la connaissance extatique de Dieu (ar. : al-ma’rifat). La connaissance de Dieu acquise dans un état de ravissement est au-delà de toute connaissance scientifique rationnelle (ar. : al-’ilm) obtenue par l’étude et l’analyse, et au-delà de toute connaissance révélée obtenue par la vision de la véritable réalité de Dieu.