Introduction à la pratique en sept branches
Nous devons réaliser que le gourou-yoga, un type de pratique méditative, est l’un des préliminaires. C’est une pratique de ngondro (sngon-‘gro). Ngondro veut dire pratiques préliminaires, et il y a des pratiques préliminaires spéciales partagées en commun entre le soutra et le tantra et celles qui sont exclusives au tantra. Le niveau soutra du gourou-yoga est assez important comme base pour le niveau tantra de la pratique, lequel possède des visualisations élaborées. La visualisation, toutefois, n’est pas nécessairement exclusive au niveau tantra de la pratique. Même au niveau soutra de la pratique on peut imaginer diverses lumières venant vers nous.
Nous débutons la pratique du niveau soutra en imaginant nos maîtres spirituels ou en regardant leurs photos. Je ne pense pas que l’objet d’une telle pratique soit de parfaire notre capacité à visualiser, et donc si ne pouvons pas le faire très bien, alors avoir une image ou photographie de notre maître spirituel convient parfaitement. Si on regarde les chambres privées de la plupart des Tibétains, moines et laïcs tout aussi bien, tout le monde a des images de ses maîtres sur les murs, sur les tables, partout. Cela aide, mais pas dans la salle de bain ; restez respectueux, s’il vous plaît.
La pratique que je vais décrire est une pratique que j’ai assemblée à partir de plusieurs sources. Il y a un grand débat dans les divers textes des soutras, en particulier dans les textes issus des diverses traditions tibétaines, qu’on peut, faute d’un meilleur terme, mettre dans la catégorie du lam-rim, les enseignements de la voie progressive. Tous donnent des instructions à propos de la relation avec le maître spirituel, et chacun d’entre eux comporte diverses pratiques que nous pouvons utiliser pour assembler les morceaux. Cette pratique-ci vient principalement de la tradition Kadam. On trouve de nombreux éléments dans les autres traditions tout aussi bien.
On commence par offrir au maître spirituel la pratique en sept parties ou invocation en sept branches, laquelle inclut de se prosterner, de faire des offrandes, etc. C’est la pratique la plus usuelle qu’absolument tout le monde fait pour accumuler de la force positive. Son expression classique se trouve dans le Bodhicharyavatara (S’Engager dans la conduite d’un bodhisattva) de Shantideva. On commence toujours la pratique par le refuge ou ce que j’appelle la « direction sûre » et la bodhichitta. On continue par l’offrande de prosternations, qui est une marque de respect du corps, de la parole et de l’esprit vis-à-vis des bouddhas et des maîtres spirituels. Nous nous prosternons physiquement, récitons quelques versets, réfléchissons à leurs bonnes qualités avec grand respect.
Se prosterner
Quand nous faisons des prosternations, il est très utile de penser aux trois niveaux des objets à qui nous les offrons. Tout d’abord, nous offrons des prosternations aux bouddhas et aux maîtres spirituels qui incarnent le but que nous visons. Il est très important de ne pas voir ce but juste comme une chose extérieure que quelqu’un d’autre aurait réalisé, ce qui reviendrait assez vite à simplement adorer le gourou : « Vous êtes si merveilleux. Je suis si petit et misérable. Dites-moi seulement quoi faire. » Nous voulons à coup sûr éviter cela, et donc, en second, nous offrons la prosternation à notre propre future illumination, laquelle, se trouvant loin en avant sur la ligne de notre continuum mental, ne s’est pas encore produite.
La bodhichitta se focalise sur cette illumination non encore advenue et s’accompagne de l’intention de la réaliser. Cela repose sur le fait d’avoir la pleine confiance qu’il est possible de la réaliser. Elle s’accompagne aussi d’une intention seconde qui est d’être bénéfique à tous les êtres en l’atteignant. Avec amour et compassion, nous voulons aider tout le monde, telle est la motivation pour y parvenir. Nous montrons donc aussi du respect pour notre propre illumination non encore advenue, et pas seulement pour l’illumination du maître spirituel.
Troisièmement, nous montrons du respect en offrant des prosternations à nos propres natures-de-buddha. Ce sont la nature-de-bouddha du Bouddha et des maîtres spirituels qui leur ont permis d’atteindre leurs hautes réalisations, et c’est aussi notre propre nature-de-bouddha, nos potentiels et nos qualités qui nous permettront d’atteindre nos propres illuminations.
Il est très important que toute la relation au maître spirituel soit basée sur le respect. Non seulement le respect pour le maître, mais le respect pour nous-mêmes, le respect pour notre propre chemin spirituel et pour ce que nous faisons. Alors notre relation sera mûre et adulte. Il est très important de placer cette pratique du gourou-yoga et cette relation avec le gourou au niveau de maturité d’un adulte, et non comme un enfant, avec une mentalité puérile. Bien entendu, nous ne voulons pas non plus tomber dans l’extrême d’être arrogant.
Faire des offrandes
La deuxième étape de la pratique en sept branches consiste à faire des offrandes. Nous n’allons pas simplement offrir une kata [écharpe] ou de l’encens au maître qui n’a pas besoin de telles choses. Ce que nous sommes disposés à donner, c’est tout ce qui est nécessaire pour être en mesure d’atteindre l’illumination afin d’être bénéfique à tout le monde. Nous les offrons au maître en tant que moyen, pour ainsi dire. C’est pareil quand nous faisons des offrandes aux bouddhas. Nous le faisons en considérant cela comme un moyen pour atteindre ce but. Nous devons donc offrir des choses très significatives, comme notre temps et notre énergie, et nos cœurs, notre enthousiasme, ce genre de choses, non pas juste une ridicule petite boîte d’encens que nous avons achetée.
Quelquefois nous lisons que nous offrons à notre maître spirituel un mandala de notre corps, de notre parole et de notre esprit. Cela ne veut pas dire de profiter de moi sexuellement ou tout autre interprétation tordue. Bien évidemment non. Cela ne signifie pas : « Je suis une chose dépourvue d’esprit, façonnez-moi et faites de moi votre esclave. » Lorsque je m’exprimai au sujet de ma propre relation à Serkong Rimpotché en disant : « Faites de l’âne que je suis un être humain », je voulais dire : « S’il vous plaît, aidez-moi à développer ma façon d’agir avec les gens (au moyen de mon corps), ma façon de communiquer (par ma parole), mes attitudes (avec mon esprit) envers les autres, etc., afin de pouvoir les aider plus. Aidez-moi à me développer. Je vous les offre (mon corps, ma parole et mon esprit) comme les matériaux pour m’aider à les travailler et à les développer afin d’acquérir les qualités d’un bouddha qui sont ce sur quoi je me concentre à nouveau. » Il s’agit d’une offrande très significative qui ne doit pas être faite à la légère. Si nous offrons une chose, nous l’offrons réellement, pour de vrai. Quand le maître commence à véritablement se servir de l’offrande et à nous corriger, nous ne devrions pas donner juste un peu, reconsidérer la chose et la reprendre.
Une série d’offrandes très utiles est l’offrande des samadhi, comme on les appelle, les offrandes de concentration. Ce genre d’offrande vient de la tradition Sakya, le fait d’offrir différents aspects de notre pratique. Nous pensons à divers aspects de notre pratique, et nous les offrons. Le gourou n’en a pas besoin, et le Bouddha non plus. Mais en recevant les offrandes, celles-ci nous servent de véhicule pour aider les autres. Dans mon propre cas, tout ce que j’ai lu et étudié, toutes les connaissances que j’ai acquises, en offrant ce genre de choses à mon maître, j’ai pu être alors son traducteur. J’utilise toutes mes études faites grâce à lui pour être capable de traduire pour lui et le donner aux autres. Ainsi, je fais une offrande de tous mes talents, de tout mon travail, de toute mon énergie grâce et à travers lui afin d’aider les autres.
Bien évidemment, il y a beaucoup d’autres façons de faire des offrandes, mis à part le simple fait d’être le traducteur ou le secrétaire d’un maître. Ce peut être aussi d’essayer juste de mener à bien leurs intentions et leurs idées, en essayant d’aider les autres et en faisant ce qu’il y a à faire. Chacune de ces offrandes prend la forme symbolique d’une offrande traditionnelle, mais il s’agit juste d’en donner là une représentation graphique. Ce que nous offrons vraiment ce sont ces divers aspects de notre pratique, notre travail dans un centre du Dharma, ou n’importe quels talents que nous avons pour aider le maître spirituel à aider les autres ; c’est cela que nous offrons. Ce pourrait être aussi notre travail dans un hôpital, ou de s’occuper d’handicapés, ou de mener à bien un type de travail bouddhique, qui est ce que notre maître veut évidemment que tout le monde soit capable de faire.
La série traditionnelle d’offrandes de concentration, dès lors, commence par l’offrande de tout ce que nous avons lu et étudié. Dans la pratique de méditation cela prend la forme d’offrandes d’eau. L’accent n’est pas mis sur l’eau elle-même. Nos maîtres n’ont pas besoin d’un bol d’eau. Que vont-ils faire d’un bol d’eau ? Donner à boire à un chat ? L’eau est juste un symbole ou une représentation de tout ce que nous avons lu et étudié.
Puis, toute la connaissance que nous avons acquise de nos lectures et de nos études prennent la forme de fleurs, de fleurs qui poussent dans l’eau. Toute la discipline que nous utilisons pour mettre cette connaissance en pratique, en méditant, en aidant véritablement les autres et en nous abstenant d’agir négativement, prend la forme de la fumée d’encens.
La vision pénétrante que nous avez acquise lors de cette pratique disciplinée revêt la forme de la lumière de la vision profonde. Celle-ci est représentée par la lumière de lampes à beurre, de chandelles, etc., éclairant le chemin pour tout le monde. Ensuite, la conviction ferme que nous avons dans le Dharma une fois convaincus de sa vérité, quand rien ne peut nous ébranler, on l’offre sous forme de parfum rafraîchissant et tellement désaltérant pour tout le monde. Quand nous rencontrons quelqu’un qui est libre de doutes, qui n’est pas un fanatique mais quelqu’un de fermement convaincu qui s’appuie sur l’expérience, la vision profonde et la raison, c’est une source de fraîcheur pour tout le monde. Une essence de fleur suave, (une eau de Cologne), était une chose qu’on utilisait dans l’Inde ancienne. On ne parle pas d’une eau de toilette en usage en Occident.
Nous offrons ensuite la concentration que nous sommes capables d’obtenir quand nous avons cette ferme conviction. Un gros problème avec la concentration est que, quand nous doutons, nous ne savons pas vraiment et notre concentration n’est pas stable. Nous ne sommes pas sûrs de nous. Quand notre conviction est ferme, nous sommes convaincus d’avoir une compréhension correcte, et alors nous nous concentrons parfaitement. C’est si important pour aider les autres. Quand nous offrons cette concentration, elle prend la forme de nourriture. Les grands méditants peuvent vivre de leur concentration. Ils peuvent rester en concentration profonde pendant des jours et celle-ci les sustente ; ils n’ont pas besoin de manger. Elle prend la forme de nourriture. Finalement, la base de nos explications claires du Dharma, en particulier, de même que nos louanges du Dharma, notre lecture des textes, et toutes ces choses verbales que nous pouvons faire quand nous avons la concentration et la conviction, etc., tout cela prend la forme d’une belle musique.
Telle est la manière de faire des offrandes de concentration, une pratique absolument merveilleuse issue de la tradition Sakya. Chogyal Pagpa (Chos-gyal ‘Phags-pa) fut le maître qui la développa et l’écrivit en premier. Ce fut un grand maître Sakya qui apporta le bouddhisme aux Mongols, à Kubilai Khan. Faire des offrandes de cette façon donne à cette pratique un niveau de signification plus profond.
À la lettre, les objets que nous offrons – l’eau, les fleurs, etc. – viennent de l’ancienne coutume indienne de ce que nous donnerions à un hôte qui viendrait chez nous pour un repas. Au niveau soutra, ces offrandes ont une signification plus profonde en ce qui concerne ces offrandes de concentration. En plus de cela, il y a aussi un sens plus profond dans le fait que ces offrandes apportent de la félicité aux divers sens, ce qui dans le tantra revêt une signification plus profonde.
Admettre nos fautes
La troisième partie de la pratique en sept branches est d’admettre nos fautes. Nous admettons nos défauts : nous sommes paresseux, nous n’avons pas envie de pratiquer, etc. Nous le regrettons, nous aimerions réellement ne pas répéter cela, et nous réaffirmons nos fondations de refuge et de bodhichitta. Puis, quoi que nous apprenions du maître ou en général, nous allons l’appliquer pour surmonter nos défauts.
Je pense qu’ici, bien que cela ne vienne pas de sources originales mais de ma propre contribution, à ce stade, admettre nos propres fautes et reconnaître les erreurs que nous avons pu expérimenter de la part de maîtres rien moins que parfaits, cela s’intègre parfaitement ici. Autrement dit, si nous avons été maltraités, si nous avons été déçus par des maîtres de type charlatan, à ce stade nous pouvons le reconnaître. C’est très important ne serait-ce qu’à un niveau psychologique. Reconnaître : « Oui, ce qui est arrivé, était terrible. C’était une erreur de s’engager dans ce type de relation. C’était une erreur de suivre ce genre de maître. Je le regrette beaucoup, mais c’est arrivé. Oui, j’ai été éconduit. Je vais faire de mon mieux pour que cela ne se reproduise pas. Je serai beaucoup plus critique et ferai plus attention à l’avenir. Je réaffirme ce que je veux faire de ma vie. Je ne vais pas abandonner le Dharma à cause de ça. Je réaffirme ma direction sûre du refuge et mon objectif de bodhichitta. Quelles que soient les choses que j’apprends du Dharma, je vais les appliquer afin de ne pas répéter ces erreurs avec de futurs maîtres, mais simplement développer des relations saines avec des maîtres appropriés. »
Je pense que cela s’intègre très bien ici et que cela peut aider le processus de guérison de celles et ceux d’entre nous qui ont été spirituellement blessé(e)s par une relation avec des maîtres trompeurs et abusifs. Beaucoup de gens ont fait cette expérience. On doit faire avec et d’une certaine façon soigner les blessures et les douleurs et ne pas juste les ignorer. Nous devons les admettre ouvertement, en particulier si nous voulons pratiquer le gourou-yoga correctement avec un maître approprié après coup. Nous ne voulons pas que cette mauvaise expérience que nous avons eue dans le passé mine notre pratique parce que nous ne l’avons pas réellement reconnue ni gérée. Psychologiquement, je pense qu’il est valide de la placer ici.
Au moment même où nous pensons à nos défauts et aux erreurs que nous avons commises et les regrettons, cela signifie que nous ne nous sentons pas coupables à leur propos. Au lieu de cela, on pense : « Je ne suis pas une mauvaise personne à cause de cela, mais je regrette juste que cela soit arrivé. » Pareillement, si nous avons été dévoyé, maltraité ou trompé par un maître charlatan, alors, de même, quand nous le regrettons, ce sentiment de culpabilité serait également inapproprié. « Je regrette que cela se soit passé, c’est réellement très triste, très malheureux que cela soit arrivé, mais cela ne veut pas dire que je suis une mauvaise personne. Cela ne veut pas dire que je doive me sentir coupable et me punir à cause de cela. »
Si nous nous sentons très amers à ce sujet, cela aussi serait inapproprié. « C’est arrivé pour diverses raisons karmiques, assurément pas toutes de ma faute ni de celles du maître, mais de toute évidence j’ai une forme de connexion karmique avec cette personne. C’est arrivé, et il est très triste qu’il en soit ainsi. Je purifierai toutes les séquelles karmiques qu’il pourrait y avoir afin que cela ne se reproduise plus. » Mais il n’est nul besoin de se complaire à penser : « Je suis une mauvaise personne », et se sentir coupable à ce propos. Cela n’aidera en rien. Ensuite, diaboliser le maître n’aidera pas non plus. Cela nous ferait nous sentir encore plus amer et en colère, et cela ne réparerait rien. Ce n’est pas comme si le maître était le Diable.
Se réjouir
La quatrième des sept branches consiste à se réjouir des qualités positives et des accomplissements des autres et de nous-mêmes. Nous nous réjouissons du fait, ô combien merveilleux, que notre maître, et les maîtres bouddhistes en général, aient développé toutes leurs bonnes qualités et aient atteint leur stade. Nous nous réjouissons aussi de nos propres natures-de-bouddha. Il est très important de reconnaître que nous avons la possibilité de réaliser la même chose.
Nous nous réjouissons de toutes les choses positives que nous avons déjà faites, lesquelles ont eu pour résultat que nous en soyons là où nous en sommes. Même si nous sommes des pratiquants très inexpérimentés et peu avancés, c’est de très loin beaucoup mieux que quelqu’un qui n’a que des attitudes négatives envers la pratique spirituelle en général. Assurément, il y a certaines conséquences karmiques positives qui font que nous en soyons là où nous en sommes maintenant. Nous devrions être très heureux de cela, nous sentir positifs à notre sujet, et nous sentir positifs à propos de notre maître spirituel. Si nous avons été maltraités ou avons eu de mauvaises expériences avec des maîtres, il est très important également de réaffirmer nos propres bonnes qualités ainsi que les leurs. Nous pouvons voir que cette pratique en sept branches n’est en rien quelque chose de banal. C’est très profond et très utile, et non pas une simple chose à parcourir en hâte et à ignorer comme un « truc pour débutants ». Il y a une grande somme de sagesse derrière.
Faire la requête au maître d’enseigner
La branche suivante consiste à faire la requête au maître de nous enseigner. C’est tellement important. « Mon maître, enseignez-moi. Je veux réellement, vraiment apprendre. Je suis ouvert. Je suis prêt. Enseignez-moi à tous les niveaux. Travaillez sur ma personnalité, ne m’enseignez pas seulement quelque texte à mémoriser. » L’ancien Serkong Rimpotché aimait aller au cirque, en particulier pour y voir des animaux dressés. Il avait coutume de dire après le spectacle : « Si un ours peut apprendre à faire du vélo, nous, en tant qu’êtres humains, pouvons apprendre bien plus. » Il y a donc de l’espoir pour nous. Ne vous développez pas juste au niveau auquel un ours ou un dauphin peut être dressé, pour faire quelques tours et recevoir en récompense un poisson à la fin. Nous demandons à notre maître de nous enseigner des choses significatives et profondes, pas simplement à faire de la bicyclette comme un ours. Je me suis aussi servi d’un autre exemple quand, en accomplissant du bon travail pour notre maître, ce dernier nous gratifie d’une tape sur la tête et que nous remuons notre queue. Ce n’est pas le but. Guéshé Ngawang Dhargyey utilisait toujours cet exemple. J’aimais beaucoup cet exemple.
Demander aux maîtres de demeurer jusqu’à l’illumination
La branche suivante dit : « Enseignez-moi tout au long du chemin jusqu’à l’illumination. Ne partez pas. » C’est plein de sens. Nous n’allons pas atteindre un point où nous dirions : « Bon, j’en ai eu assez pour le moment », et nous nous retirerions. « Je ne veux pas aller plus loin. Je ne veux plus entendre parler du vide. J’en ai eu assez. Ma tête en est remplie. C’est trop ! » Au lieu de cela, nous disons : « Ne partez pas. Jamais. Je suis sérieux. Je veux faire tout le chemin jusqu’à l’illumination, et je ne dirai jamais que j’en ai eu assez jusqu’à ce j’aie atteint l’illumination. S’il vous plaît, enseignez-moi la voie tout entière. Je suis sérieux, et je ne suis pas juste un touriste du Dharma – une autre expression de Guéshé Ngawang Dhargyey – venu juste jeter un coup d’œil pour ensuite rentrer chez lui.
Dédicace
La septième branche consiste à faire la dédicace : « Quelle que soit la force positive que j’aie accumulée par ma pratique, etc., je ne veux pas que cela contribue juste à améliorer mon samsara. Je ne veux pas juste accumuler du potentiel karmique mondain ordinaire mais je veux qu’il agisse comme cause afin d’atteindre l’illumination pour le bien de tous. » Si nous ne dédions pas, cela contribue automatiquement à améliorer simplement le samsara. Nous devons très consciemment sauvegarder la force positive dans le fichier « illumination » de notre ordinateur interne, parce que le rangement par défaut de l’ordinateur interne fait qu’il est sauvegardé dans le fichier « amélioration du samsara ».
Telle est la pratique en sept branches, et elle est très profonde. Elle ne doit pas être dévalorisée et est très utile pour commencer au niveau soutra de cette pratique du gourou. Mais, si nous sommes sur le point de débuter une pratique quotidienne, c’est par elle que nous commençons, la pratique en sept branches. C’est absolument fondamental.
Se concentrer sur les bonnes qualités du maître
Maintenant, la méditation continue en se souvenant des avantages de se concentrer sur les bonnes qualités de notre maître spirituel et des désavantages de se focaliser sur ses défauts. Ce n’est pas comme si nous allions aller en Enfer en nous focalisant sur ses fautes. Les avantages et les désavantages sont plus légers que ça. Les désavantages de camper sur les fautes, c’est que nous demeurons continuellement fixés dessus. Les avantages sont tellement prisés dans tous les soutras et tantras, que si nous nous concentrons sur les qualités positives, nous en tirons de l’inspiration. Cela nous encourage. Cela nous donne un modèle à suivre. Si, en revanche, nous restons fixés sur ses défauts, alors, encore et encore, nous les rabâchons, et quel effet cela a-t-il ? Cela nous irrite, nous déprime et nous nous plaignons tout le temps. Cela nous met dans un état d’esprit très négatif et nous abat. Pourquoi agir ainsi ? Cela ne va pas nous aider le moins du monde. Cela ne fera que rabaisser notre esprit. Nous ne cherchons pas à nier ces défauts, mais nous ne voulons pas rester coincés dessus avec amertume et colère. Cela ne sert et n’aide en rien.
En nous concentrant sur les qualités positives actuellement présentes, non pas juste sur celles que nous exagérons ou projetons, cela peut véritablement nous inspirer, car on peut vraiment confirmer que le maître les possède pour de vrai. Si nous imaginons qu’il a de qualités et découvrons qu’il ne les a pas, nous serons alors très découragés. C’est pourquoi il est très important pour le maître d’être honnête sur ce que sont ses bonnes qualités, et de ne pas prétendre avoir des qualités qu’il n’a pas, et de ne pas dissimuler ses défauts ou de prétendre ne pas en avoir. Il devrait être très honnête et très ouvert. C’est pareil avec les enseignements. Si ce sont les paroles du Bouddha, nous disons que ce sont les paroles du Bouddha. Si c’est quelque chose que l’enseignant ajoute de lui-même, il le dit, comme je l’ai fait plus haut. Il n’y a rien de mal à cela aussi longtemps que nous sommes honnêtes à propos de la source. Si nous passons tout notre temps à parler avec les autres étudiants et à nous plaindre du côté terrible du maître, qu’est-ce que cela aura pour effet excepté de rendre tout le monde déprimé et en colère ?
Questions
Que se passe-t-il quand nous avons plusieurs gourous-racines, et que l’un est spécialement inspirant ? Le gourou-racine n’est-il pas celui qui nous donne l’initiation, les initiations tantriques, les transmissions et les discours ?
Nous pouvons certainement avoir de nombreux maîtres, et probablement pouvons-nous également avoir plus d’un gourou-racine. Comme l’a dit Sa Sainteté le Dalaï-Lama, nous ne devrions pas considérer les divers maîtres spirituels que nous avons comme contradictoires. Une manière de les voir est comme de voir Avalokiteshvara à onze têtes, comme si toutes ces différentes têtes des différents maîtres se rassemblaient pour n’en faire qu’une. C’est une belle façon de les regarder. Bien sûr, si nous avons une question et que nous posons la même à chacun de nos maîtres, il se peut qu’ils nous donnent une réponse différente, ce qui peut être une source de confusion. Ce n’est pas une approche avisée en particulier en termes de conseil sur la meilleure chose à faire pour nous. N’interrogez pas plus d’un maître. Sinon, il est sûr qu’ils vous diront deux choses différentes.
Bien que, dans le meilleur des cas, le gourou-racine soit celui qui nous donne les initiations tantriques, etc., ce n’est cependant pas nécessairement le cas. Le gourou-racine n’est pas nécessairement notre premier maître. Ce n’est pas non plus celui dont nous avons reçu le plus d’enseignements. C’est celui qui nous émeut le plus, qui nous inspire le plus, et il peut y en avoir plus d’un. En vérité, nous n’avons pas à les disposer sur une échelle graduée. Par exemple, sur l’échelle, nous donnons à celui-ci la note 73, et à celui-là la note 71, donc le 73 est notre gourou-racine. Un signe intéressant, soit dit en passant, est quels sont les gourous qui apparaissent fréquemment dans nos rêves. C’est là un bon signe pour savoir avec qui nous ressentons réellement une telle profonde connexion.
Dans la tradition Guéloug, il y a ce qui est connu comme la Gourou Pouja (Lama Chopa) qui est une merveilleuse pratique, et la plupart des gens font cela tous les jours, en particulier si nous avons reçu des enseignements à son sujet. L’engagement traditionnel pour la recevoir est de la faire tous les jours. En prenant cet engagement, cela ne signifie pas que nous devions la faire à une vitesse mortellement lente qui prend deux heures. Si nous la faisons rapidement, cela prend environ cinq minutes. La visualisation est celle de l’arbre de refuge avec l’assemblée de tous les gourous réunis. Bien entendu, dans cette visualisation, nous avons tous les gourous de la lignée. Cependant, la plupart d’entre nous ne connaissent pas les biographies de ces divers maître de la lignée, et donc réciter une liste de noms ne nous émeut guère. En vérité, nous ne récitons pas vraiment les noms dans cette pratique, mais nous pouvons les ajouter.
Ce qui fait partie de cette visualisation, c’est un groupe de centaines de figures. C’est incroyablement complexe, mais l’un des groupes de figures est composé de nos maîtres spirituels personnels, et je trouve cela d’une très grande aide. Ce que je fais, c’est de les arranger à ma façon. Nous pensons non seulement aux maîtres spirituels des diverses lignées avec lesquelles nous avons étudié durant cette vie, mais il est bon aussi d’inclure tous ces maîtres qui nous ont enseigné une chose qui s’est révélée très utile sur la voie spirituelle. Par exemple, ceux qui nous ont enseigné les diverses langues dans lesquelles nous pouvons lire le Dharma. Si nous sommes Allemand par exemple, peut-être celui qui nous a appris l’anglais. Non pas absolument tous les enseignants, mais un qui est représentatif, le principal.
Dans mon cas, j’ai appris de nombreuses langues d’Asie, je pense donc au maître principal de chacune de ces langues orientales que j’ai étudiées et dans lesquelles j’ai lu le Dharma. De mon éducation ordinaire, je pense à mes professeurs principaux, non à ceux de troisième cycle, etc. – bien que si vous vouliez le faire absolument à fond, vous le pourriez – mais à celui qui m’a appris à lire, celui qui m’a inspiré le plus dans mon parcours universitaire, que ce soit en philosophie, en psychologie, en histoire de l’Asie, peu importe. Si je connais le mantra du nom du maître – comme je connais le sanskrit, je peux donc traduire son nom en sanskrit – je l’insère dans la récitation. Mais même si nous ne l’avons pas, ça ne fait rien. Nous pouvons juste dire leur nom, comme un moyen de nous souvenir d’eux. Le fait que nous puissions ou non les visualiser dépend de notre habileté. Nous pouvons réciter leurs noms, sans nous contenter de dire juste « bla-bla-bla ». Je prends un moment pour réfléchir à quelle était la qualité la plus remarquable de ce maître, et à ce que j’ai appris de lui et à la manière dont cela à contribuer à ma présente connaissance et compréhension du Dharma.
C’est une pratique très puissante et d’une grande aide que nous pouvons ajouter à n’importe quelles pratiques de gourou-yoga. Il y a tant de lignées et pratiquement toutes possèdent une forme d’arbre de gourous ou arbre de refuge. Nous les plaçons là [les lignées]. En connexion avec cela, Guéshé Ngawang Dhargyey disait : « Regardez-nous ! Si quelqu’un nous demande combien d’argent nous avons à la banque, nous pouvons leur donner un chiffre instantanément. Si on nous demande combien de maîtres spirituels nous avons eus, nous ne pouvons pas donner un nombre. » Nous ne savons pas. Cela nous montre où sont nos intérêts et nos priorités.
Si nous avons des maîtres de différentes lignées, vaut-il mieux pratiquer plusieurs arbres de lignées ou les mettre tous ensemble ?
Je les assemble tous. Je les arrange en groupes, en groupes de différentes traditions comme dans un arbre les différentes branches. Je ne pense pas qu’ils soit très utile de trop les séparer les unes des autres. Je fais pareil avec mes maîtres occidentaux de mon éducation ordinaire ou avec mes professeurs de langues. C’est juste ma façon de faire personnelle. Je pense que nous devons être créatifs. Ma propre façon de faire consiste à ce que dans chaque groupe je dispose une figure centrale qui est la principale de cette lignée, ou, disons, la principale à m’avoir enseigné le tibétain, puis d’installer autour d’elle les autres maîtres de cette lignée, ou celui (ou celle) qui m’a enseigné les autres langues d’Asie. C’est juste là mon propre style. Il y a là de la place pour la créativité. C’est simplement une affaire artistique.
Même si nous ne pouvons pas les visualiser tous simultanément., ce qui évidemment est très difficile à faire, nous disons du moins chacun de leurs noms et pensons à eux un moment. Nous pouvons nous souvenir de ce à quoi ils ressemblent. Cela les rend plus vivants. Toute l’énergie du gourou-yoga vient de sa vivacité. C’est la raison pour laquelle il est si important d’avoir eu un maître dans la vie réelle et de ne pas se contenter d’apprendre à partir de livres. Nous ne tirons pas une très grande énergie des livres. Nous en recevons un peu, mais pas autant que d’une vraie personne. Il y a une différence entre voir la vidéo d’une personne et être dans la même pièce qu’elle.
Quelle différence y a-t-il entre la pratique en sept branches quand on a admis avoir été maltraité par un maître, et ici quand on parle des défauts du maître ?
Dans la troisième partie sur le fait d’admettre les fautes que nous avons commises dans le passé, on parle tout particulièrement de la faute d’avoir été dans la situation où nous nous sommes retrouvés avec un maître abusif. Nous ne ferions pas le gourou-yoga avec ce maître abusif, mais nous reconnaissons les mauvaises expériences que nous avons eues. À ce stade, nous pourrions penser : « J’ai été maltraité par ce maître. Quel intérêt y a-t-il à s’appesantir sur cela ? Le maître, lui aussi, avait des bonnes qualités, et j’ai appris quelque chose de ce maître, je peux donc apprécier ce point. » C’est possible, mais la façon la plus courante de penser est : « J’ai eu cette mauvaise expérience. Je ne veux pas qu’elle entache la relation que j’ai maintenant avec un maître mieux qualifié. » Le point que nous abordons après la pratique en sept branches est de penser aux avantages qu’il y a à se focaliser sur les bonnes qualités et aux désavantages de se concentrer sur les qualités négatives, c’est donc un point différent.
Quand on pense au maître avec qui nous avons eu de mauvaises expériences, il est également important de ne pas se contenter de dire : « Tout était mauvais, j’étais juste complètement stupide. M’être engagé(e) avec un tel maître était une perte de temps. » Sans aucun doute il y a eu des choses positives que nous avons apprises de cette expérience et de cette relation, même si c’était juste de l’information sur le Dharma. Il est dit très clairement dans les enseignements que si la relation avec un tel maître a été engagée prématurément et imprudemment, nous gardons une distance. Ne pensez pas juste de manière négative, mais appréciez : « D’accord, j’ai appris certaines choses positives, et maintenant je ne peux pas vraiment continuer avec vous, mais merci beaucoup. »
Pourquoi cette relation entre un disciple et un maître est-elle si centrale dans le bouddhisme tibétain ? Ça l’est beaucoup plus que dans n’importe quelle tradition en Occident, par exemple. En particulier au Tibet, c’était difficile parce qu’il n’y avait pas de système d’écoles publiques. Si vous vouliez acquérir des connaissances, vous deviez chercher un contact direct avec un maître. Et vous pouviez tirer plus d’énergie de ce contact direct. Mais pourquoi, dans un monde où nous avons maintenant un si bon accès à l’information, est-ce toujours si important ?
Bien, tout d’abord, l’accent sur la relation maître-disciple ne se trouve pas seulement au Tibet, mais également en Inde et en Chine pour ce qui est des relations correctes entre personnes, etc. Je pense que cette relation est encore plus pertinente de nos jours en Occident qu’elle n’a pu l’être il y a quelque temps de cela. Si nous considérons les phénomènes d’Internet, des ordinateurs, des forums de discussion (chat rooms), des téléphones portables, tout ce genre de choses, les gens sont de plus en plus distants les uns des autres. On pourrait penser que cela les rapproche, mais ça ne le fait pas réellement, car c’est juste le contraire. Nous pouvons donner un faux nom sur un forum de discussion. On peut assumer n’importe quelle identité. Nous pouvons éteindre l’ordinateur si nous ne voulons plus communiquer. Nous pourrions ne pas répondre à notre téléphone portable si nous ne le voulons pas. Je pense que souvent les gens deviennent de plus en plus étrangers les uns par rapport aux autres et plus enfermés dans leurs propres mondes avec leurs petites machines tout en devenant encore plus dépendants d’elles.
Particulièrement dans le contexte du Mahayana, contexte dans lequel nous voulons être capables d’être vraiment bénéfiques aux autres, il est très, très important d’avoir un contact d’humain à humain, un contact émotionnel réel les uns avec les autres. Avec le maître spirituel, bien que nous puissions ne pas avoir beaucoup de contact avec lui, néanmoins, il s’agit d’une relation vivante dans laquelle s’opère un véritable échange à un niveau réel. Nous ne pouvons pas nous échapper. Nous devons faire avec le maître et gérer la situation. Je trouve que c’est très important pour le développement de notre propre personnalité et pour le développement de notre propre capacité à traiter avec les gens et à les aider, qui est ce que nous cherchons à être capables de faire en tant que bouddha.
[Voir : Le rôle du maître spirituel à l’âge du numérique]
Néanmoins, serait-il juste de dire que le but est de surmonter cette dépendance à un maître extérieur et d’être guidé entièrement par un maître ou directeur intérieur ?
Je pense que nous devons comprendre ce que cela voudrait dire. Quand on parle du gourou comme étant un canal pour nous aider à développer notre nature-de-bouddha, c’est grâce à la relation à un maître extérieur et non grâce au contraire. Toutefois, en se reliant à un maître extérieur, nous pouvons apprendre à nous relier au maître intérieur. Le maître intérieur n’est pas une sorte de créature à l’intérieur de nous ou quelqu’un qui nous enverrait des messages par télépathie. Le maître intérieur est notre nature-de-bouddha, nos potentiels de claire lumière de l’esprit, c’est pourquoi le maître extérieur et la relation avec le maître extérieur nous aide à faire cela. D’autre part, avec le maître extérieur, nous avons une opportunité d’accumuler une quantité prodigieuse de force positive, non seulement en apprenant simplement de cette personne, mais en l’aidant aussi à aider les autres. Un modèle vivant est si important ; sans quoi, nous avons juste une idée imaginaire de ce vers quoi nous tendons, et cela pourrait être assez faux.
Il se pourrait que nous n’ayons pas la capacité d’aider des centaines de milliers de personnes, etc. Mais si on organise ces grands événements où Sa Sainteté le Dalaï-Lama ou d’autres grands maîtres viennent, et qu’ils enseignent à tant de gens, et que nous rendions service et participons même à un niveau physique très mondain en étant volontaire bénévole à l’un de ces enseignements, il y a là alors une énorme somme de force positive. Nous ne serions jamais capables d’avoir une telle opportunité en restant simplement assis par nous-mêmes devant notre ordinateur dans notre chambre.
Devons-nous comprendre cela comme le fait d’aider à nous donner plus de conscience discriminante ou des pouvoirs mondains ordinaires ? En vérité, qu’est-ce que le gourou intérieur ?
Rappelez-vous, la fonction principale du maître spirituel n’est pas juste de nous donner de l’information que nous pouvons trouver sur Internet ou dans un livre, mais de nous inspirer. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres fonctions : donner des transmissions orales en connexion avec la lignée, répondre aux questions, nous corriger, etc. La fonction la plus profonde est l’inspiration, la force d’être sur le chemin. Ces fonctions, de manière ultime, nous devons faire en sorte qu’elles découlent de nous, à partir de l’esprit de claire lumière. Le gourou intérieur est l’esprit de claire lumière, le niveau le plus subtil de l’esprit, là où se trouvent tous les potentiels et les qualités de la nature-de-bouddha. C’est cela qui nous donne notre force, notre inspiration, pour suivre les divers moyens et méthodes afin de les réaliser, tout comme nous devons suivre les divers moyens pour réaliser les bonnes qualités que nous voyons chez le maître.
Je ne pense pas que nous devrions prendre aussi littéralement le fait que nous allons recevoir des messages de notre esprit de claire lumière, vous savez, comme sur notre téléphone portable. Il y a un message qui arrive, et voici qu’il dit : « Maintenant fais ceci et maintenant fais cela. » Il s’agit de notre source de force et d’inspiration due à notre développement fondé non seulement sur l’inspiration du maître, mais en résonance, allant de pair avec les qualités de notre propre nature-de-bouddha. Comme je l’ai dit, nous voyons la nature-de-bouddha chez le maître, et cela aide à activer la nature-de-bouddha en nous. Alors, en s’appuyant sur ces qualités de la claire lumière de l’esprit, nous développons cette conscience discriminante, cette chaleur, cette capacité à aider les autres, etc.
J’ai rencontré un enseignant occidental qui disait qu’il était toujours en communication avec son gourou grâce à la voix intérieure de communication interne. Il n’avait pas besoin de voir son maître ; en fait, son maître était mort. Il avait le sentiment qu’il n’avait plus besoin d’aller vers des maîtres. Que se passe-t-il là ?
Dans quelques rares cas, il y a cette chose qu’on appelle la télépathie, même avec un maître qui est décédé. C’est assurément décrit dans les textes. Par exemple, Kédroup Djé a eu une vision de Tsongkhapa. Maintenant, à partir de ma propre expérience de mon propre maître ayant trépassé, je peux voir que nous pouvons souvent nous sentir plus proche du maître une fois décédé simplement parce que nous ne pouvons pas dire : « Bon, mon maître est en train de voyager quelque part. » Nous pourrions donner cette excuse de dire que nous sommes très éloignés quand il est en voyage, mais une fois qu’il est décédé nous devons intérioriser les valeurs du maître.
Assurément, je me demande toujours, quand je suis perplexe à propos d’une situation, et que je ne sais pas vraiment quoi faire, comment Serkong Rimpotché gérerait cette situation ? Que ferait-il ? Que ferait Sa Sainteté le Dalaï-Lama ? Que feraient mes deux principaux maîtres dans cette situation ? Alors, du fait d’avoir été en leur présence en de très nombreuses occasions, j’ai une certaine idée de la façon dont ils réagiraient. Communiquent-ils avec moi à ce moment-là ? Je ne le pense pas. Pas directement ou consciemment de leur côté. De toute façon, dans la plupart des cas, un grand maître spirituel tibétain se sera réincarné, donc qui communique avec qui ? Je l’ignore. En termes de télépathie, il en existe différentes formes. Il y a certainement une très profonde connexion grâce à laquelle nous ressentons quelque chose. Émanant d’une autre personne, nous pouvons ressentir son énergie très facilement, même si elle n’est pas présente. Nous pouvons savoir que quelqu’un est sur le point de nous appeler, « je pensais justement à vous », et bing ! il appelle deux secondes plus tard. Je suis sûr que beaucoup d’entre nous ont fait cette expérience.
Il y a donc ce genre de connexions, mais il y a également ceux qui pourraient tomber dans la catégorie des maîtres charlatans, souvent des Occidentaux, qui veulent impressionner les autres en disant : « Oh, je suis tout le temps en contact profond avec mon maître », alors qu’ils font seulement semblant. Il est très difficile de dire et de savoir ce que fait quelqu’un d’autre. Nous devons considérer d’autres aspects de leur comportement. Cependant, en général, si notre maître est vivant et que nous avons accès à lui, le mieux est de garder contact avec le maître. C’est certainement nécessaire pour avoir des explications et apprendre plus.
De toute évidence, il y a ceux qui ont eu des visions. Il existe des récits bien connus dans lesquels la vision de Maitreya, ou de tout autre figure, a donné à quelqu’un des enseignements, mais c’est très rare. Je ne pense pas que la majorité d’entre nous fasse cette expérience. Cette expérience de penser : « Comment mon maître réagirait-il dans cette situation ? » est, à mon avis, une chose avec laquelle nous pouvons tous travailler. C’est ce que veut dire avoir le gourou dans notre cœur. Nous intériorisons ses valeurs.
Parfois, on pense : « Oh, je pensais juste à vous », ou : « J’avais le sentiment que vous pensiez à moi », et quelquefois c’est vrai, et quelquefois ça ne l’est pas. Si nous vérifions avec la personne : « Pensiez-vous à moi à telle ou telle heure ? », nous pouvons le confirmer. Ce genre d’expérience n’est donc pas fiable. Un grand nombre des grands textes bien connus que nous avons sont issus de visions. Sa Sainteté le Dalaï-Lama a parlé de ces visions pures. Il a dit que de même qu’il y a eu des visions pures et des transmissions d’enseignements par ce moyen dans le passé, de même il n’y a aucune raison de dire qu’elles ne continueront pas dans le futur. Elles continueront dans le futur, mais il dit qu’il est très important de tester ces enseignements pour s’assurer qu’il ne s’agit pas de choses sans valeur [littéralement : de déchets].
On doit vérifier si un enseignement est cohérent avec tous les autres enseignements du Bouddha. Quand ils sont mis en pratique par des maîtres qualifiés, mènent-ils au stade des résultats, etc. ? En particulier quand les enseignements sont issus d’un genre d’esprit ou par le biais d’un oracle ou quelque chose de cette sorte, il peut y avoir des esprits très destructeurs, de méchants fantômes qui de la même façon déçoivent les gens en donnant de mauvais conseils. Nous devons toujours vérifier ces choses, comme nous en avise Sa Sainteté.